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Le monde n’est jamais en vacance(s) – revue de presse

jeudi 29 juillet 2010
Par Benjamin PELLETIER

Actualités

Non, contrairement à l’indigence des journaux télévisés en cette période, il ne se passe pas « rien » l’été, et les sujets ne manquent pas pour nourrir la réflexion. Toujours dans une perspective de partage, voici donc une revue d’articles lus ce mois-ci et qui font désormais partie de mes archives pour alimenter le blog GRI. Elle n’est donc pas exhaustive mais fortement subjective. Si certains parmi vous ont lu d’autres articles intéressants, qu’ils n’hésitent pas à les signaler.

Auparavant, je me réserverai les honneurs en vous signalant une interview réalisée par Cadrexport sous le titre Communiquer avec une équipe étrangère où je fais le point avec Diane Pinelli sur les principales problématiques liées à l’expatriation, et notamment sur les défis rencontrés par les Français dans leur coopération avec les étrangers.

Enfin, dans un ouvrage intitulé Management commercial à paraître à la rentrée aux éditions Dunod, Isabelle Barth, directrice de la recherche à l’école de management de Strasbourg, cite à deux reprises des articles de GRI à propos des enjeux interculturels des négociations commerciales.

Interculturel

Le site slate.fr a traduit de l’anglais un article intéressant sous le titre Kirghizistan : le narcissisme de la petite différence. Si cet article consacré au conflit interethnique en cours dans cette zone attire mon intérêt pour les problématiques interculturelles, c’est qu’il met en avant cette notion freudienne de « narcissisme des petites différences ». Elle apparaît dans l’ouvrage de Freud Le malaise dans la civilisation à propos des communautés limitrophes qui se moquent les unes des autres, et parfois se disputent, voire en viennent au conflit, pour de petites différences culturelles.

Nous retrouvons là un paradoxe que j’avais déjà signalé dans deux articles : The paradox of the toothpaste tube et Cultures nationales, culture d’entreprise. Ce paradoxe consiste dans le fait que nous acceptons parfois d’autant moins certaines différences que ceux qui les portent sont proches de nous, géographiquement et culturellement. Or, ces mêmes différences seraient tolérées venant de cultures éloignées. La proximité crée l’illusion de la ressemblance et la rivalité dans la ressemblance. Nous voici proche des théories de René Girard sur la rivalité mimétique que j’ai eu l’occasion de reprendre dans l’analyse du cas de Jérôme Kerviel (Les pièges du désir: du cas Kerviel au cas français).

Sur le site lesafriques.com, j’ai lu un intéressant compte-rendu à propos d’un ouvrage (que je n’ai pas lu) intitulé Le management des risques en Afrique, réalités et perspectives. Intéressant car il met en avant la dimension culturelle de la perception du risque. Ainsi, « les employés et membres d’une entreprise africaine auront plutôt tendance à considérer l’entreprise comme une collectivité au sein de laquelle ils exigeront protection et compréhension, concourant ainsi à reporter leur peur du risque sur l’entreprise, ce qui ne correspond en aucune façon au mode d’organisation dans le monde occidental. »

Il s’agit donc encore une fois de savoir jouer la carte locale. Or, dans le Financial Times, une importante contribution de Nick Butler, ancien vice-président de la stratégie de BP, intitulée The era of global oil giants is over, analyse la quadrature du cercle rencontrée par les grands groupes pétroliers aujourd’hui : d’une part, à force d’acquisitions et de fusions, ils ont développé une culture globale d’entreprise ; mais, d’autre part, ils se confrontent de plus en plus à la nécessité de s’adapter au contexte culturel local.  Problématique abordée ici dans Cultures nationales, culture d’entreprise.

Voici deux extraits de cet article :

1. We are entering a new world in which success will go to those who move beyond old visions of monolithic, centralised global enterprises towards new approaches built on partnerships and joint ventures attuned to local needs. Strategy at this level must start from reality. The industry must face up to renewed public and political hostility. There will be greater scrutiny, not just of its environmental record, but also pay and bonus levels, and its use of influence to win access to developing countries.

2. Important questions of size and culture also face the industry. The international oil majors pretend they are uniform global operations, but in truth they are conglomerates that mix largely disconnected business streams handling exploration, production, refining, trading and marketing. Each of these streams then works in multiple countries. To this complex mixture a decade of mergers and acquisitions have added problems of cultural and national diversity. The big companies have all stressed the appointment of local figures to important roles, while also trying to establish a global corporate culture. This push for local diversity is not simple political correctness, but a consequence of the strategic need to grow in previous unknown territories.

Toujours dans cette perspective de compréhension des cultures, un blog du Wall Street Journal a publié un article intitulé Lost in translation qui synthétise des recherches récentes sur les relations entre langage et vision du monde.

Enfin, je signale la mise en ligne d’une étude intitulée Mapping cultures – strategies for effective intercultural negociations qui fait un point assez complet sur les enjeux interculturels de la négociation et de la résolution de conflits.

France

Le Monde a publié une chronique d’un directeur de recherche du CNRS sous le titre Les champions de la grève où l’on apprend que, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas la France qui comptabilise le plus grand nombre de jours perdus à cause des grève mais… le Danemark. Encore faudrait-il faire la distinction entre le secteur privé et le secteur public…

Ainsi, le gouvernement français a mis en ligne une étude sur l’attractivité de la France (en pdf ici). En page 35, on trouve un tableau comparatif sur le nombre de jours de grève en Europe et la France se retrouve en excellente position… dans la mesure où seulement le secteur privé est pris en compte dans ce comparatif. Même s’il faut prendre avec précaution ce document destiné à « vendre » l’entreprise France, il comporte de nombreuses informations utiles à la réflexion.

Une réflexion qui peut être poursuivie avec le baromètre sur la mobilité professionnelle établi par l’IFOP pour Adecco (en pdf ici). L’un des intérêts de cette étude est de mettre en évidence le hiatus entre la perception de la situation des salariés par les DRH et la perception de leur situation par les salariés eux-mêmes. Voyez par exemple en page 17 en quoi ce hiatus est flagrant sur le besoin de formation, d’acquisition de nouvelles compétences et de perspectives d’évolution, et en pages 23 et 25 comment il s’exprime au moment de l’embauche où les salariés déplorent un manque d’information.

Enfin, un article du Monde, Le gouvernement tente d’encourager les relocalisations d’activités en France, n’incite pas à l’optimisme sur ces initiatives dont l’ambition est résumée par le titre de l’article. Imaginons le titre suivant : « Le gouvernement relocalise des activités en France », puis : « Le gouvernement encourage les relocalisations d’activités en France », et enfin nous avons : « Le gouvernement tente d’encourager les relocalisations d’activités en France ».

Une remarque d’ailleurs à ce sujet. Je viens de revoir le beau film La canonnière du Yang Tsé avec Steve McQueen dans le rôle du chef mécanicien Holman sur ce vieux navire de guerre patrouillant sur le Yang Tsé en 1926 au moment où éclate la guerre civile chinoise. Quand il prend ses fonctions sur le navire, Holman réalise avec stupéfaction qu’il n’y a pas un mais deux équipages à bord, l’équipage officiel américain et l’équipage officieux chinois. En effet, des coolies ont progressivement assisté puis remplacé les Américains pour un bol de riz ou un salaire de misère. Ces derniers n’ont plus qu’à superviser les Chinois occupés à remplir leurs tâches. Holman n’a pas le choix, il doit se soumettre à cette « sous-traitance », il forme donc un Chinois à la mécanique.

Or, au moment où éclate la guerre civile, les nationalistes lancent un mouvement de propagande anti-américain et appellent notamment les coolies à faire grève. Ils quittent tous subitement le navire et les marins américains doivent retrouver leurs corvées. C’est un moment clé de ce film de 1966 qui, avec le point de vue de 2010, porte une puissante charge symbolique. En effet, les marins, ayant perdu l’habitude de travailler, renâclent à effectuer leurs tâches. Ils se sont affaiblis…

International

La France, tête de turc d’Ankara, sur les tensions entre Turquie et France à propos de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. A noter également, de nombreux articles ont décrit dernièrement l’activisme de la Turquie auprès des pays arabes et de l’Iran. Les lignes sont en train de bouger, et il sera intéressant de suivre cette évolution les prochains mois.

Dans le Monde diplomatique, un article revient sur les forces et faiblesses de la démocratie de proximité en Norvège.

Dans le Monde, La crise incite le Japon à revoir sa politique migratoire met le doigt sur la contradiction que vit ce pays entre la tentation de restreindre l’immigration et les risques que fait peser sur son avenir son inquiétant déclin démographique.

A signaler sur slate.fr un article sur les entreprises brésiliennes à l’assaut des Etats-Unis. Elles y multiplient en effet les acquisitions et partenariats. Le Brésil est actuellement d’une étonnante vitalité. Il serait également intéressant de faire un point sur les actions du Brésil en Afrique (tout comme celles de l’Inde en Afrique) dont on parle moins à force de se focaliser sur la Chine.

L’Arabie saoudite possède de tels particularismes culturels que, bien souvent, ils échappent à notre compréhension. Pour avoir été moi-même expatrié dans ce pays et avoir tiré de cette expérience un roman (A travers sables, éditions de L’Olivier), j’ai pu constater combien certaines anecdotes semblent tellement irréelles qu’il est difficile de les raconter sans se décrédibiliser soi-même. Ceci dit, Gulf News a publié un article à propos d’une fatwa récente édictée par un religieux saoudien, selon laquelle il est acceptable qu’une femme se trouve en présence d’un homme avec lequel elle n’a aucun lien familial à condition qu’elle lui donne le sein.

On peut rire ou s’indigner d’une telle décision mais cela ne fera pas avancer la compréhension. A l’origine de cette fatwa figure un particularisme culturel saoudien : le lien du lait élevé à la même valeur que le lien du sang. Autrement dit, deux enfants sans lien de famille qui ont eu la même nourrice se retrouvent unis par le lien du lait dans la fraternité. Partant de là, ce religieux a eu l’idée de « permettre » aux femmes – pour lesquelles la fréquentation d’hommes sans lien de famille avec elles est interdite – de créer ainsi un lien familial avec un étranger. On peut considérer cette décision soit comme une tentative absurde de donner plus de liberté aux femmes, notamment en contexte professionnel où un tel interdit est rédhibitoire à l’emploi féminin ; soit a contrario, du fait d’une telle absurdité, comme une volonté de confiner les femmes chez elles pour les empêcher de travailler.

Mais là où l’article de Gulf News mérite qu’on s’arrête sur cette histoire, c’est que les femmes saoudiennes (qui n’ont pas le droit de conduire en Arabie) sont en train de retourner cette fatwa contre elle-même avec un argument destiné à effrayer leurs maris, du style : « Si vous ne nous laissez pas conduire, nous donnerons notre sein à notre chauffeur ! »

Chine

L’actualité chinoise est si riche qu’elle mérite une rubrique à part entière. Un article d’un journal japonais, China moving aggressively into foreign media markets, fait le point sur les actions chinoises en faveur d’un soft power médiatique. J’avais déjà évoqué cette question à propos des actions d’influence culturelle chinoise en Afrique (voir sur ce site Soft power chinois en Afrique). Ces actions prennent de l’ampleur et sont passionnantes à observer.

D’ailleurs, le site MTM – Marchés Tropicaux et Méditerranéens se fait l’écho de cette montée en puissance dans l’article Les médias chinois à la conquête de l’Afrique.

Parallèlement et toujours dans le cadre du soft power, la Chine gagne en visibilité sur le terrain de la notation en créant sa propre agence qui vient de déclasser certains pays occidentaux, et notamment la France. La dépêche de l’agence officielle de presse chinoise faisant état en français de cette initiative est disponible ici.

Pour faire suite à l’article Un Chinatown à Châteauroux? publié sur GRI, je vous renvoie à un court reportage de France 3 qui a interrogé les responsables de la délégation française du Berry à leur retour de Chine. Où il apparaît que les premiers projets pour implanter des entreprises chinoises à Châteauroux sont en cours de finalisation et concernent trois secteurs : le photovoltaïque, le thé et… les perruques. J’aurai certainement l’occasion de revenir sur ce sujet. Je pose seulement une question : sachant que le solaire n’est pas une priorité en France mais un secteur en plein développement en Afrique et que les femmes qui dépensent le plus pour des extensions de cheveux sont les Africaines, le projet de Châteauroux ne serait-il pas à tout hasard une plateforme à destination des pays africains pour y exporter des produits chinois assemblés dans le Berry avec le label made in France ?

Enfin, L’Expansion fait état des craintes des Européens qui s’inquiètent du protectionnisme chinois. Cet article doit être dégusté en entrée avant le plat principal des Echos. En effet, pour appréhender la complexité du jeu chinois et la naïveté des Européens, il faut absolument lire ensuite cet article : Comment Alstom s’est fait piéger par son allié chinois. Où vous apprendrez comment Alstom s’est fait subtiliser sa technologie par un partenaire chinois qui ensuite s’est présenté contre Alstom à des appels d’offre en Europe, qu’il a remportés et dont une partie bénéficiait de subventions de… la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement) et de la Commission Européenne !

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