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La culture dans la peau – revue de presse

samedi 31 août 2013
Par Benjamin PELLETIER

Les articles mentionnés dans cette revue de presse ont été partagés et discutés durant le mois d’août au sein du groupe de discussion « Gestion des Risques Interculturels » que j’anime sur LinkedIn (1842 membres à ce jour). Soyez bienvenu(e) si ces questions vous intéressent!

Rubriques : Migrations économiques – Marketing à l’assaut des cultures traditionnelles – Archaïsmes français – Risques pays – Cartographies culturelles – Le corps : culture et destin – Le Paris imaginaire

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Migrations économiques

Alors que leurs voisins irlandais viennent massivement chez eux pour trouver un travail, ce sont à présent les Britanniques qui sont de plus en plus nombreux à quitter leur pays. Actuellement, 400 partent chaque jour de Grande-Bretagne. L’année dernière, 154 000 Britanniques ont émigré, ce qui est le nombre le plus élevé parmi les pays développés. Et, tout comme en Allemagne, ce sont les plus qualifiés qui partent.

La France va-t-elle connaître un mouvement d’ampleur du même type ? La question mérite d’être posée, tant le marasme économique semble durable. Une étude récente a mis en évidence que 27% des jeunes diplômés souhaitent partir travailler à l’étranger, ce qui amène certains à se demander si la France n’est pas en train de devenir une terre d’émigration. Ce serait un bouleversement majeur dans l’histoire récente de la France, comme le rappelle l’article du Nouvel Economiste :

« Notre pays est le seul, en Europe, à n’avoir jamais connu de grande vague d’émigration au cours de la période contemporaine. Tous les autres, presque sans exception – Allemands, Espagnols, Italiens, Irlandais, etc. – si, durant le XXe siècle. Il faut remonter aux siècles précédents pour voir des Français s’exiler en nombre, laissant derrière eux leur région d’origine souvent surpeuplée, par exemple les Basques ou les Savoyards en Amérique latine au XIXe siècle. Ou, plus loin encore, au XVIIe siècle, avec le départ massif des Huguenots. »

Partir certes, mais à condition d’être désiré ailleurs. La Suisse se ferme de plus en plus aux Français. Après les bacheliers littéraires français qui sont refusés cette rentrée dans les universités suisses parce que jugés à la fois trop spécialisés et d’un niveau trop faibles, ce sont maintenant les travailleurs français qui sont exclus de certaines offres d’emploi, notamment dans la finance, car jugés « paresseux, arrogants et revendicateurs ». Cette exclusion se fait indirectement en exigeant par exemple la maîtrise de l’allemand pour un poste où ce n’est pas nécessaire.

Partir plus loin certes, mais à condition de ne pas sous-estimer le défi de l’adaptation culturelle, même lorsqu’il y a une proximité linguistique. C’est l’effet pervers que rencontrent les immigrants francophones au Québec. Parce qu’ils ont la langue en commun avec les locaux, les immigrants francophones ne bénéficient pas de la période d’adaptation dans un centre de francisation. Or, outre la langue française, les immigrants non-francophones suivent aussi dans ces centres des sessions d’adaptation culturelle. Les immigrants francophones en sont donc privés et, paradoxalement, peuvent connaître de plus grandes difficultés d’adaptation.

Aux Etats-Unis, ce sont 20% des scientifiques qui se disent prêts à partir travailler à l’étranger. Selon une étude portant sur 3700 scientifiques américains (pdf), la réduction des budgets de recherche serait la principale cause de ce désengagement massif. L’étude illustre ce phénomène par le graphique suivant (évolution depuis 2011 du pourcentage de PIB investi dans la recherche):

Marketing à l’assaut des cultures traditionnelles

Nike a dû présenter ses excuses après avoir blessé les habitants de l’île de Samoa en proposant des maillots de bain féminin reproduisant leurs tatouages traditionnels. Cette marchandisation de leur culture se double d’une profonde maladresse interculturelle, ainsi que le note Le Monde :

« Dans l’affaire Nike, c’est la marchandisation (et donc la profanation au sens premier du terme) du sacré qui semble dès lors poser problème, le sacrilège se traduisant de façon symptomatique dans l’absurde : ces tatouages sont traditionnellement destinés à des hommes, or ils ornent ici des vêtements pour femmes ; ils sont voués par essence à désigner l’identité individuelle de celui qui les porte (généalogie, rang social, exploits, etc.), or leur production en série supprime cette « aura » singulière ; aux tatouages véritables gravés dans la chair de celui qui a souffert lors de leur inscription, vient s’opposer ici la « seconde peau » du vêtement qui permet d’enfiler et de se débarrasser des tattoos comme on change de chemise. »

Cette histoire est à mettre en relation avec la récente initiative des Masaï qui luttent contre l’expropriation culturelle que représente la commercialisation de leur nom et de leur image par des entreprises du monde entier. Ils ont donc décidé de protéger leur « marque »:

 

Pour prolonger, vous pouvez lire également sur ce blog L’interculturel pris au piège du marketing.

Archaïsmes français

A plusieurs reprises, j’ai mis en ligne des articles sur les archaïsmes des pratiques managériales françaises (voir par exemple Défaillances managériales des entreprises françaises et 5 inquiétantes singularités du management français). Voici aussi un article de ce mois d’août sur le même sujet : Au secours, mon management est français ! qui fait le lien avec les migrations économiques des jeunes et qui rappelle une étude TNS-Sofres de juin dernier montrant que :

« 39% seulement des salariés français estiment que la Direction est attentive au bien-être des salariés. Au Royaume-Uni ce score monte à 54% et il culmine à 63% aux USA. »

L’une des spécificités françaises tient à la mise en avant du lien de subordination entre l’employé et son employeur, au détriment de l’idée d’une communauté, ce qui amène Philippe d’Iribarne à s’interroger sur le couple pervers autonomie/allégeance qui prédomine dans les relations managériales en France :

« Chacun estime ce qu’il a à faire, les managers donnent une grande autonomie à leurs subordonnés, censés connaître leur travail. En retour, les employés font allégeance à leur entreprise, et ont tendance à s’investir dans leur travail plus qu’ailleurs ! »

Autre archaïsme : le manque de diversification du profil des ambassadeurs, d’où un esprit de caste néfaste pouvant entraîner des comportements discriminatoires. C’est ce que dénonce l’un d’entre eux (Zaïr Kédadouche, ambassadeur de France en Andorre) dans un courrier (pdf) au ministre des Affaires étrangères. Il a un profil atypique, ancien footballeur issu de l’immigration, et vit mal le regard condescendant de ses pairs. Voici un extrait de son courrier :

« Ayant l’expérience de plusieurs ministères, j’ai le sentiment que le Quai d’Orsay, dans sa partie la plus influente, trace sa route dans un isoloir, cherchant à éliminer toute trace génétique risquant de compromettre la reproduction sociale de ses élites. »

Le 27 août a eu lieu une « Conférence des dirigeants français d’entreprises étrangères ». L’objectif de la réunion était de former des dirigeants à jouer un rôle d’ambassadeur de la France à l’étranger. L’initiative est louable même si l’on ne sait pas très bien en quoi a consisté cette « formation » et si l’on peut se demander – avec un peu de mauvais esprit – pourquoi elle est nécessaire : serait-ce que les patrons français ne jouent pas spontanément leur rôle d’ambassadeur de la France à l’international ?

Risques pays

Deux pays ont fait l’actualité cet été au sujet des risques que les entrepreneurs français y ont rencontrés : le Qatar et la Chine. Avec l’intensification des échanges avec le Qatar et la forte demande d’investissements et de compétences dans ce pays, les Français découvrent également les effets pervers de certaines particularités locales, notamment ceux liés à l’obligation d’avoir un sponsor local pour créer une entreprise dans ce pays.

Ce contact local s’octroie la majorité des parts de l’entreprise et peut décider de se l’approprier une fois celle-ci devenue rentable. Il peut aussi refuser de donner son accord pour un visa de sortie de son partenaire, le bloquant ainsi sur place. C’est la mésaventure qui est arrivée à quatre Français et que Le Parisien a raconté récemment en mettant en avant l’histoire de cet entrepreneur français dépossédé de son entreprise et qui a vainement tenté de fuir le pays par la mer.

En Chine, des accusations de corruption ont été portées cet été contre plusieurs groupes pharmaceutiques occidentaux : l’anglais GSK, le français Sanofi, le suisse Novartis, et l’américain Lilly. D’un côté, certains laboratoires peuvent se livrer à des pratiques déloyales pour conquérir des marchés ; d’un autre côté, ils peuvent aussi « devoir » en passer par là. L’Usine Nouvelle rappelle ainsi qu’en Chine « les commissions auprès de certains acheteurs peuvent être monnaie courante » dans un contexte de culture économique où prédomine le court-terme. Par ailleurs, « les médecins, mal rémunérés en Chine, ont toujours vu l’industrie pharmaceutique comme un complément de rémunération. »

Cartographies culturelles

Lorsqu’il est question de comparer les cultures, l’outil cartographique est à manier avec grande précaution car il donne à voir les nuances d’une notion supposée universelle dans sa conception et son acception, ce qui est très problématique en soi (par exemple, visualiser la perception de la corruption dans le monde implique que la notion de corruption soit la même partout). Ceci dit, je signale deux séries de cartes, l’une divertissante (Fun maps they didn’t teach you in school), l’autre plus sérieuse (40 maps that explain the world, mis en ligne par le Washington Post). Je reprends de cette dernière série deux cartes. La première concerne la tendance à exprimer ses émotions (avec la mise en garde précédente) :

La deuxième carte illustre le taux de diversité ethnique. Difficile de savoir comment elle a été établie (est-ce la situation actuelle ? ou la prise en compte de l’histoire démographique des pays ? et si oui, à partir de quelle période) :

Le corps : culture et destin

Le corps signifie, il est émetteur et récepteur de signes, mais aussi de culture, voire d’interculturel. Deux articles sur les pays asiatiques retiennent l’attention à ce sujet. D’une part, un nombre croissant d’Asiatiques cherchent à se blanchir la peau. Le Point cite ainsi la Chine, En Chine, la Corée, le Japon, l’Inde, la Malaisie, la Thaïlande, l’Indonésie, les Philippines et Singapour où règne « le culte de la blancheur ». Parmi les raisons invoquées, on note la surexposition à la culture occidentale qui aurait accentué, sinon suscité, le point de vue selon lequel la beauté, c’est la blancheur.

Au Japon, mais aussi en Corée du Sud, subsistent de nombreuses croyances et superstitions, dont l’idée que le destin est inscrit dans les lignes de la main. Et dans ces deux pays se développe une chirurgie très étrange puisqu’elle consiste à modifier les lignes de la main dans l’espoir de changer de destin. Les patients dessinent au feutre les lignes qu’ils souhaitent (pour gagner plus d’argent ou trouver l’amour, par exemple) et l’opération est réalisée en quelques minutes.

Le Paris imaginaire

Qu’il s’agisse de l’association de la beauté à la blancheur de la peau ou de l’idée de modifier son destin en changeant les lignes de la main, il y a chaque fois le puissant levier de l’imaginaire pour produire ces effets étonnants sur le corps et le rapport au corps. Le cinéma est un des vecteurs des canons de beauté et des stéréotypes, et la ville de Paris une des rares villes au monde à générer de puissantes représentations imaginaires via le cinéma. Ce phénomène existe encore, si l’on en croit un article de Courrier International : Hollywood, toujours aussi fou de Paris.

Les films véhiculent une vision nostalgique et fantasmatique de Paris qui n’a pas grand-chose à voir avec la réalité. D’où le choc culturel de ceux qui ont nourri leur imaginaire de ces représentations et qui découvrent le décalage entre ce qu’ils ont à l’esprit et ce qu’ils expérimentent sur place. D’où aussi le désir de certains de rendre réelles leurs représentations imaginaires. C’est ainsi que les Chinois ont construit une réplique de leur Paris imaginaire (voir aussi sur ce blog Quand les Chinois copient les villes européennes) :

Retrouvez toutes les revues de presse en suivant ce lien.

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