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Un an de revues de presse

vendredi 1 juillet 2011
Par Benjamin PELLETIER

De juillet 2010 à juin 2011, c’est une année de partage de liens, essentiellement des articles de presse, des rapports et des études sur les questions interculturelles et internationales.

Voici donc un rappel de cette année avec une sélection de quelques liens pour chaque mois. L’exercice est éminemment subjectif, partial et partiel. Il reflète mes préoccupations ainsi que la façon dont ce blog est alimenté.

Par ailleurs, cette revue de presse a été quotidiennement partagée et commentée au sein du groupe de discussion « Gestion des Risques Interculturels » que j’anime sur LinkedIn (776 membres à ce jour). Soyez bienvenu(e) si ces questions vous intéressent!

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Juillet 2010: Le monde n’est jamais en vacance(s)

Le site slate.fr a traduit de l’anglais un article intéressant sous le titre Kirghizistan : le narcissisme de la petite différence. Si cet article consacré au conflit interethnique en cours dans cette zone attire mon intérêt pour les problématiques interculturelles, c’est qu’il met en avant cette notion freudienne de « narcissisme des petites différences ». Elle apparaît dans l’ouvrage de Freud Le malaise dans la civilisation à propos des communautés limitrophes qui se moquent les unes des autres, et parfois se disputent, voire en viennent au conflit, pour de petites différences culturelles.

L’Expansion fait état des craintes des Européens qui s’inquiètent du protectionnisme chinois. Cet article doit être dégusté en entrée avant le plat principal des Echos. En effet, pour appréhender la complexité du jeu chinois et la naïveté des Européens, il faut absolument lire ensuite cet article : Comment Alstom s’est fait piéger par son allié chinois. Où vous apprendrez comment Alstom s’est fait subtiliser sa technologie par un partenaire chinois qui ensuite s’est présenté contre Alstom à des appels d’offre en Europe, qu’il a remportés et dont une partie bénéficiait de subventions de… la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement) et de la Commission Européenne !

Août 2010: Des nouvelles du front interculturel

Une réflexion menée de longue date par le Canada (voir sur ce blog l’article Le dispositif public canadien pour le management interculturel) dont le Centre d’apprentissage interculturel a mis en ligne, sous le titre La maladie mentale et la culture, un entretien avec Ethan Waters, à propos de son live Crazy Like Us : The Globalization of the American Psyche. Vous trouverez également dans le New York Times un long article d’Ethan Waters qui résume les points clés de sa réflexion sur « l’américanisation de la maladie mentale » ou comment un cadre conceptuel culturellement marqué associé à l’industrie pharmaceutique diffuse dans le monde une certaine représentation de la maladie mentale, mais aussi son interprétation, ses symptômes et ses remèdes…

Je signale deux articles un peu en marge des questions interculturelles. Sous le titre The End of Management, le Wall Street Journal a publié un article qui est en train de devenir une référence sur le questionnement managérial. Il s’efforce de penser les mutations en cours dans l’entreprise, et notamment la nécessité d’en finir avec la bureaucratie d’entreprise. Le second article provient du Quotidien du Peuple en ligne. L’auteur chinois propose d’apprendre des Etats-Unis en centrant l’approche sur les réflexions américaines en matière de stratégie : Learning U.S. makes it possible to deal with the nation.

Septembre 2010: Vers la désoccidentalisation du monde

Les ports européens sont un enjeu majeur. Après les visées chinoises sur le port grec du Pirée (cf. Les Grecs parlent-ils chinois ?), voici les Malaisiens et le port de Marseille. Dans la perspective de l’article précédemment publié sur ce blog Le marché des produits halal : enjeux culturels et économiques, la dimension stratégique de ce marché spécifique est très clairement apparue en septembre, comme le signale l’article du site al-kanz.org Halal en France : l’offensive malaisienne. En effet, la Malaisie, qui est un acteur majeur de ce marché, cherche depuis plusieurs années à s’implanter en France pour exporter ses produits en Europe et en Afrique du Nord.

L’Afrique reste un terrain privilégié où s’exerce la diplomatie publique. Les Chinois y développent un activisme impressionnant (voir 2010 : une nouvelle année chinoise en Afrique et Soft power chinois en Afrique). L’une de ces actions de séduction concerne les bourses octroyées aux Africains pour étudier en Chine. Il est difficile d’évaluer leur nombre, d’où tout l’intérêt de l’article How Many Africans are Studying in China? du site internet chinaafricarealstory.com. Les Américains ne sont pas en reste. Barack Obama vient ainsi d’inviter 120 jeunes leaders africains de près de 50 pays à participer à un forum à Washington.

Octobre 2010: Le revers de la médaille culturelle

Notons l’intense activisme de la Chine à l’étranger pour séduire les étudiants dans leur propre pays, notamment en Afrique comme le note The Economist dans Where others fear to tread (Là où les autres craignent d’aller). Contrairement aux pays occidentaux qui ont toujours été réticents face à une telle initiative, Pékin a décidé d’installer une école de commerce chinoise en Afrique, en l’occurrence au Ghana.

Dans Le Figaro, avec l’article Aider les écoles catholiques à intégrer les musulmans, vous apprendrez que certaines écoles catholiques françaises comportent une majorité d’élèves musulmans, ce qui crée des situations déstabilisantes pour le personnel enseignant. Afin d’y faire face, les écoles catholiques ont mis sur pied un groupe de travail afin de produire un document mettant l’accent sur l’approche interculturelle et interconfessionnelle. Ce document s’intitule « Musulmans en école catholique ». Vous pouvez consulter les fiches d’analyse des situations interculturelles et interconfessionnelles en suivant ce lien (pdf).

Novembre 2010: Vents d’Est sur le monde

La Chine vient d’annoncer la création du premier institut d’enseignement universitaire spécialement lié à la coopération commerciale sino-africaine. Cette école de commerce a été ouverte le 27 novembre dans l’Université du Zhejiang, dans l’est de la Chine. L’institut propose un cursus universitaire dans les domaines du commerce et de l’économie internationale (spécialisation Afrique), les investissements (spécialisation Afrique), le tourisme (spécialisation Afrique) et la langue chinoise et des spécialités de niveau MBA telles que la gestion publique et l’enseignement du chinois en tant que langue étrangère. Des échanges d’étudiants avec des universités africaines sont prévus. Selon le président de l’Université normale du Zhejiang, Wu Fengmin, cette nouvelle école de commerce a pour objectif « de former des talents chinois familiers de l’Afrique et des talents africains connaissant bien la Chine ».

L’UNESCO a inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité le repas gastronomique des Français. J’ai consacré une analyse détaillée aux dessous de cette histoire moins glorieuse qu’elle ne paraît dans l’article Le repas gastronomique français à l’UNESCO : un hommage aux Russes ?

Décembre 2010: Afflux d’influences

Dans le droit fil des deux articles publiés sur ce blog : Les banlieues françaises, cibles de l’influence culturelle américaine et La stratégie américaine pour influencer les minorités en France, le magazine Lyoncapitale.fr rend compte du lancement par le consulat américain de l’association « Confluence pour le Respect et la Diversité » en faveur des minorités. Ce projet provient d’un « partenariat entre la Région Rhône-Alpes et le Département d’Etat américain ». Rue89 reprend cette information dans un article au titre plus explicite : A Lyon, les Etats-Unis draguent les musulmans.

Regard de la Grande-Bretagne sur l’Allemagne. Dans un excellent article, le Monde explique l’origine du « made in Germany » qui fait la fierté des Allemands et que ces derniers doivent… aux Britanniques. En 1887, les industriels britanniques ont poussé le gouvernement à estampiller les produits allemands du label « made in Germany » de façon à détourner les consommateurs britanniques des produits allemands. Or, ce qui était un repoussoir va devenir un atout à force d’innovations : les produits allemands, ayant surpassé les produits britanniques en qualité, vont bien par la suite se différencier de ces derniers, mais désormais à leur avantage.

Janvier 2011: Coups et contrecoups

Des coups pour Home Depot – la chaîne américaine d’équipement de la maison et de bricolage – qui quitte la Chine. Les Américains ont négligé le fait que la culture du do-it-yourself (faites-le vous-même) est inexistante en Chine où, même si l’on a de faibles revenus, on préfèrera payer des ouvriers plutôt que d’aménager et réparer soi-même son habitat. De plus, les Chinois ne voient pas l’intérêt d’acheter des outils qui prendront de la place à entreposer dans leur logement peu spacieux.

Avec l’article China’s Army of Graduates Struggles for Jobs (L’armée chinoise des diplômés en lutte pour l’emploi), le New York Times propose un très intéressant reportage sur les contrecoups subis par les jeunes diplômés chinois suite à la spectaculaire émergence de la Chine. Deux informations permettent de prendre conscience des défis rencontrés par la jeunesse chinoise pour intégrer le marché de l’emploi :

  • Quand Jiang Zemin a annoncé en 1998 des mesures pour stimuler l’éducation et les universités chinoises, il y avait alors 830 000 diplômés chaque année. En mai 2010, il y en a eu plus de 6 millions, et ce nombre est en constante augmentation.
  • Entre 2003 et 2009, le salaire moyen des travailleurs migrants débutants a augmenté d’environ 80% tandis que, sur la même période, le salaire des jeunes diplômés débutants est resté identique, et a même baissé si l’on prend en compte l’inflation.

Février 2011: Aveuglements et rayons de lumière

Alors que les pays européens se crispent autour de la question multiculturelle, l’Australie vient d’adopter le 16 février une nouvelle politique du multiculturalisme. L’objectif est de permettre à chacun de pratiquer ses traditions et sa langue dans les limites de la loi australienne. Depuis 1945, sept millions d’immigrants sont venus en Australie (qui compte 22,5 millions d’habitants aujourd’hui). 44% des Australiens soit sont nés hors du pays, soit ont au moins un parent né hors du pays. « L’objectif du gouvernement est de promouvoir l’unité, l’harmonie et les valeurs démocratiques par une politique fortement multiculturelle. » Voilà qui se rapproche du modèle du Canada, autre pays d’immigration. Par ailleurs, cette politique vise également à encourager les relations commerciales entre l’Australie et les pays d’origine de ses immigrants.

Particularismes européens, avec Presseurop qui traduit de la presse polonaise un article très intéressant sous le titre Plus belle la vie ailleurs. Il aborde la question de l’expatriation sous l’angle de l’émigration. En effet, il y a depuis quelques années une évolution dans les motivations des candidats au départ. Les nouveaux expatriés partent de plus en plus par lassitude de leur propre pays. Ainsi, aux Pays-Bas, 120 000 personnes ont quitté définitivement le pays en 2008. Un Néerlandais sur trente envisagerait de partir. Il en va de même avec le Royaume-Uni et l’Allemagne, respectivement 400 000 et 165 000 départs en 2010, des chiffres inédits. D’où une inquiétante fuite des talents et le besoin grandissant d’immigrés pour remplacer ces pertes. Le problème est que ces derniers ne compensent pas les départs sur le plan des compétences.

Mars 2011: Des Barbie en Chine, des talibans poètes et la cinquième saveur du Japon

La revue de presse du mois de janvier (Coups et contrecoups) se faisait l’écho des déboires en Chine de la chaîne américaine de magasins de bricolage Home Depot. A présent, c’est Mattel qui ferme son magasin Barbie Store de 3300 m2 à Shanghai, le plus grand au monde. La raison principale tient tout simplement au manque d’intérêt pour la poupée Barbie dont les mensurations ne correspondent pas au physique des Chinoises. Il est surprenant que de grands groupes aient encore l’illusion que le marché chinois ne nécessite pas d’adaptation particulière.

Signalons un article du site de médias américains PBS : Poetry as a Weapon of War in Afghanistan (La poésie comme arme de guerre en Afghanistan). Il s’agit d’un entretien avec Thomas Johnson, directeur de programme pour les études Culture et Conflits à l’U.S. Naval Postgraduate School. Celui-ci note l’importance fondamentale de la poésie, du chant et de la musique dans la culture orale afghane afin de véhiculer un message et de susciter l’adhésion à un point de vue. Or, les talibans sont maîtres en la matière. D’où la nécessité pour les Américains d’en comprendre les ressorts pour retourner ces « armes » à leur avantage.

Avril 2011: Culture des cultures

Si loin, si proches, en Corée même. Le royaume (autrefois) ermite s’ouvre de plus en plus au monde et à la présence d’étrangers en Corée. Mais la culture de ces derniers reste souvent une abstraction pour les Coréens, d’où l’intéressante initiative de la municipalité de Séoul qui vient de recruter 100 expatriés afin d’enseigner la culture et l’histoire de leur pays dans les écoles primaires. Une démarche qui mériterait d’être reproduite de façon systématique dans bien des pays…

Si proches, et pourtant si loin, culturellement. C’est le sentiment que l’on a en lisant Nucléaire et psychologie : les Japonais contiennent leurs émotions…pas nous sur le site Cafebabel. Les analyses de cet article rejoignent celles faites sur ce blog : Les Japonais ont peur, les Français paniquent qui ont rencontré un surprenant écho au Japon ces deux dernières semaines avec un trafic important sur ce blog.

Mai 2011: Travers culturels

Dans Les Echos, vous lirez l’intéressante contribution de Pascal Monpetit, spécialiste du management interculturel : Les outils de management anglo-saxons inadaptés à la France. Il met notamment en garde contre ce travers qui consiste à importer aveuglément en France les concepts et pratiques du management américain. Par exemple, l’organisation matricielle qui implique un partage du pouvoir ne fonctionne pas en France. Par ailleurs, il estime le marché du conseil interculturel à 4000 journées de formation par an, ce qui est « ridicule par rapport aux centaines de milliers de cadres qui sont impliqués dans des joint-ventures, fusions et acquisitions ».

Quand il est question de tensions culturelles, il semble inapproprié de faire référence au Québec, souvent présenté comme un modèle d’interculturalisme. Et cependant, dans Le Devoir, Jack Jedwab, directeur général de l’Association d’études canadiennes, met à mal cette vision idéalisée dans une contribution intitulée Le mythe du Québec interculturel. Il revient sur l’importante distinction entre multiculturalisme et interculturalisme : « […] l’approche multiculturelle encourage les minorités ethniques à préserver leurs cultures d’origine tandis que l’interculturalisme priorise le dialogue entre divers groupes. »

Juin 2011 : Chine tonique et gueules de bois

Une étude sur l’expatriation fait apparaître une réelle déception des expatriés dont l’expérience acquise à l’étranger est peu reconnue par leur entreprise. 28% d’entre eux ont bénéficié d’une prime à leur retour. 42% vivent difficilement la période de réadaptation, ce qui en poussent 47% à changer par la suite d’employeur. Cette proportion s’élève à 62% pour les expatriés originaires d’Europe de l’Ouest.

Ces mauvais résultats s’accordent avec ceux de l’enquête menée par GMAC Global Relocation Services en 2008 qui montrait que 27% des expatriés de retour quittaient leur entreprise dans l’année suivant leur retour, 25% entre la première et la deuxième année et 23% après deux ans. Il est plus qu’urgent de développer une approche professionnelle du retour d’expatriation sous peine de perdre des talents et des retours d’expérience souvent difficilement remplaçables.

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