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Coups et contrecoups – revue de presse

mardi 1 février 2011
Par Benjamin PELLETIER


Revue de presse des articles du mois de janvier ayant attiré mon attention et alimenté certains articles du blog.

Interculturalité

Des coups d’abord pour Home Depot – la chaîne américaine d’équipement de la maison et de bricolage – qui quitte la Chine. Les Américains ont négligé le fait que la culture du do-it-yourself (faites-le vous-même) est inexistante en Chine où, même si l’on a de faibles revenus, on préfèrera payer des ouvriers plutôt que d’aménager et réparer soi-même son habitat. De plus, les Chinois ne voient pas l’intérêt d’acheter des outils qui prendront de la place à entreposer dans leur logement peu spacieux.

Des contrecoups ensuite dans le football anglais où certains matchs de la Premier League – l’équivalent de notre première division – créent la polémique car il y a de moins en moins d’Anglais sur le terrain, voire pas du tout. Ce fut le cas le 4 janvier dernier lors du match entre Portsmouth et Arsenal où aucun Anglais n’a foulé la pelouse. Mieux encore : lors du match entre Blackburn contre West Bromwich Albion, on comptait, avec les remplaçants, 22 nationalités différentes. D’où 58,4% des joueurs de Premier League qui ne sont pas anglais (contre 29,5% de joueurs étrangers en France). D’où mon interrogation sur les besoins urgents de formations en management interculturel pour les joueurs de football!…

Contrecoups suite à la crise économique en Europe où l’on assiste à un phénomène nouveau, ou plutôt au retour d’un phénomène qu’on croyait disparu: les migrations économiques en provenance de l’Espagne. Dans Viens donc en Allemagne, Pepe ! Presseurop traduit un article de la presse espagnole qui évoque les discussions actuelles entre l’Allemagne et l’Espagne concernant ce sujet sensible. Du fait de son actuel besoin de main d’œuvre, l’Allemagne verrait d’un bon œil l’arrivée sur son territoire de jeunes diplômés venant d’Espagne, mais aussi de Grèce et de l’Est de l’Europe. Implicitement, il s’agit également pour les Allemands de réduire l’immigration en provenance de Turquie…

Car, c’est là un effet inattendu de la crise économique couplée aux débats sur les identités nationales et à la baisse des taux de fécondité dans les pays d’Europe de l’Est : le retour en grâce des « étrangers bien de chez nous », comme l’indique le titre d’un autre article polonais traduit par Presseurop. Ainsi, la Hongrie est en train de « siphonner » les minorités hongroises des pays limitrophes en facilitant l’obtention de la nationalité hongroise. Voilà qui pourrait rapporter à la Hongrie jusqu’à 2,5 millions de nouveaux citoyens.

France

Je ne vais pas m’attarder longtemps sur le sondage BVA/Le Parisien où la France apparaît comme championne du monde du pessimisme (enquête disponible ici, en pdf). Tous les quotidiens s’en sont fait l’écho, notamment pour remarquer que les Français étaient plus pessimistes que certains peuples en guerre comme les Afghans. Mais aucun journaliste n’a pas pris un peu de recul en questionnant la valeur d’une telle analyse comparée :

  • quand les plans de comparaison sont déséquilibrés : comment établir un point de comparaison quant à la perception de l’avenir entre quelqu’un vivant dans un pays en paix et quelqu’un vivant dans un pays en guerre ?
  • quand les termes de comparaison comportent des dimensions culturelles qui distordent la lecture des résultats : par exemple, que signifient « avenir », « pessimisme » ou « bonheur » pour un Français et pour un Afghan ?
  • et quand l’expression même du négatif est culturellement déterminée : alors que, dans nombre de cultures, l’expression directe et spontanée du négatif est atténuée au profit du positif – qui est accentué, voire exagéré – l’une des particularités de la culture française est justement d’affronter et exprimer directement le négatif, ce qui « alourdit » certainement le poids du négatif dans ce type d’analyse comparative.

Cette lucidité française a ses défauts : elle aveugle sur le positif. D’où de grandes difficultés à valoriser le positif, car ce mouvement va à l’inverse de notre tendance naturelle (ou plutôt : culturelle) à ne remarquer que les trains qui ne partent pas à l’heure (voir sur ce blog Un compliment suspect, forcément suspect). Voilà qui nous amène à un article d’un excellent blog Le Monde sur le mental dans le sport : Douleur, manque de sérieux, blessure : des « alibis » solides ? L’auteur s’intéresse aux stratégies d’auto-handicap qui se définissent ainsi :

« L’auto-handicap peut être compris comme un processus par lequel […] une personne adopte des caractéristiques ou des comportements qui correspondent superficiellement à la reconnaissance d’un problème, d’une faiblesse ou d’un déficit, mais qui l’aident à contrôler les attributions concernant ses performances, de façon, à diminuer les implications qu’un échec aura pour le Soi et à augmenter celles d’un succès ».

Autrement dit, il s’agit de mettre en avant des défaillances possibles pour anticiper un éventuel échec. C’est l’alibi avant la faute, en quelque sorte. Au-delà du sport, on peut donc se demander s’il n’y a pas dans la matrice culturelle française une excessive culpabilisation de la faute, de l’erreur, de la défaillance, qui nous pousse à exprimer plus fréquemment le négatif de façon à nous prémunir contre l’opprobre que nous craignons de subir en cas d’échec.

Il est un domaine où les plaintes sont apparemment cependant justifiées : le dépôt de brevets. Dans France Soir (La France est en panne de brevets), on apprend notamment que la France est au 6e rang mondial pour la recherche mais au 12e pour le nombre de brevets par millions d’habitants. D’où le risque de subir un violent contrecoup, comme le remarque un analyste, Christian Nguyen :

« Autre problème, la culture du brevet est plus développée aux Etats-Unis que chez nous. Chez eux, certains groupes déposent des milliers de brevets, autant pour se protéger que pour gêner la concurrence. Les groupes européens doivent prendre conscience qu’il s’agit d’un outil majeur pour lutter contre la concurrence. C’est particulièrement flagrant dans les nouvelles technologies : ne pas être protégé outre-Atlantique, c’est comme ne pas être protégé du tout, c’est là-bas que se fait pratiquement la moitié du marché mondial. »

Autres contrecoups de la mondialisation : les affaires d’espionnage économique. La médiatisation de l’affaire Renault – encore assez obscure – a incité L’Usine Nouvelle a faire un rappel de 14 grandes affaires d’espionnage industriel dans le monde. Le Point a quant à lui évoqué une autre affaire qui n’a pas été médiatisé et qui met aux prises le groupe PSA, ou plutôt son fournisseur français Dacral qui a vu son produit de protection anticorrosion appliqué sur les disques de frein, copié par une entreprise chinoise, d’où un risque encouru par les voitures de Peugeot Citroën construites en Chine.

Enfin, signalons deux dysfonctionnements très français. D’abord avec Le rapport qui agite les musées de la Ville de Paris dans le Figaro où il apparaît que ces institutions marchent sur la tête avec leur incapacité à s’adapter au public, notamment en termes d’horaires d’ouverture. Ensuite, avec Les lois inapplicables, un mal français et Lois en carton-pâte, Le Monde et le Canard Enchaîné (du 19 janvier) reviennent sur le rapport annuel du Sénat sur l’application des lois : 32 des 50 lois promulguées lors de la dernière session parlementaire (octobre 2009-octobre 2010) restent, en partie ou en totalité, sans effet. Le Canard Enchaîné note par exemple que la loi sur le Grenelle de l’environnement n’a reçu que 2 décrets d’application sur les 172 prévus.

Chine

Avec l’article China’s Army of Graduates Struggles for Jobs (L’armée chinoise des diplômés en lutte pour l’emploi), le New York Times propose un très intéressant reportage sur les contrecoups subis par les jeunes diplômés chinois suite à la spectaculaire émergence de la Chine. Deux informations permettent de prendre conscience des défis rencontrés par la jeunesse chinoise pour intégrer le marché de l’emploi :

  • Quand Jiang Zemin a annoncé en 1998 des mesures pour stimuler l’éducation et les universités chinoises, il y avait alors 830 000 diplômés chaque année. En mai 2010, il y en a eu plus de 6 millions, et ce nombre est en constante augmentation.
  • Entre 2003 et 2009, le salaire moyen des travailleurs migrants débutants a augmenté d’environ 80% tandis que, sur la même période, le salaire des jeunes diplômés débutants est resté identique, et a même baissé si l’on prend en compte l’inflation.

Coups et contrecoups en Europe suite à l’émergence chinoise dans le Figaro: Quand la Chine rachète le monde. Si la première partie de l’article n’apporte rien de nouveau sur les investissements chinois dans le monde, la seconde partie mérite d’être lue attentivement pour les anecdotes et exemples mis en évidence. Ainsi, de hauts fonctionnaires de l’UE n’en sont pas revenus d’avoir entendu des officiels chinois venus négocier à Bruxelles, leur déclarer: « Vous, les Européens, vous croyez vivre dans une grande Suisse, mais vous vivez dans une grande Grèce. »

L’article évoque également le projet d’implanter des entreprises chinoises à Châteauroux (voir sur ce blog : Un Chinatown à Châteauroux ?) en mentionnant le fait qu’il s’agit « essentiellement des usines de montage », mais sans oser poser clairement la question des risques encourus par le label « fabriqué en France » lorsqu’il s’agit d’assembler en France des pièces produites en Chine. Il pose cependant indirectement la question en évoquant ensuite le cas du transformateur de tomates Le Cabanon :

« Le Cabanon était le premier transformateur de tomates françaises, une PME installée « au cœur de la Provence depuis 1947 ». Passée sous pavillon chinois en 2004, la société se contente aujourd’hui de mettre en boîtes du concentré de tomates importé de Chine. »

Il est un domaine où la Chine s’éveille bruyamment, pour reprendre le titre d’un article de la Tribune: celui du vin. La Chine est en effet passée de la dixième à la septième place des producteurs de vin entre 2007 et 2010. La production chinoise devrait augmenter de 77% dans les quatre ans et la consommation – qui a grimpé de 104,4% depuis 2005 – devrait encore progresser de 20% d’ici à 2014.

Slate s’est également fait l’écho de cette percée, cette fois dans les ventes aux enchères Sotheby’s de Hong Kong où les Chinois ont fait monter les prix des bouteilles à des hauteurs vertigineuses. Ainsi, douze bouteilles de Lafite 82 se sont vendues à 25 000 euros, douze bouteilles de Château Latour 82 à 10 500 euros, douze bouteilles de Château Margaux 82 à 6 250 euros et douze bouteilles de Château Haut-Brion 82 à 4 320 euros.

En outre, Challenges annonce le rachat d’un cru bordelais par le groupe chinois Cofco. Il s’agit du Château de Viaud, l’une des marques de Lalande de Pomerol. L’opération s’élève à 10 millions d’euros. Il s’agit là de la plus importante affaire réalisée par des Chinois dans le bordelais. Le groupe Cofco possède également Great Wall Wine, numéro un du vin en Chine.

Presseurop a traduit en français un article de la Repubblica : Les Chinois sont les nouveaux Japonais, qui reprend les résultats du rapport annuel de l’Académie chinoise du tourisme (ici, en pdf) : 57 millions de Chinois passeront leurs vacances à l’étranger en 2011 (dont plus de 30% en Europe), ils y dépenseront un peu moins de 50 milliards d’euros. En 2010, ils étaient 54 millions et en 2006 34 millions. Les estimations pour 2015 vont de 100 à 130 millions de touristes chinois à l’étranger, pour une dépense de plus de 110 milliards d’euros.

L’article met également en évidence combien les acteurs du tourisme en Europe sont peu ou mal adaptés à ce tourisme bien spécifique. Qu’il s’agisse de la traduction en mandarin des consignes et menus, des parcours proposés ou de l’accueil très en deçà des attentes et exigences extrême-orientales, il semble qu’il y ait bien des progrès à faire.

Influence

  • Nation branding

Le nation branding désigne le fait d’attribuer une marque à un pays afin d’accroître sa visibilité à l’international. Il s’agit également d’associer ce pays à certaines valeurs essentielles qu’il revendique comme les éléments clés de son identité. Une dépêche de l’IANS (équivalent de l’AFP en Inde et en Asie) reprend les analyses d’un professeur de diplomatie publique, M. Nicholas J. Cull, qui évoque les points forts de la marque « Inde » par rapport à la marque « Chine ».

Selon lui, la marque « Chine » renvoie à la conformité contrainte, tandis que la marque « Inde » renvoie à l’ouverture et à la diversité, avec une représentation de toutes les cultures et de toutes les religions dans la société indienne. Par ailleurs, les réalisations de l’Inde en matière d’influence dans le monde sont bien plus discrètes que les réalisations chinoises, mais non moins efficaces, notamment en Afrique. M.Cull mentionne ainsi à titre d’exemple le réseau électronique panafricain de télémédecine et de formation à distance mis en place en Afrique par les Indiens.

  • Diplomatie publique

Prolongement du nation branding, la diplomatie publique se définit par les actions mises en place par un Etat pour séduire la population d’un autre Etat. Ainsi, l’ambassadeur américain en France, Charles Rivkin, vient de remettre à 29 jeunes Français « issus de la diversité » leur diplôme de « jeunes ambassadeurs ». Il s’agit d’un programme du Département d’Etat – qui a également pour partenaire l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé) sous tutelle du ministère de la Ville – qui vise à promouvoir l’image des Etats-Unis auprès de la jeunesse dans le monde.

A la grande satisfaction du directeur général de l’Acsé, M. Rémi Frentz, il semble que ce programme soit extrêmement  efficace : « Des jeunes expliquent qu’ils ont fait l’objet d’un regard beaucoup plus ouvert aux Etats-Unis, alors qu’ici, ils continuent à subir des regards discriminants. » Pour prolonger sur le sujet, voyez sur ce blog Les banlieues françaises, cibles de l’influence culturelle américaine et La stratégie américaine pour influencer les minorités en France.

Toujours à propos de ces délicates problématiques, je signale un article du site internet de Marianne à propos du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) : Le lobbying du CRAN, au service des Noirs … ou du CRAN ? où l’on apprend qu’il reçoit une part de son financement de fondations américaines, et notamment de la fondation Ford. Voilà qui me rappelle un très intéressant rapport publié au Journal Officiel sur les comptes de SOS Racisme où l’on découvre en page 3 qu’en 2009 SOS Racisme a reçu 72 724 euros de la même fondation Ford (document ici, en pdf). A quand donc une transparence sur les comptes des associations ?

  • Influence culturelle

Outil essentiel de la diplomatie publique, l’influence culturelle vise à diffuser une image positive du pays émetteur. A titre d’exemple, je signale une fuite WikiLeaks à propos des actions d’influence culturelle de l’ambassade américaine en Islande. Vous lirez avec intérêt ce rapport qui aborde les difficultés à initier des actions de ce type auprès de la population islandaise. Ainsi, l’ambassade s’interroge sur l’opportunité et les risques d’inviter des musiciens américains en Islande, sachant que la culture musicale des Islandais est très développée. Un faux-pas et une faute de mauvais goût en la matière seraient rédhibitoires…

Les articles mentionnés dans cette revue de presse ont été partagés et discutés durant le mois de janvier au sein du groupe de discussion « Gestion des Risques Interculturels » que j’anime sur LinkedIn (633 membres à ce jour). Soyez bienvenu(e) si ces questions vous intéressent!

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