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Vents d’Est sur le monde – revue de presse

lundi 29 novembre 2010
Par Benjamin PELLETIER

Revue de presse des articles du mois de novembre ayant attiré mon attention et alimenté certains articles du blog.

La Corée du Sud entre vents mauvais et vents favorables

Alors que le monde retient son souffle suite à l’attaque par la Corée du Nord de l’île de Yeonpyeong, l’actualité de la Corée du Sud a pourtant connu des développements positifs sur le front des restitutions des biens culturels pillés par d’autres nations. Nicolas Sarkozy a ainsi annoncé en marge du G20 que la France allait rendre à la Corée les 296 archives royales qui se trouvent à la BnF depuis 1867. Cette décision a entraîné une vive polémique en France et une vive satisfaction en Corée. J’ai fait un point complet sur cette question dans l’article Pourquoi la France a restitué à la Corée ses archives royales ?

Or, quelques jours avant le G20, le Japon a également annoncé qu’il allait rendre à la Corée 1205 ouvrages du patrimoine coréen qui avaient été pillés lors de l’occupation de la Corée entre 1910 et 1945. Parmi ces ouvrages figurent 167 archives royales « uigwe » du même type que celles promises à la restitution par la France. Selon le gouvernement coréen, le Japon serait encore en possession de plus de 60 000 biens culturels coréens subtilisés lors de la colonisation japonaise de la péninsule.

Faut-il y avoir un signe de rapprochement stratégique avec le Japon ? Mais il est intéressant de noter que cette restitution intervient au moment même où les deux pays viennent de signer un accord pour sécuriser leur approvisionnement en terres rares. Ces dernières sont essentielles pour les composants électroniques dont la Corée et le Japon ont un besoin vital pour leur industrie. Or, suite à une récente dispute entre un chalutier chinois et des garde-côtes japonais, la Chine – qui produit 97% des terres rares dans le monde – a coupé l’approvisionnement en terres rares pour le Japon. Celui-ci s’allie donc avec son voisin coréen pour exploiter des mines dans des pays tiers.

Cette double victoire de la Corée sur le front des restitutions incite le gouvernement coréen à adopter une attitude plus offensive en la matière. Il vient ainsi d’annoncer la création d’une équipe spéciale en charge de ce dossier. Suite aux incursions étrangères au XIXe siècle, aux 35 ans d’occupation japonaise et à la guerre de Corée de 1951-1953, il y aurait encore plus de 760 000 biens culturels coréens (livres anciens, documents, antiquités, œuvres d’art) éparpillés dans une vingtaine de pays.

Toujours sur ce sujet, je signale enfin que le Pérou est en train de remporter une importante victoire à propos des 5000 pièces archéologiques détenues par l’université de Yale. Sous le titre L’université Yale s’incline devant le Machu Picchu, Le Monde rappelle que lorsque l’historien américain Hiram Bingham « redécouvre » le Machu Picchu en 1911, le Pérou a autorisé que les pièces collectées soient étudiées à l’université Yale. Mais il s’agissait d’un prêt de dix-huit mois. Le problème est qu’une partie de la collection n’est jamais revenue des Etats-Unis, d’où des demandes de restitution dès les années 1920. Face à ce refus, le Pérou a lancé en 2008 une procédure judiciaire en sommant Yale de rendre les pièces avant le 7 juillet 2011. Un accord « amical » vient donc d’être trouvé entre les deux parties.

Pour plus d’informations sur la question des restitutions, je vous renvoie sur ce blog à l’article en deux volets Les cultures nationales à l’assaut des musées universels.

La Chine en rafales

Des rafales dans l’industrie aéronautique. Le 16 novembre, la maquette de l’avion chinois C919 a été présentée lors du huitième salon de l’aéronautique à Zhuhai (ci-dessous). C’est là une nouvelle très importante qui vient bouleverser le paysage aéronautique mondial dominé par Airbus et Boeing. L’Expansion ne s’y trompe pas avec cet article : L’avion chinois C919 signale la fin du duopole d’Airbus et Boeing, notamment en ce qui concerne le marché domestique chinois, véritable eldorado des constructeurs aériens. Dans les vingt prochaines années, ce ne sont pas moins de 4300 avions civils supplémentaires dont la Chine aura besoin. Le C919 est d’ailleurs déjà commandé à 100 unités par quatre compagnies chinoises.


Le souffle du Comité central du PC chinois. La Chine, tout le monde en parle mais qui l’écoute ? Or, elle vient de s’exprimer lors du 17e Comité central qui s’est tenu en octobre dernier. Les autorités chinoises ont ainsi mis en ligne un long communiqué dont la lecture n’est certes pas des plus divertissantes mais recèle des éléments très instructifs, notamment en ce qui concerne les difficultés actuelles pour construire une « société modérément prospère » (expression répétée à quatre reprises). Le passage sur la culture attire particulièrement mon attention dans la mesure où il mentionne explicitement la notion de « soft power ». Je vous le traduis de l’anglais :

« Le plénum a souligné que la culture est l’esprit et l’âme d’une nation, et constitue l’énergie pour conduire le développement d’un pays et la revitalisation d’une nation. Des efforts devraient être faits pour accompagner la prospérité du secteur culturel, pour stimuler le soft power du pays dans les domaines culturels, pour faire avancer constamment le développement d’une culture socialiste et pour améliorer l’éducation civile du peuple chinois. Le plénum en a également appelé aux efforts de chacun pour promouvoir l’innovation culturelle, pour approfondir la réforme du système culturel et pour faire avancer les projets culturels et l’industrie de la culture. »

Sirocco chinois sur l’Afrique. Les liens entre la Chine et le continent africain se renforcent de jour en jour, et même, il faudrait dire, d’heure en heure. A force de nous focaliser sur les marchés perdus par les entreprises françaises face aux entreprises chinoises en Afrique et à force de plaquer sur la Chine en Afrique la grille de lecture du colonialisme européen, nous risquons de passer à côté des évolutions en cours. En effet, nous restons fixés sur la question de l’exploitation des ressources africaines par la Chine car ce mode relationnel a été le nôtre. Or, la Chine est en train de mettre en place les outils et les moyens pour passer au deuxième niveau : celui de la valorisation. L’un des enjeux concerne la production d’une expertise africaine sur la Chine et chinoise sur l’Afrique, de façon à progressivement éliminer les intermédiaires occidentaux qui interfèrent encore dans la relation entre la Chine et l’Afrique.

Deux exemples de cette évolution :

1. La Chine vient d’annoncer la création du premier institut d’enseignement universitaire spécialement lié à la coopération commerciale sino-africaine. Cette école de commerce a été ouverte le 27 novembre dans l’Université du Zhejiang, dans l’est de la Chine. L’institut propose un cursus universitaire dans les domaines du commerce et de l’économie internationale (spécialisation Afrique), les investissements (spécialisation Afrique), le tourisme (spécialisation Afrique) et la langue chinoise et des spécialités de niveau MBA telles que la gestion publique et l’enseignement du chinois en tant que langue étrangère. Des échanges d’étudiants avec des universités africaines sont prévus. Selon le président de l’Université normale du Zhejiang, Wu Fengmin, cette nouvelle école de commerce a pour objectif « de former des talents chinois familiers de l’Afrique et des talents africains connaissant bien la Chine ».

2. L’ambassadeur de Chine au Ghana, M.Gong Jianfhong, a annoncé qu’à partir de l’année prochaine les journalistes ghanéens pourront bénéficier de programmes de formation en Chine « afin d’élargir leurs horizons sur la culture du géant asiatique et d’affiner leurs compétences ». L’ambassadeur a notamment remercié les journalistes ghanéens pour leur description positive de la Chine en Afrique et dans le monde. Il n’est pas inutile d’indiquer que l’ambassadeur est lui-même un ancien journaliste…

Ces deux exemples ne doivent cependant pas masquer la dure réalité des Africains travaillant pour des entreprises chinoises. Le Daily Monitor a publié un article sous le titre China: A blessing or Africa’s curse? faisant le point sur l’exploitation des travailleurs africains par les Chinois, et mentionnant notamment le fait que les Africains n’avaient pas le même salaire ni les mêmes bénéfices et compensations que les Chinois.

Vents contraires sur le plan religieux. L’actualité des religions ne se limite pas à l’islam. En outre, le contexte français de la laïcité provoque une certaine myopie quant à cette actualité. Ce n’est pas parce que la France est sécularisée que cette actualité doit être négligée. Elle l’est malheureusement souvent, ou bien reléguée dans des publications spécialisées comme La Croix. Ce journal s’est fait l’écho d’un événement important : L’ordination illégale d’un évêque chinois, pomme de discorde entre Pékin et le Vatican.

La question de la place et du rôle du catholicisme en Extrême Orient est fondamentale, d’une part au regard de l’histoire (voir par exemple l’origine des manuscrits coréens de la BnF), d’autre part au regard des enjeux politiques (cf. le rôle de Jean-Paul II en Pologne comme un des déclencheurs de l’effondrement soviétique). La Chine – qui a rompu toute relation diplomatique avec le Vatican en 1951 – cherche donc à exercer son contrôle sur le catholicisme implanté sur son territoire. Sur ce sujet, vous lirez avec intérêt l’article de Slate : Is Catholicism in China different from elsewhere?

Concernant cette ordination illégale d’un évêque par Pékin, voici les analyses de Thomas Snégaroff, historien et chroniqueur sur TV5MONDE :

Enfin, je vous recommande la lecture édifiante de l’article du Point : Ce rapport enterré sur les étudiants chinois en France. Vous y lirez notamment un passage de ce rapport qui dénonce l’absence totale de stratégie et de rationalisation de l’accueil et du suivi des étudiants chinois en France :

« La France accueille très majoritairement des étudiants qui ne sont pas admis dans le système d’enseignement supérieur chinois, très sélectif, qui ne seront probablement pas la future élite chinoise, et qui arrivent avec un niveau d’études globalement inférieur à celui des autres étudiants étrangers. Les meilleurs étudiants chinois restent en Chine, ou bien se dirigent vers des filières dont ils s’assurent de la sélectivité, dans les autres pays ou dans nos grandes écoles. »

Vents d’automne et vents divers

Dans la précédente revue de presse, j’avais évoqué les enjeux liés à la reconstruction de Haïti suite au tremblement de terre. Ces enjeux dépassent le peuple haïtien et ses besoins vitaux pour toucher les luttes d’influence entre les Etats-Unis et la France. Un autre exemple en est donné ce mois-ci dans l’article d’Euractiv Haïti: entre lenteur de l’aide et lutte d’influence des médias. RFI et TV5 étaient bien implantées en Haïti jusqu’au tremblement de terre. Or, de même que les Américains arrivés en masse après la catastrophe sont en train d’imposer la langue anglaise, ils sont en train de développer également l’audience des chaînes de télévision américaines dans le pays. Le tremblement de terre est actuellement exploité par les Etats-Unis pour évincer la présence de la francophonie, et donc de la France, dans cette région du monde (voir également sur ce sujet et sur ce blog La diplomatie publique américaine en France : étude de cas).

Sur la montée en puissance de l’industrie indienne du divertissement, l’article du Monde Hollywood et Bollywood, liaisons fructueuses entre Indiens et Américains, fait état de l’accord entre ces deux géants du cinéma pour développer la production et la distribution communes de leurs films et limiter la multiplication des plagiats en Inde de films américains.

L’UNESCO a inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité le repas gastronomique des Français. J’ai consacré une analyse détaillée aux dessous de cette histoire moins glorieuse qu’elle ne paraît dans l’article Le repas gastronomique français à l’UNESCO : un hommage aux Russes ?

Dans le New York Times, la France est la cible en cette fin novembre d’un tir groupé de toute une série d’articles à propos de la fuite des cerveaux français aux Etats-Unis : Why French Scholars Love U.S. Colleges, Wine, Cheese and Torpor, Money, Optimism, Invention,  Work in the U.S., Play in France, The Immigrant’s Motive, Why the Biologists Are Here, It Will Get Worse for France, ‘Porosity of Borders’, This Highway Runs Both Ways, French Professors Find Life in U.S. Hard to Resist. Une telle offensive – le mot est choisi à dessein pour décrire cette déferlante – mériterait d’être analysée en profondeur. Peu de pays ont l’honneur d’un tel matraquage par les Etats-Unis…

Enfin, je signale un article très intéressant de Slate Mon (et votre) cerveau raciste qui analyse l’idée de corrélation illusoire pour expliquer en quoi l’association des minorités et de la criminalité est à la fois un réflexe irrationnel et… parfaitement normal. L’auteur démontre que la fréquence de l’occurrence de deux phénomènes sans lien logique finit par produire une corrélation prise à tort pour une causalité. Par exemple, le terrorisme des extrémistes musulmans finit par produire une corrélation entre le terrorisme et les musulmans, corrélation prise pour une causalité : les terroristes commettent des actes de terreur parce que musulmans, et donc il y a un lien de causalité entre le terrorisme et l’islam.

Les articles mentionnés dans cette revue de presse ont été partagés et discutés durant le mois de novembre au sein du groupe de discussion « Gestion des Risques Interculturels » que j’anime sur LinkedIn (565 membres à ce jour). Soyez bienvenu(e) si ces questions vous intéressent!

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  • Vous avez un projet de formation pour vos expatriés, une demande de cours ou de conférence sur le management interculturel?
  • Vous souhaitez engager le dialogue sur vos retours d’expérience ou partager une lecture ou une ressource ?
  • Vous pouvez consulter mon profil, la page des formations et des cours et conférences et me contacter pour accompagner votre réflexion.

Quelques suggestions de lecture:

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4 commentaires sur “Vents d’Est sur le monde – revue de presse”

  1. Quand allons-nous enfin considérer que nous ne sommes pas le nombril du monde que tout le monde regarde, envie et se désespère d’imiter tant notre culture serait supérieure et l’horizon de l’humanité entière.

    Quand allons-nous vraiment apprendre des autres, de ceux qui sont meilleurs, des expériences enrichissantes qui viennent d’ailleurs !

    Quand allons nous avoir l’humilité des innovants et conquérants, quand allons-nous nous décider ?

    #467
  2. Benjamin PELLETIER

    Bonjour Pierre – Il y a une trentaine d’années, ce cri du cœur aurait été extrêmement isolé. Mais il me semble que de plus en plus d’acteurs du monde académique et du monde économique le poussent également… Certes, ils sont encore rares mais il y a une évolution. Lente, très lente, trop lente si on la rapporte au rythme effréné des évolutions en cours…

    #468
  3. Thomas Snégaroff

    Félicitations pour votre travail.

    #490
  4. Benjamin PELLETIER

    @ Thomas – Merci de votre passage par ici et également pour votre blog que je suis avec beaucoup d’attention.

    #491

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