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Sommes-nous aptes au multiculturel?

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Cet été, j’ai été invité par la Maison du Management à une matinée d’étude autour de la question : Sommes-nous aptes au multiculturel ? Il s’agissait d’apporter des éléments de cadrage pour les débats qui ont suivi lors des différentes tables rondes.

Le texte qui suit n’est pas le compte-rendu de mon intervention mais quelques remarques au sujet de la question posée.

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La question posée par les organisateurs m’a tout de suite intéressé. D’abord, il s’agissait d’évoquer le multiculturel, et non le multiculturalisme qui est une politique visant à développer un régime de droits spécifiques pour des communautés dites culturelles (voir mon article Le multiculturalisme en France, faux débat et vraies questions).

Ensuite, le multiculturel, cela reste une notion très générale qui permet de nombreux angles d’attaque. Comme nous étions à la Maison du Management et que le public était constitué d’acteurs du monde économique, j’ai privilégié les enjeux multiculturels pour les entreprises à une approche centrée sur la cohésion sociale (intégration des immigrés et gestion de la diversité culturelle sur le plan politique).

Ceci dit, il me semble évident que les deux angles d’attaque (les entreprises, la société) se rencontrent sur certains points et qu’il peut être productif de se demander en quoi l’aptitude des entreprises au multiculturel rejoint l’aptitude d’une société au multiculturel. Autrement dit, si nous avons des freins et obstacles au multiculturel dans les entreprises, il se peut que nous retrouvions les mêmes sur le plan social.

Enfin, la question est centrée sur l’aptitude et invite à penser quels sont nos points forts et points faibles pour intégrer une gestion multiculturelle, qu’il s’agisse de diversité en interne ou de projection à l’international. Ce point est délicat : il faut éviter de mettre un contexte culturel en accusation.

Par ailleurs, si nous avons des freins et obstacles au multiculturel, les Américains, les Britanniques, les Allemands, les Japonais, etc., en ont aussi mais ce ne sont pas les mêmes : chacun doit analyser finement son propre contexte et savoir activer les bons leviers et éviter les écueils pour faire face à la complexité des interactions culturelles.

Avec ces questionnements à l’esprit, j’ai abordé dans le temps imparti d’une vingtaine de minutes les thèmes suivants:

  • L’articulation entre culture professionnelle, culture d’entreprise et culture nationale
  • La complexité exponentielle des interactions
  • Les traits culturels communs aux pays émergents mais pas aux pays occidentaux
  • Les 3 conditions pour l’aptitude au multiculturel
  • Spécificités culturelles françaises et aptitude au multiculturel
  • 8 erreurs à éviter dans la gestion multiculturelle
  • 8 exemples de bonnes pratiques

Palmis TV, Web TV au service des managers et dirigeants sur les meilleures pratiques de management, a mis en ligne la vidéo de cette intervention (ici, version complète pour les abonnés), dont voici la bande-annonce :


Sommes-nous aptes au multiculturel ? Benjamin… par PalmisTV

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Quelques suggestions de lecture:

5 Comments

  1. Un être “multi-culturel” n’est il pas en définitive un être “acculturé” dans sa propre société ? En érigeant le principe multiculturel en quasi dogme ne prend on pas le risque a terme d’une perte de reconnaissance des “cultures différentes” .

  2. Benjamin PELLETIER

    Plutôt que d’un être, il s’agit ici d’un savoir-être et d’un savoir-faire… une souplesse culturelle pour être à l’aise dans des environnements complexes…

  3. Comment peut on développer un “savoir faire” sans connaitre la culture “nouvelle” ? Comment adopter un “savoir être” sans connaitre les us et coutumes de l’autre ?
    Une chaussure lancé dans un gymnase lors d’une compétition de basket a Villeurbanne n’a pas la même signification que la même chaussure lancée dans une réunion politique a Bagdad .
    C’est bien la connaissance experte des cultures “étrangères” qui permet la compréhension et les réactions appropriées. Le seul moyen de “survie” est une neutralité “a-culturée”. Comment puis je raisonnablement discuter avec une femme portant un tchador dans Paris si je ne suis pas informé de la culture de mon interlocutrice ? Le seul moyen a ma disposition est l’adoption d’un discours acculturé dénué de toute référence “culturelle” car je ne sais pas a priori si mon interlocutrice porte cet habit par conviction ou par provocation.
    Quel “savoir être” développer pour entrer en contact avec l’autre ?
    L’aptitude ne suffit pas; une compétence est nécessaire. Cette compétence sera le résultat de l’addition de l’aptitude et de la formation adéquate. Pour être performante elle devra comprendre une partie de savoir, de savoir faire et une partie de savoir être.

  4. Benjamin PELLETIER

    Je ne vois pas où est votre objection. Nous avons exactement la même approche de la question. La différence est que la position de “neutralité aculturée” est difficile à mettre en place dans la mesure où, même si je produis cet effort, mon interlocuteur local peut me percevoir comme un “Français”, et donc en fonction de ses propres stéréotypes sur ce qu’est un “Français” pour lui.

  5. Le sujet date, mais semble en permanence d’actualité. Nous n’avons bien évidement pas la même approche, puisque chacun étant formaté de part son éducation, ses expériences, ses représentations culturelles, religieuses, etc… J’enfonce des portes ouvertes.
    Ce qui est certain, c’est qu’il parait difficile voire impossible d’apprendre tout de tous et en même temps d’attendre que l’autre en face, en fasse de même. Ne nous leurrons pas avec des vœux irréalistes fabriqués selon nos propres prismes idéologiques.
    A mon sens, il faut y aller pas à pas, et commencer par se mettre d’accord à minima sur deux bases. La première étant le respect de la différence de l’autre principalement dans la sphère public(espaces et institutions). En acceptant que sa sphère privée, soit sienne. Il faut absolument faire cette différence et s’y tenir, sous peine d’être tenté de s’immiscer dans la culture de l’autre et de décider in fine pour lui. Nous le voyons sur le comportement des occidentaux à vouloir “protéger” les peuples dits autochtones. La vrai question semble se situer sempiternellement à ce niveau. De ces peuples qui n’ont rien demandé à quiconque et qui, aussi, en même temps pour certains ne tourneraient pas le dos à un réseau 4G…
    La seconde, concomitamment et subordonnée à la première, construire ensemble une société sur des bases communes. Chacun devant pouvoir faire des concessions, trouver ce fameux modus vivendi.
    A vouloir trouver des solutions, là où en principe il ne devrait pas y avoir de problème, on arrive justement à en créer.

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