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Le coût des autres – revue de presse

dimanche 31 mars 2013
Par Benjamin PELLETIER

Les articles mentionnés dans cette revue de presse ont été partagés et discutés durant le mois de mars au sein du groupe de discussion « Gestion des Risques Interculturels » que j’anime sur LinkedIn (1670 membres à ce jour). Soyez bienvenu(e) si ces questions vous intéressent!

Rubriques : Influence – Etats-Unis : un pas en avant, un pas en arrière – Management interculturel – François Hollande à la peine

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Influence

La DGLF (Délégation générale à la langue française et aux langues de France) vient de mettre en ligne son Rapport 2012 sur l’emploi de la langue française (pdf). A la page 100 se trouve un tableau récapitulant l’évolution des langues de rédaction des documents de la Commission européenne. La comparaison entre le taux de documents rédigés en français et le taux de documents rédigés en anglais montre une disparition progressive de la langue française. Pour plus de clarté, j’ai mis ces données en graphique :

Restons sur le plan européen en consultant le site Euractiv qui constate que les entreprises asiatiques augmentent leurs demandes de brevets européens. Pour la première fois dans l’histoire de l’Office européen des brevets (OEB), la plupart des demandes proviennent d’entreprises non européennes, notamment asiatiques. C’est par exemple le sud-coréen Samsung qui a demandé le plus de brevets en 2012 (2 289 demandes), passant ainsi devant l’allemand Siemens (2193 demandes). Et pour la première fois, une entreprise chinoise (ZTE) est entrée dans le top 10 des entreprises qui demandent le plus de brevets à l’OEB.

C’est là un nouveau symptôme du basculement du centre de gravité du monde vers l’Asie. Cette évolution s’accompagne également d’une présence accrue des entreprises asiatiques en Europe. France TV a publié deux articles sur la présence chinoise en France. Le premier, qui s’intitule Pourquoi la France est le nouvel eldorado chinois, comprend un outil de cartographie intéressant qui permet de visualiser année après année le nombre d’investissements chinois en France. Si l’on prend les années de référence 2004 et 2011, on obtient les cartes suivantes :

Le second article s’intitule Pourquoi les entreprises chinoises font peur. Il revient en fait sur le projet d’implantation de 2000 entreprises chinoises en Moselle. J’ai consacré un article à ce projet en m’interrogeant sur ses zones d’ombre (son financement, son envergure réelle, les entreprises concernées, les risques sur le « made in France » ou les industries locales). L’article de France TV n’apporte pas d’éclairage par rapport à mes interrogations, il recueille les points de vue des habitants du village d’Illange où va être construite la structure pour accueillir ces entreprises chinoises. Mais prenez le temps de lire ces articles car ce projet mériterait une exposition – et une investigation – médiatiques plus prononcées.

L’influence n’est pas seulement subie, elle doit être active, sans quoi une nation est condamnée à s’affaiblir ou à voir sa réputation et son attractivité diminuer. L’un des enjeux de l’influence active consiste donc à identifier des relais, à faciliter leur relation avec le pays émetteur et à entretenir la relation sur le long terme. A ce titre, il faut saluer l’initiative du gouvernement français visant à faciliter l’obtention de visas pour les talents étrangers.

Car il y a des progrès à faire si l’on en croit la page 8 du Canard Enchaîné en date du 27 mars. Un romancier et essayiste gabonais, Janis Otsiemi, s’est vu refuser son visa alors qu’il était invité par le Salon du livre à Paris pour participer à des séances de dédicace et animer une table-ronde. Son éditeur avait pourtant tout prévu: billets d’avion, hôtel, repas. L’écrivain a aussi donné ses trois derniers bulletins de salaire et copie de ses derniers visas Schengen obtenus en 2011 quand il était invité du festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. Il y a apparemment au Gabon un consul qui maîtrise à merveille l’art de soigner la réputation de la France à l’international…

Etats-Unis : un pas en avant, un pas en arrière

L’influence n’est pas seulement liée à des enjeux internationaux, elle peut aussi participer à des enjeux de cohésion sociale sur le plan national. Les Etats-Unis savent utiliser les ressorts de la culture populaire pour véhiculer idées et représentations dans le sens de leur intérêt national. Il se trouve que le pays lui-même est confronté à une évolution démographique majeure : la population sera majoritairement constituée de minorités non blanches d’ici 2050. Or, la culture populaire américaine a été façonnée autour de héros blancs d’origine européenne qui ne correspondront bientôt plus à la population majoritaire.

On assiste donc à une réorientation de la culture populaire américaine pour qu’elle soit plus représentative de la population. J’ai déjà consacré un article au basculement historique des super-héros américains (Superman, Spiderman, Batman). A présent, Marvel et DC Comics viennent de lancer des super-héros latinos, à l’image d’America Chavez, nouvelle Miss America latino et bilingue (ci-contre). Cette nouvelle en apparence anecdotique doit bien être située dans ce contexte de « révolution » culturelle, qui d’ailleurs entraîne des tensions entre les tenants de la culture hégémonique façonnée par les Blancs et les tenants d’une évolution multicuturelle.

Enfin, l’influence peut être au service d’enjeux de santé publique. Mais quand il s’agit des Etats-Unis, le poids des lobbies et la résistance culturelle à toute restriction des libertés individuelles sont des obstacles majeurs au changement. Le maire de New York vient d’en faire l’expérience. Son projet d’interdiction des sodas extra-larges a été finalement bloqué par la justice. J’avais analysé ce cas dans La guerre contre les sodas extra-larges et la culture américaine en concluant dès juillet 2012 à un échec à venir du maire de New York.

Management interculturel

La Chambre de commerce française en Grande-Bretagne vient de publier un guide interculturel bilingue sur le management interculturel franco-anglais (vendu 6 euros). Le Financial Times y a consacré un article : Business à la française en proposant quelques extraits. Le hiatus entre la valorisation de l’expérience par les Britanniques et de l’intelligence par les Français explique de nombreuses difficultés de coopération entre les deux nationalités :

En France, « une réunion est un débat… Dans certains cas extrêmes, une réunion française très informelle peut être perçue comme un ‘feu d’artifice intellectuel’ par les Britanniques ».

Le Français « contredit parfois pour l’intérêt de la discussion et pour mettre votre conviction à l’épreuve ».

Pour ma part, j’ai réuni des témoignages d’expatriés en France qui permettent de compléter ces extraits. Voyez ainsi Travailler en France : paroles d’expatriés où sont abordés la question de la réunion, le management autoritaire et le combat intellectuel qui constituent de véritables défis d’adaptation pour les étrangers en France.

Les directeurs financiers français sont très populaires à l’étranger, selon la dernière étude Salary Surveys (pdf). Leurs excellentes compétences techniques font apparemment la différence et ce sont des profils très demandés, notamment dans les pays émergents. Mais cet atout peut être handicapé par une flexibilité culturelle limitée, d’après le site eFinancialCareers.fr :

« La spécificité culturelle et comportementale des Français ne fait pas toujours recette à l’étranger, cela dit. Lorsque plusieurs candidats sont en compétition dans une entreprise internationale pour un poste de direction financière apatride, « les Français sont rarement préférés parce qu’ils sont moins internationaux dans l’esprit et dans la maîtrise des langues que leurs confrères étrangers. Mais également du fait de l’arrogance prêtée aux Français. Dotés d’une intelligence des situations qui les amène à critiquer, à remettre en question et à challenger, ils passent pour des empêcheurs de tourner en rond, ce qui ne facilite pas leur intégration aux autres cultures », considère Coralie Rachet de Robert Walters. »

Je signale également une étude très intéressante sur la vie au bureau et les espaces de travail dans onze pays (ici, pdf). Vous pouvez en lire une synthèse dans Challenges. Cette recherche permet de réfléchir au lien entre culture et espace, autrement dit sur les facteurs culturels de la « dimension cachée », pour reprendre le titre d’un ouvrage classique du pionnier de l’interculturel Edward Hall.

Enfin, Cecil Dijoux, qui anime l’excellent blog Hypertextual consacré au management et à la culture des organisations dans un monde interconnecté, a publié un livre électronique gratuitement mis en ligne : Petit guide de la conduite du changement dans l’économie de la connaissance. Cecil aborde la question des freins culturels français et propose des solutions innovantes grâce aux apports et meilleures pratiques venus d’ailleurs. Nous entretenons un dialogue régulier et je lui dois bien des lectures enrichissantes pour approfondir les sujets traités ici.

François Hollande à la peine

Dans la revue de presse du mois précédent, j’avais signalé la maladresse de François Hollande faisant une plaisanterie inopportune lors de son récent voyage en Inde. Dans un livre à paraître le 4 avril, Florange, la tragédie de la gauche, se trouve une autre anecdote se rapportant à une rencontre entre François Hollande et le patron du groupe Mittal, Lakshmi Mittal, qui a eu lieu le 27 septembre dernier à l’Elysée.

A la fin de la rencontre qui a duré une heure, François Hollande a salué Lakshmi Mittal en ajoutant : « Best regards to your father ! » (Mes amitiés à votre père) alors même qu’il venait de s’entretenir avec celui-ci! Autrement dit, il a pris le père pour le fils. En soi, ce n’est pas un impair culturel, même si l’erreur de Hollande est aggravée par la très grande importance de la famille pour les Indiens. Mais c’est une sacrée perte de crédibilité que de montrer à la fin d’un entretien qu’on avait pris son invité pour quelqu’un d’autre. Partant de là, il n’y a que deux hypothèses :

  • soit François Hollande croyait vraiment avoir affaire au fils, et non au père – et dans ce cas, c’est préoccupant quand à sa capacité à préparer ses rencontres et à être au courant de ses dossiers,
  • soit il avait un léger doute mais il n’a pu s’empêcher de faire ce commentaire final en saluant le père – et dans ce cas, c’est également préoccupant car le tact diplomatique impose que, dans le doute, il vaut toujours mieux s’abstenir que de commettre un impair.

François Hollande n’est pas au bout de ses peines car, après son séjour en Inde où il avait perdu en crédibilité suite à une plaisanterie sur la croissance française atone, il s’est rendu en Russie pour rencontrer Vladimir Poutine. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’humour n’a pas réchauffé l’ambiance glaciale entre les deux dirigeants, bien au contraire :

Pour prolonger sur ce sujet, je vous invite à consulter sur ce blog Maladresses, bourdes et autres impairs culturels des responsables politiques et Petites blagues et exacerbation des risques interculturels.

Retrouvez toutes les revues de presse en suivant ce lien.

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2 commentaires sur “Le coût des autres – revue de presse”

  1. Michel DROUERE

    L’article « Influence » du 31/03/2013 me paraît receler 2 erreurs, si on se réfère à la source citée (rapport DGLFLF) :

    1. il s’agit des langues sources des documents, non des traductions en français et en anglais

    2. report des chiffres en tableau (une excellente idée), le français n’a pas été à 50% mais a 40% en 1997, il n’a jamais été au dessus de l’anglais dans les années citées.

    Merci pour votre blog passionnant, bravo pour l’énorme travail.

    #2487
  2. Benjamin PELLETIER

    @Michel – C’est un plaisir d’avoir des lecteurs à l’œil de lynx et je viens de procéder immédiatement à la modification du graphique. Il s’agit bien évidemment des taux de documents « rédigés », et non « traduits », dans chacune des langues. Et le français a – malheureusement – bien été à 40%, et non 50. Le graphique reste éloquent, et l’est même encore plus… Merci encore!

    #2488

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