Analyses, Points de vue

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2009-2019 : coup d’œil dans le rétroviseur

J’ai ouvert ce blog le 27 septembre 2009 dans l’idée qu’il était nécessaire d’aborder les enjeux interculturels sous l’angle de la gestion des risques. Les témoignages que je recueillais d’acteurs de l’international et la veille effectuée sur l’impact des facteurs culturels sur le développement et la pérennisation de l’activité d’une organisation publique ou privée montraient qu’il y avait là une nécessaire dimension stratégique.

Depuis, j’ai mis en ligne 350 analyses et études de cas qui ont généré plus de 800 000 visites et la consultation de près de 2 millions de pages. Certains articles ont été cités par Arrêt sur Images, BBC World, France Culture, France Info, Harvard Business Review, L’Express, RFI, Slate, Les Echos, ainsi que dans plusieurs ouvrages (voir Mentions dans les médias).

Outre une visibilité accrue pour les formations et les cours que je propose, ce travail m’a obligé à approfondir une très grande diversité de thématiques, ce que je n’aurais certainement pu faire sans l’exercice régulier de la recherche, l’analyse et la mise en forme d’informations. Mais le plus important et parfois le plus touchant, c’est de constater les effets que peuvent produire certains articles dans le réel.

Le plus important, lorsque la Délégation interministérielle à l’intelligence économique publie en 2015 un rapport normatif pour la pratique et l’enseignement de l’intelligence économique, où est mise en avant la notion d’intelligence culturelle et où la compétence culturelle est intégrée pour la première fois dans la définition de la gestion des risques (le rapport mentionne en source un article que j’avais rédigé comme contribution au Manuel d’intelligence économique publié aux PUF sous la direction de Christian Harbulot, directeur de l’École de Guerre Economique, où j’enseigne depuis 2010).

Le plus touchant lorsque, suite à la publication de l’article Des défaillances managériales au harcèlement moral : le cas de la direction de Sup de Co Amiens, certaines des victimes demandent à me rencontrer, ou bien quand je me suis intéressé aux obstacles français à l’innovation et qu’un avocat et des inventeurs salariés entrent en contact pour me faire part de leur désarroi devant une situation scandaleuse (j’ai mis en ligne le témoignage – anonyme – de l’un d’entre eux).

Difficile donc de faire un choix dans la diversité des articles. Je ne vais pas prendre pour critère le nombre de consultations (le plus lu est Aux étudiants en panne d’idées pour leur mémoire en management interculturel, avec plus de 50 000 consultations), mais plutôt ma simple subjectivité, avec pour souci de mettre en avant des articles qui me tiennent à cœur. Et comme les sujets abordés sont toujours d’actualité, ce coup d’œil dans le rétroviseur se veut également une façon de se projeter en avant.

* * *

Je passe sur l’année 2009: ce sont quelques mois de tâtonnements pour trouver le ton des articles, affiner leur angle d’attaque, tester des grilles d’analyse. Vous pouvez cependant lire avec profit Comment perdre une négociation pour une porte qui s’ouvre.

Le rythme de croisière a été atteint avec un article tous les quatre ou cinq jours. La Logan de Renault en Inde est une des premières grandes études de cas : de plus en plus, il m’apparaît essentiel de faire l’analyse de situations singulières pour en tirer des enseignements, et non pas de partir de généralités pour les appliquer aux situations.

Il faudrait cependant lui donner un jour une suite qui pourrait s’intituler La résilience de Renault en Inde tant le retour de Renault a été spectaculaire après son échec initial.

Les thématiques traitées se diversifient considérablement, notamment grâce à l’important travail de revue de presse mensuelle (effectué pendant trois ans et demi, voir ici) qui a permis de faire de la veille très active sur les enjeux interculturels et d’identifier des idées d’articles parce que le traitement de certains sujets manquait d’approfondissement dans la presse.

Voici donc un article sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur : la question de l’innovation et de ses obstacles culturels.

Nous sommes encore dans l’actualité brûlante – c’est le cas de le dire – de l’explosion de la centrale de Fukushima l’année précédente. Je me suis orienté peu à peu vers les facteurs culturels de la culture de la sécurité à partir d’une exploration du secteur aéronautique. La catastrophe japonaise a été l’occasion d’avancer sur cette thématique, et vous lirez avec intérêt l’article qui revient à la source de nos représentations mentales des risques.

Avec l’approche de la dimension stratégique des enjeux interculturels, le lien avec l’intelligence économique se précise de plus en plus. Mais l’exploration de certains phénomènes parfois ténus et qui peuvent avoir des conséquences monumentales se précise également.

Ici, il est question de ces futilités apparentes mais essentielles qui permettent de tisser des liens et de construite la confiance.

Après plus de quatre années de publication à un rythme intense, je décide de ralentir et de prendre un peu de recul : un article me prend entre 10 et 15h de travail en moyenne et je sens grandir le risque de la répétition. Au lieu de 58 articles comme l’année précédente, j’en publie 15 en 2014. Et comme le monde ne serait pas supportable sans un peu d’humour et d’autodérision, je vous invite à parcourir ce bêtisier.

La distance hiérarchique et, plus généralement, la relation au pouvoir et à l’autorité, déterminent une part immense de nos interactions. Ici, j’aborde quatre signes très concret de ce phénomène. C’est aussi  l’occasion de mentionner les travaux pionniers de Hofstede, tout en mettant en garde contre leur utilisation.

Une fois n’est pas coutume : je ne suis pas l’auteur de cette étude mais j’ai encadré sa réalisation par un groupe d’étudiants de l’École des Ponts. Le résultat est absolument remarquable et il mériterait d’être lu d’une part par le plus grand nombre d’entre nous pour mieux comprendre notre relation aux règles, notamment de sécurité, et d’autre part par les enseignants et étudiants pour prendre connaissance de ce qu’il est possible de produire si les premiers définissent soigneusement un sujet (et accompagnent son traitement…), et si les seconds assimilent le cours (et adoptent une attitude professionnelle dans leur travail…).

Il s’agit de ma contribution au numéro 34 d’Inflexions, revue éditée par l’armée de Terre. C’était là l’occasion de faire le point sur certaines de nos particularités françaises quand il s’agit d’intégrer et de développer des relations interculturelles. L’un des enseignements, c’est que chaque contexte devrait faire l’analyse de ses points forts et points faibles en ce qui concerne l’approche et l’intégration des enjeux interculturels.

Les Allemands, Américains ou Chinois en ont aussi, mais ce ne sont pas les mêmes : l’analyse de leur contexte sous cet angle reste encore à faire.

Le livre d’un écrivain japonais (paru un mois avant le mien chez notre éditeur commun Arléa) aborde la signification du bain public au Japon. Ce point de départ est l’occasion pour lui d’observations et réflexions passionnantes sur la société japonaise, et même sur la catastrophe de Fukushima.

L’année n’est pas terminée mais ce cas mérite largement d’être mis en avant tant il plaide pour le management interculturel tout en montrant combien ce n’est pas une démarche aisée. Ces témoignages sont précieux : c’est la matière première des formations interculturelles. Toujours partir de la singularité: tel est le mot d’ordre.

En creux se trouve par ailleurs une critique de la presse française pour son manque de curiosité (ou de temps ?), ce que je déplore souvent en lisant les journaux (tout comme il est déplorable que bien souvent les sources écrites utilisées – rapports, études – ne soient pas mentionnées, ou le lien web vers la source pas fourni).

Mais réjouissons-nous ! Voilà qui alimente la frustration et le désir d’aller y voir par soi-même pour de nouveaux articles…

* * *

Bonus : la mystérieuse renaissance d’Eddie Barclay en Arabie Saoudite

Pour vous remercier, lecteurs fidèles ou occasionnels de ce blog, ainsi que ceux qui ont envoyé des messages d’encouragement ou ont partagé des ressources ou témoignages, voici une amusante curiosité.

Si vous avez lu le dernier article consacré au sirtaki, vous savez désormais que c’est Eddie Barclay qui a inventé le nom de cette danse « grecque » et en a lancé la mode en 1965.

Barclay, roi du marketing, avait pris goût à l’invention de danses de l’été. Il s’était ainsi amusé à créer la letkiss et à faire passer cette dernière pour du folklore finlandais!

Pourquoi « letkiss » ? Eric Lipmann, dans son livre Monsieur Barclay, en donne la raison (source ici) :

 « Letkiss est tout simplement le nom du chef d’orchestre grec qui fait le super 45 tours qu’Eddie Barclay signe, avec le jeune compositeur Michel Colombier. »

La letkiss fait brièvement fureur en Europe. Voyez ainsi en Allemagne :

Ne vous infligez pas le visionnage de toute la vidéo mais regardez bien les premières minutes, écoutez attentivement la musique, observez les pas des danseurs (l’exercice que je vous impose est assez simple…).

Je ne sais pas (ou préfère ne pas savoir) ce que vous en pensez, mais quand j’ai vu cette vidéo la letkiss m’a tout de suite rappelé autre chose.

Au premier trimestre 2014, une danse fait fureur en Arabie Saoudite : la penguin dance ou danse du pingouin :

Alors, simple coïncidence ? Ou résurgence de la letkiss cinquante ans plus tard ? Si tel est le cas, par quel diable de rivière souterraine la letkiss est-elle parvenue aux Saoudiens ? Je n’en ai aucune idée mais je suis preneur de toute suggestion de votre part.

Sacré Eddie. Même d’outre-tombe, il parvient à faire danser les Saoudiens…

* * *

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