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Pourquoi l’anglais n’est pas notre tasse de thé?

mardi 9 mars 2010
Par Benjamin PELLETIER

My Frenglish is rich

Le TOEFL (Test of English as a Foreign Language) est un test d’anglais qui existe depuis 1964. Il permet notamment d’accéder aux universités anglaises, canadiennes et américaines. Il est également de plus en plus utilisé par les entreprises pour évaluer le niveau d’anglais des candidats au recrutement.

Standardisé et populaire, ce test donne chaque année une bonne idée du niveau d’anglais dans les pays non-anglophones. L’équipe du TOEFL publie ainsi un rapport annuel établissant un comparatif entre les pays. La France, on le sait, se classe parmi les mauvais élèves, et ce depuis que le test existe.

Le rapport 2008 ne fait pas exception à la règle. La France se situe à la 69e place sur un total de 109 pays analysés. Elle est 25e dans la liste des 43 pays européens pris en compte. Le score obtenu par la France la place sur le même plan que la Bulgarie, la Biélorussie et la Lettonie. Vous pouvez télécharger ce rapport en suivant ce lien (pdf).

Ces résultats ne sont malheureusement pas surprenants. Régulièrement, des articles font état de la situation préoccupante de la place de l’anglais en France dans un contexte de circulation des étudiants et des travailleurs à l’étranger. En revanche, on souligne moins qu’elle a des conséquences très négatives sur l’image de la France auprès des touristes qui la visite mais aussi sur les étrangers qui viennent travailler en France. Leur bonne intégration au sein d’équipes françaises suppose une communication décomplexée avec eux.

Or, c’est rarement le cas. Quand ces travailleurs expatriés en France parviennent à maîtriser l’oral au niveau professionnel, ils sont confrontés à la difficulté de produire quantité de documents écrits en français. Mais, sur ces deux aspects, oral et écrit, ils se sentent souvent désemparés face à des collègues faisant peu ou pas d’efforts pour adapter leur niveau de langue.

Plus grave, un phénomène pervers d’exclusion plus ou moins discrète s’opère dans la mesure où une utilisation approximative de la langue signifie implicitement chez les Français une déficience intellectuelle, voire une incompétence professionnelle, et dans tous les cas une infériorité individuelle. La maîtrise de la langue se charge en effet en France d’un puissant jugement de valeur culturel.

Ces éléments sont bien connus. Mais justement, malgré les analyses, les articles, les débats, les nombreux livres sur ce sujet, la situation de l’anglais en France n’évolue pas. Serait-ce alors le résultat d’une infranchissable barrière culturelle, d’une sorte d’ADN gaulois comme l’évoquait un article du Monde consacré à ce sujet, ou d’une absence de volonté ou de courage politiques pour mettre en œuvre les mesures susceptibles de réellement améliorer la pratique de l’anglais chez les Français ?

Un état des lieux alarmant

L’ampleur du problème de l’anglais chez les Français apparaît nettement dans une étude très fournie menée en 2002-2003 par l’Union Européenne dans huit pays : Allemagne, Danemark, Espagne, Finlande, France, Pays-Bas, Suède, Norvège. L’intégralité de l’étude est téléchargeable ici (pdf). La population cible concerne les élèves en dernière année de collège.

Cette étude a également le mérite d’analyser les systèmes éducatifs des pays concernés et de proposer une synthèse de questionnaires à destination des professeurs d’anglais sur leur parcours, leur méthodologie et la perception de leur matière par leurs élèves et la société. Voici les principaux résultats sous forme d’échelles de pourcentages exprimant l’écart entre le taux maximum et le taux minimum de bonnes réponses (l’Allemagne n’apparaît pas dans les tableaux ci-dessous car l’étude a été intégrée à des tests nationaux de plus grande ampleur):

Compréhension orale

Compétences linguistiques

Niveau de lecture

Niveau de l'écrit

Les élèves français apparaissent clairement à la traîne de ce groupe étudié. Contrairement à certaines idées reçues, leurs résultats sont moins bons que ceux de l’Espagne, pourtant eux-mêmes très médiocres. Or, quand on considère la population étudiée, les Français ont quatre années d’étude de l’anglais au moment du test tandis que les Espagnols en ont huit. Les quatre années obligatoires d’anglais au primaire semblent donner un léger avantage aux élèves espagnols.

L’étude ne manque pas de s’interroger sur ces résultats singulièrement mauvais des Français. Je vous traduis le passage en question en le segmentant :

(1) « Il semblerait que, pour les professeurs français, ce qui vient en premier dans l’apprentissage d’une langue reste la correction grammaticale. C’est pourquoi la représentation qui est donnée d’une langue n’est pas propice à la communication. Les professeurs développent un désir intense de perfection qui entrave les élèves. Ainsi, il est nécessaire en France, pour les professeurs tout comme les élèves, d’avoir une parfaite maîtrise de la grammaire afin de rassembler son courage pour parler, pour s’exprimer soi-même. »

Une étude comparative sur plusieurs pays à propos de l’anglais permet de faire ressortir nos particularismes en matière d’enseignement des langues, français compris. Et il apparaît que nous enseignons l’anglais comme le français : en considérant la langue avant tout en tant que système à analyser, donc en tant qu’objet intellectuel à comprendre et à assimiler.

Cette valeur cognitive prime sur la dimension de communication. Or, là où la compréhension grammaticale est un exercice individuel mettant chacun à l’épreuve de ses propres facultés intellectuelles, la communication est un exercice interindividuel mettant l’accent sur les interactions au sein d’un groupe. Cette spécificité française s’exprime déjà dans l’approche pédagogique de la petite enfance. Je vous renvoie à la vidéo de l’article Construire une société de confiance où à la 17e minute Yann Algan pointe une différence fondamentale dans l’approche de la scolarisation de la petite enfance entre la France et les pays nordiques: tandis que la première développe les capacités cognitives des petits enfants, les seconds développent les capacités coopératives entre enfants.

(2) « De plus, les élèves français ne possèdent pas un large éventail de connaissances lexicales. Le fait qu’ils soient constamment corrigés par les professeurs mène à une utilisation excessive du français pendant le cours d’anglais : les professeurs donnent des explications en français et les élèves répondent de même pour montrer qu’ils ont compris un message oral ou écrit. Les professeurs recherchent la « perfection » dans le message. »

Le premier point de cette remarque peut notamment s’expliquer par le peu de contacts des Français avec la langue anglaise en dehors de l’école. L’étude propose ainsi une analyse sur le temps passé par les élèves à écouter de la musique, des programmes de radio, à regarder la télévision ou à lire en anglais. La France et l’Espagne sont les deux seuls pays pour lesquels il n’y a aucune donnée sur la télévision.

En effet, aucun programme télévisé n’est en version originale sous-titrée. Or, comme le rappelle un article du Monde du 24 janvier 2010, Dieu parle-t-il (toujours) français ?, les pays scandinaves ont imposé la version originale pour leurs programmes télévisés depuis les années… 1950.

La langue anglaise, peu présente dans la société française, est donc quasiment cantonnée au milieu scolaire. C’est une matière parmi d’autres, déconnectée de sa dimension vivante, un système étranger à intégrer, une sorte de latin moderne, un solfège indigeste. D’où la recherche de la perfection grammaticale, du « sans-faute », qui brise tout élan spontané par la sanction de la correction immédiate.

(3) « La présente étude montre essentiellement que ce n’est pas seulement l’enseignement des langues mais aussi le statut social accordé aux langues étrangères en France qui posent problèmes. »

Ce n’est pas le lieu de développer tous les éléments historiques et culturels d’une telle situation. Relevons que le statut social accordé à l’anglais dépend de deux facteurs : la dévalorisation de l’anglais comme conséquence d’une survalorisation du français. Les deux langues ont derrière elles une longue histoire qui dépassent le champ linguistique pour toucher aux enjeux liés à la colonisation du monde et aux rivalités politiques qui en découlent.

Concernant la survalorisation du français, notons qu’il est historiquement investi d’une double dimension de prestige et d’universalité. D’une part, le français au XVIIIe siècle était la langue du roi, des classes privilégiées et des intellectuels. Rappelons qu’à cette époque, sur 25 millions d’habitants en France, moins de 3 millions parlaient et comprenaient le français. Le français était alors la langue pratiquée par les cours de 25 pays en Europe.

D’autre part, le français était considéré comme la langue pouvant tout exprimer avec le plus de clarté. Dans Le siècle de Louis XIV, Voltaire écrit ainsi : « La langue française est de toutes les langues celle qui exprime avec le plus de facilité, de netteté, de délicatesse tous les objets de la conversation des honnêtes gens, et par là elle contribue dans toute l’Europe à un des plus grands agréments de la vie. »

Cet élitisme et cette universalité de la langue française ont perduré. Quand le français est devenu avec la Révolution la langue de la nation, et non plus de la monarchie, la langue est alors investie d’une mission d’unification du peuple de France et de civilisation des peuples des colonies. Voyez la 5e minute de la vidéo de l’article France et Afrique : récit d’un malentendu, quand Soro Solo explique comment la français a été utilisé en Côte d’Ivoire comme un instrument de soumission et de déculturation.

En effet, la langue n’est pas un simple système linguistique, elle est le véhicule d’une culture. Universaliser la langue française impliquait l’universalisation de la culture française, avec pour conséquence un jugement de valeur porté sur les autres cultures. Si aujourd’hui on assiste à un certain reflux du français dans le monde, voire à un rejet, ce n’est pas seulement parce que les anciens colonisés redonnent la priorité à leur langue, c’est aussi parce qu’ils cherchent à s’affranchir du jugement de valeur occidental porté pendant des décennies sur leur culture.

Dans un point de vue intitulé Identité nationale et langue française publié hier dans le Monde, Claude Hagège se fait l’écho de cette conception ancienne. En défendant à juste titre le français comme facteur d’identité nationale, il reprend l’idée d’une universalité du français du fait de sa présence sur les cinq continents (« Car avec ce dernier [l’anglais], le français, bien que moins riche en locuteurs que l’espagnol ou le portugais, est seul à partager un trait capital : la présence sur les cinq continents. Cette universalité justifie une politique résolue. » Ajoutant ensuite : « La promotion de la diversité linguistique du monde est étroitement solidaire de celle du français. »). Or, il reste auparavant à se demander si une présence mondiale implique une valeur universelle…

Le français n’est pas politiquement neutre : quelques précisions

1) L’obsession de la version doublée à la télévision

Si les pays scandinaves ont des programmes en version originale depuis les années 50, pourquoi n’est-ce pas le cas en France ? L’argument souvent mis en avant est que les Français n’en ont pas l’habitude. D’ailleurs, une étude a montré qu’un programme en VO faisait fuir 30% des téléspectateurs. L’argument pourrait être retourné : mettez des programmes en VO pour habituer les téléspectateurs. Bref, c’est l’histoire de la poule et de l’œuf.

Plus sérieusement, comme le rappelle un article de Slate, c’est sous le régime de Vichy que l’ancêtre du Centre National de la Cinématographie a décidé que son agrément ne serait donné qu’aux films doublés. L’habitude étant prise, elle s’est poursuivie après la Guerre, pour se renforcer dans les années 50 avec l’arrivée de la télévision. Or, la multiplication des chaînes paralyse toute initiative avec la crainte de voir fuir les téléspectateurs vers le concurrent. Arte s’est mise ainsi elle aussi à proposer des films et téléfilms doublés…

2) Français, anglais et identité nationale

Prestigieuse et universelle, la langue française cimente l’identité nationale. Par contraste, une langue étrangère, l’anglais par exemple – mais on pourrait dire de même d’une langue régionale – se voit dotée d’un prestige moindre et est perçue comme une menace pour cette identité. La langue française reçoit alors une dimension politique en tant qu’élément d’unification du peuple en nation. Or, ce n’est pas le cas partout. Dans les pays où coexistent plusieurs langues officielles, le rapport à l’anglais est moins complexé qu’en France. En Suisse par exemple.

Voyez ainsi ce témoignage d’un Irlandais venu enseigner l’anglais en France après l’avoir enseigné en Suisse : « Quand j’ai commencé à enseigner à Paris, j’ai été déconcerté par les déficiences linguistiques aiguës de mes élèves. J’arrivais de Suisse, où les élèves parlent le même français, mais ne rencontrent absolument pas les mêmes problèmes pour apprendre l’anglais. »

3) Mauvais élèves, bons professeurs – ou l’inverse ?

Si les résultats des élèves français sont aussi mauvais en anglais, à qui la faute ? Une position polémique consisterait à dire qu’il n’y a fondamentalement pas de mauvais élèves mais de mauvais professeurs. Précisons : les professeurs ne sont fondamentalement pas mauvais, ce sont les critères de recrutement qui ne sont pas peut-être pas les bons…

Dans un livre intitulé Sorbonne Confidential, une Américaine raconte comment elle a préparé l’agrégation d’anglais (à laquelle elle d’ailleurs échoué). Elle décortique ainsi le système éducatif français. A l’occasion de la sortie de son livre, elle a ouvert un blog qui fait une veille intéressante sur les failles et carences du système éducatif français.

Elle pointe notamment la trop grande place accordée au… français comme critère de recrutement des professeurs d’anglais. Dans un entretien, elle affirme ainsi : « La moitié du programme est strictement en français et n’a rien à voir avec l’enseignement de l’anglais : l’épreuve de dissertation est insurmontable pour les étrangers. » En somme, le concours pour devenir professeur d’anglais est plus difficile à réussir pour les anglophones que pour les francophones…

Pour information, voici le détail des épreuves écrites de l’agrégation d’anglais :

  • Dissertation en français sur un sujet de littérature ou de civilisation dans le cadre d’un programme (durée : sept heures ; coefficient 1).
  • Commentaire de texte en anglais sur un sujet de civilisation ou de littérature dans le cadre d’un programme (durée : six heures ; coefficient 1).
  • Composition de linguistique:
  • a) phonologie : le candidat doit répondre, en anglais, à une série de questions et, notamment, expliciter, en anglais, certaines règles fondamentales ;
  • b) grammaire : le candidat doit expliciter, en français, trois points de grammaire soulignés dans le texte et répondre, en français, à une question de portée générale. (durée : six heures ; coefficient 1).
  • Épreuve de traduction : Cette épreuve comporte un thème et une version. (durée totale de l’épreuve : six heures ; coefficient 2).

Et voici les épreuves écrites du CAPES d’anglais :

  • Commentaire rédigé en langue anglaise d’un texte littéraire ou de civilisation se rapportant au programme (coef. 1).
  • Composition en français sur un sujet de littérature ou de civilisation se rapportant au programme. (coef. 1).
  • Epreuve de traduction : thème et version (coef. 1)

Ces trois exemples (la version doublée à la télévision, la langue comme ciment de l’identité nationale, les concours de recrutement des professeurs d’anglais) montrent combien la langue française est non seulement le véhicule de la culture mais aussi le vecteur d’orientations politiques fortement marquées. Car, finalement, c’est bien de l’unité de la nation dont il est question dans cette relation problématique à l’anglais, et ce selon trois dimensions :

  1. la défense du français contre l’invasion de l’anglais, quitte à volontairement produire une représentation de l’anglais défavorable à son apprentissage,
  2. le maintien d’une conception prestigieuse et universelle du français qui s’exprime à travers l’idée de « rayonnement » de la langue, et donc de la culture, françaises,
  3. le cloisonnement de l’enseignement de l’anglais aux francophones dans une sorte d’autarcie culturelle.

Ces trois dimensions engendrent trois problèmes majeurs :

1) Même filtrés par le doublage, les films et séries américains n’en véhiculent pas moins certaines valeurs et interprétations du monde qui passent dans la société française sans que les Français bénéficient de l’apport de la langue.

2) Le puissant ancrage du français dans l’identité nationale produit des tensions internes à la France, d’abord dans les relations problématiques avec les langues régionales, ensuite pour les élèves en situation d’exclusion sociale à cause des difficultés avec le français, enfin pour les immigrés dont l’appartenance à la nation est subordonnée à une maîtrise de la langue française.

3) Le contact avec l’anglais cantonné au milieu scolaire via des professeurs francophones induit chez les élèves une illusoire vision du monde centrée sur l’autosuffisance culturelle, et donc une difficulté accrue à s’adapter plus tard à un environnement étranger, notamment dans le cadre professionnel.

* * *

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29 commentaires sur “Pourquoi l’anglais n’est pas notre tasse de thé?”

  1. Krokodilo

    Analyse intéressante et détaillée, mais la plupart des arguments sont contestables. L’anglais est une langue germanique, dans laquelle les pays scandinaves sont forcément plus à l’aise ; certes, ils imposent quatre ans d’anglais au primaire et des films en VO, mais en contrepartie, leur propre langue est en déclin, personne ne souhaite l’apprendre, et le vocabulaire scientifique n‘a pas été actualisé depuis des lustres puisque de nombreuses formations universitaires se font en anglais. la vraie question est : est-ce l’avenir que nous voulons pour le français ?
    Nous comparer sans cesse à eux ne peut aboutir qu’à une chose : faire de l’anglais la langue nationale bis de la France, voire la première langue ; là encore, est-ce l’avenir que nous voulons ?
    Pour la VO et le doublage, le doublage est un luxe que seuls peuvent se permettre des pays qui ont pu conserver une industrie cinématographie dynamique, et non devenir un marché secondaire pour les produits de Hollywood.
    Courir toujours après le niveau en anglais des Suédois, imposer l’anglais de la maternelle à l’université, priver d’allocs les parents récalcitrants ou les déporter (je blague), toutes ces mesures extrêmes pour qu’une « élite » ne soit pas très légèrement pénalisée à l’international, alors même que ce sont des jeunes gens brillants de toute façon promis à de hauts postes, tout ça est délirant.
    Le vrai débat c’est de savoir si les peuples accepteront une UE monolingue anglophone, si nous acceptons l’injustice financière, politique et personnelle que représente cette situation d’infériorité linguistique. Au final, n’oublions pas qu’il s’agit de pognon et de pouvoir pour les pays anglophones et les native english, et de rien d’autre.

    #200
  2. Benjamin PELLETIER

    Bonjour Krokodilo,
    Une des particularités de la place de l’anglais en France tient aux positions extrêmes qu’elle entraîne: soit on défend la France derrière une ligne de Maginot en considérant la langue anglaise comme une peste linguistique, soit, au cas où cette défense cèderait, on imagine le français devenu une langue nationale bis contre l’anglais… Un juste milieu n’est-il pas envisageable? Une approche de l’anglais dénuée de préjugés et de complexe tout en restant vigilant sur son influence culturelle? De toute façon, en quelque sorte, la question ne se pose pas car l’anglais est présent partout (cinéma, musique, radio, télévision, etc.). A mon avis, si les jeunes Français avaient les moyens de maîtriser correctement cette langue, ils auraient également les moyens de mesurer son influence, de rationaliser son approche et de faire la part des choses entre culture française et culture anglo-saxonnne.

    Je vous retrouve sur le fait que l’étude mentionnée propose un panel de pays essentiellement de culture germanique ou nordique. Certains facteurs linguistiques ne sont pas à négliger dans l’apprentissage de l’anglais. Mais cela n’explique pas tout. Que dire alors du niveau en anglais des Indiens? Certes, ancienne colonie britannique, mais leur(s) langue(s) nationale(s) sont très éloignées de l’anglais, bien plus que le français de l’anglais. On voit par là qu’il s’agit d’un problème culturel (quelle représentation se fait-on de la langue anglaise?) et politique (quelles mesures sont mises en oeuvre pour encourager ou pas l’anglais?) sans pourtant être une perte d’identité culturelle. Du côté des langues latines, vous seriez surpris devant le niveau des Roumains en langues étrangères…

    Enfin, dans ce monde « mondialisé » où l’expérience à l’international se développe de façon exponentielle et où la demande en expertise partout dans le monde explose, je peux vous assurer que les Français qui pratiquent mal ou pas du tout l’anglais ne sont pas, comme vous le dites, légèrement sanctionnés, ils le sont totalement. Je vous conseille de lire le petit ouvrage de Nicolas Tenzer Quand la France disparaît du monde… Il s’agit d’un état des lieux sur la politique d’expertise internationale. Or, la France a parfois les meilleurs experts du monde dans tel ou tel domaine mais ne peut les placer dans les organismes internationaux ou Etats demandeurs car leur niveau d’anglais n’est pas à la hauteur…

    #202
  3. olaf

    Je confirme que les français sont assez médiocres dans la pratique de langue anglaise. Même moi, pourtant ma mère est anglaise mais ne m’a appris cette langue que j’ai donc étudiée au lycée puis pratiquée, heureusement, en allant ou vivant dans divers pays, Angleterre, Irlande, Pays Bas et Allemagne.

    Une des raisons est phonétique, l’Allemand et l’Anglais ont des syllabes longues et des « h » expirés, ce qu’un français a beaucoup de difficultés à assimiler. Il y aurait tout intérêt à développer les méthodes auditives entre autres à l’aide de logiciels informatiques utilisant des approches de traitement du signal sonore.

    J’ai eu des difficultés à apprendre l’allemand, ma prof allemande est docteur en allemand, perfectionniste, et ça bloque beaucoup quand elle corrige chaque faute. Quand c’est trop académique, l’apprentissage d’une langue est très long. D’autre part nous n’avons pas tous les mêmes modes d’apprentissage et rythmes.

    #243
  4. Je suis assez d’accord avec Krokodilo sur « l’analyse de cette analyse ». L’anglais est une langue germanique, certes avec un grand lexique latin, mais le substrat est germanique. Tout ce que l’on apprend, c’est que les pays avec une langue germanique apprenent mieux une langue germanique que les latins… quelle découverte ! Pour moi, cette analyse sert à être récupérée politiquement pour justifier qu’il faut encore renforcer l’apprentissage de l’anglais. Comme si le fait que ce soit obligatoire dès le primaire et jusqu’au bac n’était déjà pas suffisant. Et on va encore nous pondre une réforme de l’enseignement en proposant de commencer l’anglais à 3 ans (Mr Copé je crois) vu que c’est dans l’air du temps de dire qu’ « il » faut parler anglais. Pour qui pour quoi… On croit rêver. Est-ce que pour placer une vingtaine de personnes à la tête d’institutions internationales en étant sûr qu’ils maîtrisent l’anglais, on doit dépenser de l’argent public pour angliciser toute la France. Ne suffit-il pas qu’ils fassent un stage intensif ? Soyons un peu sérieux. Yves Montenay, dans son livre « La Francophonie face à la mondialisation » cite de nombreux exemples de gâchis d’argent et de temps en entreprise (il a travaillé dans plusieurs entreprises à travers le monde) dont un exemple d’une grosse entreprise française (Alcatel je crois, mais je ne suis pas sûr) qui a dépensé 40 millions d’euros pour former l’ensemble de ses employés quand embaucher un ou deux interprètes aurait pu suffire pour les situations où l’on a besoin de l’anglais.
    Ce genre d’étude est complètement biaisée dans la mesure où l’on nous fait culpabiliser sur notre « niveau de langue » quand en fait c’est notre « niveau d’anglais » et que si c’était notre niveau de langue qui était en cours, il y aurait sûrement beaucoup à dire sur le niveau en langue latine des pays scandinaves, du Royaume-Uni et des Etats-Unis.
    La vérité, c’est que l’on a assez peu besoin d’avoir de grandes connaissances en anglais dans la vie de tous les jours en France, contrairement à des pays plus petits peut-être, et contrairement à ce que tout le monde répète sans se demander pour eux-même ce que ça leur sert vraiment. 99% des français n’auront pas besoin de plus de 4 ou 5 ans d’anglais pour faire face aux quelques situations où ils auront besoin de l’anglais (indications dans un aéroport, indications sur un produit importé, envie de lire une chanson en anglais).
    J’ai envie de répondre à Mr Pelletier que l’on est effectivement envahi d’anglais et qu’à croire que tout ce qui vient de l’anglais et du monde anglo-saxon est indispensable, on en vient à oublier et à ne plus voir tout ce que l’on fait de bien : on est envahi de musiques anglaises, de séries, etc… mais c’est pas parce que les français le demandent, c’est parce qu’on les gave avec. Quand Plus la Belle la Vie a été lancée, c’était pas gagné…
    La vraie question est : apprendre l’anglais, pour quoi faire ? A partir du moment où l’on cible les besoins, où l’on cible les buts, on s’en donne les moyens. Ainsi, si c’est juste pour placer des fonctionnaires au niveau international (à l’ONU?), on n’a peut-être pas autant besoin de l’anglais, d’autant plus que le français est langue officielle de la quasi-totalité des institutions et qu’il faut savoir le faire valoir. C’est une question d’argent tout ça.
    Il paraît que l’effort que le monde entier consent à faire pour apprendre l’anglais correspond à un transfert d’argent de je ne sais plus combien de DIZAINE de milliards d’euros chaque années, que les anglais et américains n’ont pas à sortir de leur poche. Réfléchissons intelligement, on n’a peut-être autre chose à faire que de passer notre vie à apprendre l’anglais, et à tous devenir bilingue. Apprendre une langue pour ne pas s’en servir…

    #531
  5. Benjamin PELLETIER

    @ Beaufrere – Je publie exceptionnellement votre très longue contribution dans la mesure où ce débat en dit long sur la matrice culturelle française.

    Pour l’essentiel, je renvoie les lecteurs à ma réponse précédente à krokodilo. Je suis bien d’accord sur le fait d’être vigilant quant à un usage excessif de l’anglais dans des situations qui ne l’exigent pas et sur la nécessité de défendre la francophonie.

    Que la maîtrise de la langue anglaise soit une nécessité aussi basique que savoir lire, écrire, compter ou utiliser un ordinateur n’entraîne pour ma part aucune crainte paranoïaque. C’est un outil parmi d’autres afin d’exercer sa liberté dans un monde où de multiples cultures sont en interaction.

    Je peux vous assurer que dans de très nombreuses entreprises on a besoin de maîtriser un anglais bien plus élaboré que pour lire les indications dans un aéroport. Et je ne parle même pas de l’échange de savoir au plus haut niveau dans les sciences, en médecine ou dans la recherche.

    Se limiter à une langue, c’est aussi se limiter à un monde. L’ouverture à d’autres modes de pensée et représentations du monde passe par la langue. Et il me semble évident que si l’on veut se prémunir contre une vision monolithique des choses – disons rapidement une vision « américaine » ou « anglo-saxonne » – le meilleur moyen est de savoir comment elle fonctionne et se met en place en maîtrisant la langue qui la véhicule.

    Enfin, si j’avais un argument très littéraire à donner, aucune traduction ne rendra le charme de la poésie d’un Yeats ou d’un Keats. Il serait malheureux de se priver d’un accès aux mondes littéraires exprimés en anglais par un repli frileux sur sa propre langue.

    #532
  6. Jacques CLOS

    Pour avoir « roulé ma bosse » dans bien des pays de cette planète, je rejoins totalement votre point de vue.
    Cependant, il y a des causes à cela que je ne retrouve pas dans vos approches.
    a) on apprend une langue par nécessité quand on est « adulte », et par la pratique. L’anglais « international » – celui de l’Asie notamment, est très tolérant quant à la correction grammaticale et le fond importe plus que la forme. Oubliez les bancs des écoles en France. L’anglais à 3 ans ? Avec quels maîtres ?
    b) quels sont les politiques qui expliquent à leurs concitoyens la REELLE situation du monde (on ne parle même pas de l’Europe, sujet à éviter) et de la FRANCE. On ne dit pas la vérité, OUI , la France est en déclin parce que les français n’écoutent pas, n’entendent pas, ne regardent pas, ne s’intéressent pas. OUI le monde bascule, s’étend, se transforme et nous assistons aveugles et sourds à ces mouvements qui ne font que s’amorcer.
    c) En Europe, au XIX° et première partie du XX°, les français étaient pratiquement les seuls à ne pas émigrer vers d’autres continents comme les anglais, italiens, polonais,allemands, .. etc … Il y a donc une conscience différente dans l’histoire collective. Même les allemands ont laissé des traces en Namibie où l’on trouve, encore aujourd’hui à Windoeke une « Bahnofsstrasse ».
    Et pour la triste anecdote, quelqu’un de proche suit une formation « de responsable en commerce international » : 1 prof sur 10 parle anglais … le responsable de la formation n’a jamais mis les pieds dans un avion.
    A défaut d’en pleurer, c’est à pisser de rire.
    En Chine, enfants et ados viennent à vous dans la rue pour échanger quelques mots en anglais ou en français : eux ont envie de comprendre le monde, de le voir, de le toucher.
    En dernier lieu (out ceci est dans le désordre, mais peu importe) quel est le % d’informations que vous pouvez trouver en français sur internet ? environ 7 à 8 %.
    Et je vous approuve encore, qu’on ne peut comprendre une culture qu’en approchant sa langue et en s’y plongeant, ce qu’aucun interprète ne fera à votre place.
    Poursuivez ce combat sur l’inter-culturalité …
    je vous mets ceci en lien pour un autre éclairage :

    http://doc.sciencespo-lyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Memoires/Cyberdocs/Masters/SECI/riffonneau_c/pdf/riffonneau_c.pdf

    #590
  7. @olaf: « Une des raisons est phonétique, l’Allemand et l’Anglais ont des syllabes longues et des « h » expirés, ce qu’un français a beaucoup de difficultés à assimiler. »

    D’accord, mais pourquoi les Québécois parlent tellement bien anglais alors ? Ils ont surement les mêmes problèmes que vous par rapport a la prononciation, mais leur accent est tout autre.

    Je suis un étudiant irlandais expatrié en France et je trouve que l’article soulève beaucoup de points intéressants. Ayant vécu en France depuis 2 ans, il est clair que le niveau d’anglais ici est franchement abominable.

    Les Francais, d’après ce que j’ai vu, VEULENT apprendre, le problème est que le systeme est complètement défaillant, le niveau d’anglais des profs au lycée que j’ai rencontrés est, pour la plupart, horrible.

    Il faut dire également qu’il y a quelque chose dans votre culture qui fait que  »si je n’arrive pas a parler parfaitement, je ne parlerai pas du tout ». Je connais des Français qui parlent bien l’anglais (ils ont un accent, d’ac, mais ce n’est pas grave), mais qui pourtant n’osent pas le faire de peur qu’ils se ridiculisent. Comme je leur dis a chaque fois, c’est n’importe quoi, « parle » ! Les anglophones sont habitués aux étrangers avec des accents aigus, ce n’est pas grave, l’essentiel, c’est qu’on arrive a comprendre.

    A mon avis, il doit y avoir une évolution dans la mentalité des Francais par rapport a cette question, allié avec un changement au niveau de la façon d’enseigner les langues étrangères en France.

    (Mes excuses pour le manque d’accents, j’utilise un clavier irlandais)

    #622
  8. Benjamin PELLETIER

    @Shane – on en revient en effet aux raisons culturelles, et non pas linguistiques ni physiques, qui sont des obstacles à l’apprentissage de l’anglais. Je précise également « physiques » car en Corée du Sud il y a quelques années les parents coréens faisaient opérer leurs enfants pour libérer le muscle de la langue en pensant que cela allait leur donner un bon accent anglais… alors même que j’ai rencontré des Coréens parlant très bien anglais sans jamais avoir eu besoin d’une telle opération. Simplement, ils avaient fait des séjours en pays anglophones et avaient un caractère décomplexé par rapport à la communication.

    #623
  9. Delta

    Bonjour,

    J’ai découvert votre site aujourd’hui grâce au site MENTALPILOTE et trouve un grand plaisir à lire vos articles.

    Petit témoignage : J’exerce depuis près de 3 ans dans un domaine où j’ai l’occasion de pratiquer la langue anglaise quotidiennement (lecture, écriture, expression orale). Quelles n’ont pas été mes difficultés les deux premières années !!! Bien qu’ayant suivi des cours d’anglais de la 6ème à la faculté (DEA en 1996), mon niveau était franchement médiocre, me rendant incapable de communiquer efficacement avec des interlocuteurs anglophones.

    La méthode française d’apprentissage ne me semble pas la bonne insistant trop, comme cela a été dit, sur le volet « pureté grammaticale » au détriment du parlé et de l’aisance qu’il finit par apporter (engendrant un cercle vertueux). Bilan des courses : 20 ans d’anglais et quasiment incompétent !

    J’ai donc intensément travaillé mon anglais en lisant beaucoup, en fréquentant les sites web anglophones (notamment BBC « Learning english »)et en m’efforçant de parler dès que possible.

    Je suis maintenant à l’aise en lecture et écriture. Je pêche encore, à mon sens, dans l’expression orale mais cela s’est très nettement amélioré. Il m’a fallu vaincre la barrière psychologique entravant l’expression (la peur de dire des âneries ou de n’être pas compris). Une fois ce cap passé, tout devient plus simple. C’est sur cet aspect qu’ils nous faut travailler en France. Le respect de la grammaire anglaise suivra avec l’aisance acquise dans l’expression.

    See you…

    #625
  10. Benjamin PELLETIER

    @Delta – merci pour ce témoignage qui en rejoint bien d’autres dans le même sens. J’ajoute un lien hypertexte sur la mention du site Mental Pilote dans votre commentaire de façon à ce que d’autres lecteurs découvrent ce site consacré aux facteurs humains et à l’aéronautique. Pour ceux qui seraient intéressés, un article de GRI est simultanément publié sur Mental Pilote: Le refoulé interculturel dans l’aéronautique.

    #630
  11. murasaki

    Je suis Suissesse, et lorsque mes enfants ont été scolarisés en lycée français à l’étranger, j’ai été frappée par la différence de niveau d’enseignement des langues étrangères entre les deux systèmes scolaires non pas tant sur les méthodes (le public de ces écoles étant souvent déjà bilingue voir trilingue) mais sur les objectifs au niveau du bac.
    Toutefois je pense qu’il existe un point important que vous ne prenez pas en compte: la motivation économique. En Suisse, pour des raisons évidentes, la maitrise d’au moins deux langues est considérée essentielle pour un large éventail de professions de contact avec la clientèle, du chauffeur de bus à la vendeuse en droguerie. Il suffit pour s’en persuader de consulter les annonces d’emploi sur jobup.ch, qui précisent généralement que le candidat idéal maitrisera « le français, l’allemand, et l’anglais écrit et parlé; les autres langues sont un atout. »
    Les Suisses romands, en bons francophones, sont beaucoup plus cancres en langues que les suisses-allemands, et beaucoup plus rétifs à l’allemand (enseigné depuis le primaire et réputé difficile et barbant) qu’à l’anglais (débuté au collège), mais ce différentiel reflète peut-être aussi un calcul économique, l’anglais étant la langue de communication internationale, alors que l’allemand n’est « utile » qu’à communiquer à l’intérieur du pays. Et nous finissons de plus en plus sur le terrain neutre de l’anglais avec nos interlocuteurs à Zurich ou Bale…ce qui est dommage, car l’apprentissage de la langue du voisin est aussi un moyen d’apprivoiser les différences culturelles au sein du pays. Le débat a fait rage il y a quelques années lorsque le canton de Zurich a décidé de faire passer l’anglais avant le français.

    #658
  12. Benjamin PELLETIER

    @Murasaki – vous faites bien de souligner la dimension économique. Nécessité fait loi… Celle-ci néanmoins s’inscrit dans un contexte culturel particulier. Ainsi, malgré la nécessité d’un usage professionnel de l’anglais dans de multiples domaines, nombreux sont les Français qui perçoivent cette nécessité comme une invasion culturelle. J’étais en Suisse l’année dernière pour un débat sur la place de l’anglais dans le monde du travail. Un syndicaliste français participait également à cette discussion. Pour lui, les Français devaient absolument résister à l’usage de l’anglais car cela posait des problèmes de compréhension, et par suite des malaises et tensions dans l’entreprise. Mon point de vue était que ces malaises et tensions disparaîtraient si justement les Français parlaient mieux anglais. Cela semble un point évident mais il refusait de le comprendre…
    Je vous remercie d’avoir évoqué le problème de l’anglais en Suisse pour communiquer entre Suisses. Car, en effet, lors de ce débat, plusieurs Suisses ont fait état du remplacement progressif d’une langue commune (le français ou l’allemand) par une langue exogène (l’anglais, donc) pour communiquer entre les différentes communautés. On pouvait sentir justement un malaise grandissant et préjudiciable à l’unité nationale en Suisse…

    #663
  13. Marchenchuches

    Je ne me lancerai pas dans une analyse mais me cantonnerai à des faits, tout personnels.
    J’ai appris l’anglais sur les bancs de l’école, quatorze ans au total.
    Parallèlement, en seconde langue, j’ai étudié deux ans l’espagnol.

    Arrivant aux USA pour étudier, j’étais INCAPABLE de bâtir une phrase.
    En mission trois mois en Amérique latine, j’étais dès le première semaine capable de soutenir une conversation.

    La situation a changé après trois mois d’anglais intensif.

    D’où vient, à mon sens, cette différence dans les résultats?
    J’évoque là une période d’apprentissage dans les années soixante.
    L’aspect langue latine de l’espagnol joue certainement, mais l’apprentissage de l’espagnol était très concret, vu sous l’angle de la vie quotidienne, avec un oral prépondérant.
    L’apprentissage de l’anglais était très littéraire, allant jusqu’à l’étude du vieil anglais…., pas très utilisable en pratique.

    Je pense donc que, et les élèves, et les enseignants sont hors de cause, mais c’est bien la méthode d’enseignement qui pêche.

    #1905
  14. Benjamin PELLETIER

    @Marchenchuches – merci pour ce témoignage qui doit trouver un écho chez de très nombreuses personnes…

    #1906
  15. Abdelhamid

    Rapport détaillé mais plusieurs éléments entrent en ligne de compte. Comme le souligne KROKODILO, l’anglais est une langue germanique donc plus assimilable par les allemands ou les scandinaves mais pas seulement. D’une part, l’oreille étant très importante, un mot à la prononciation similaire en français va désigner plusieurs choses. Par exemple le mot mère : on peut entendre la mère mais également le maire,la mer. Or en Anglais, nous aurons 3 mots complètent distincts sur le plan phonétique. D’autre part, sur le plan de l’apprentissage nous sommes encore sur des schémas complètement dépassés et on ne peut apprendre une autre langue si on ne maîtrise pas sa propre langue tout ceci dans le cadre l’appropriation d’un langage. Je pourrais reprendre les travaux de Noam CHOMSKI sur l’apprentissage de la langue, mais je constate que bon nombre de fautes se retrouvent dans la presse écrite qui devrait être irréprochable. Enfin, rien ne vaut un voyage à l’étranger mais cela a un coût. Alors il est nécessaire de ne pas créer de fracture supplémentaire à celle déjà existantes sur l’apprentissage en France. Et je rejoins KROKODILO : le français dans tout ça ?

    #1912
  16. generalfr

    Il serait intéressant de connaitre le niveau de pratique et de savoir des langues étrangères (dont le français, soyons chauvin :)) au Royaume-Uni et en Irlande…. On parle toujours explicitement ou implicitement de l’anglais, mais il serait bon de rappeler qu’il existe d’autres langues, comme l’allemand, le russe, le chinois, le japonais, etc…

    « La langue anglaise, peu présente dans la société française, est donc quasiment cantonnée au milieu scolaire. »

    Vous n’êtes pas sérieux en disant cela. Allumez la TV, la radio, lisez les journaux et les blogues! Et je passe sur le franglais….

    Je rejoins tout à fait Krokodilo et Beaufrere. L’impérialisme anglo-saxon passe aussi par la langue.
    De plus, l’argument odieux (« les Français sont nuls en anglais ») est utilisé pour nous culpabilisés, afin de renoncer à être… En pratique, seule une minorité a réellement besoin de l’anglais (compréhension orale et écrite – voire bilingue), et dans certains domaines, commercial notamment.

    Enfin, je constate une fois de plus qu’il y a une cassure entre générations « baby-boom » (années 1950/60) et celles qui ont suivi.

    L’enseignement en général, et celle des langues en particulier, sont à revoir, c’est certain. Mais de grâce, pas d’anglomanie!

    #1916
  17. Benjamin PELLETIER

    Voici les résultats qui viennent d’être publiés de l’enquête de l’UE menée sur les compétences en langue étrangère des lycéens de 14 pays européens (source ici):
    competences langue

    #1917
  18. generalfr

    Merci beaucoup.

    #1920
  19. Patrick

    J’ai trouvé cet article par hasard et j’aimerais remercier l’auteur pour cette analyse que je partage à 100%. Etant belge (néerlandophone, donc le français est pour moi une langue étrangère comme l’anglais pour les français) et j’ai travaillé dans 4 pays pendant les 15 dernières années. Ces dernières années je travaille en Suisse et j’habite en France. En Suisse j’utilise 4 langues tous les jours. Et il est pour moi hallucinant le soir de retourner en France à 5 km de la frontière suisse dans un pays qui fait comme s’il n’y a que du français dans le monde et où quelqu’un doit s’excuser s’il ne parle pas bien français. Et oui cette attitude à l’école de toujours critiquer fait que la plupart des Français n’osent même pas ouvrir leur bouche en anglais, tellement ils ont peur de commettre des erreurs. L’anglais a gagné dans la « bataille des langues », si on n’aime ça ou n’aime pas ne change strictement rien à la réalité. Il est vraiment temps que la France ouvre les yeux pour la réalité qu’elle refuse d’accepter. Surtout pour l’avenir de ses enfants.

    #1971
  20. Benjamin PELLETIER

    @Patrick – Merci, voici un témoignage de plus pour prolonger la lecture de cet article et alimenter la réflexion.

    #1972
  21. Alexandre CAROT

    Bonjour Benjamin,

    merci pour cet article que j’ai trouvé très intéressant, et fort enrichissant.

    Vous parlez du classement du TOEFL pour évaluer le niveau d’anglais de certains pays par rapport à d’autres, mais existe-t-il d’autres organismes qui se sont penchés sur ce niveau d’anglais pour les jeunes générations dans les pays européens?

    Je ne remets pas du tout en cause le classement du TOEFL, mais son caractère privé ne placerait pas le niveau d’anglais pour une élite? Comme vous le dîtes, le TOEFL se passe seulement dans des cas très précis, et il n’est pas du tout généralisé. La preuve en est que je n’ai encore jamais eu à le passer, et mon niveau d’anglais ne s’en trouve pas handicapé.

    Ainsi donc, je souhaiterais savoir s’il existe d’autres moyens de mesurer le niveau d’anglais sur un plan international.

    Merci d’avance de votre réponse
    Bien cordialement

    #2152
  22. Benjamin PELLETIER

    Bonjour Alexandre – Je ne saurais dire. A ma connaissance, il n’y a pas d’autre test d’anglais qui soit pratiqué sur une aussi vaste échelle et dans autant de pays. En lui-même, le test peut recéler certains biais qui peuvent amener un taux d’erreur plus important sur certaines questions dans telle ou telle culture. Mais il reste à mon sens un indicateur intéressant car il se pratique en plus depuis de nombreuses années. On peut donc voir les évolutions – ou non – de tel pays en termes d’apprentissage de cette langue.

    #2155
  23. Phil Cumberbatch

    L’anglais n’est pas simplement une langue Germanique. Le Franco-Normand est très présent, sans évoquer tous ces mots qui viennent de l’ancien Empire. Côté lexique l’anglais possède 5 fois plus de vocabulaire que le français. Celà ne veut pas dire que cette langue soit supérieure à une autre. Un autre test d’anglais existe – The Cambridge Proficiency Test. Le Toefl se base sur la version américaine de l’anglais, et, à mon avis, est assez critiquable.

    #2498
  24. Florence

    Je souhaiterais consulter l’étude citée à plusieurs reprises mais le lien ne fonctionne pas comment puis-je la trouver?
    merci d’avance

    #2541
  25. Benjamin PELLETIER

    @Florence – S’il s’agit du lien vers l’étude ETS 2008 mentionnée en début d’article, le lien fonctionne encore. Je viens tout juste de l’essayer. Le revoici:
    http://www.ets.org/Media/Tests/TOEFL/pdf/test_score_data_summary_2008.pdf

    #2542
  26. Florence

    Merci benjamin mais je parlais de l étude de 2002 2003 dans le paragraphe un état des lieux alarmants où beaucoup de citations ont été traduites merci d avance bien cordialement Florence

    #2543
  27. Benjamin PELLETIER

    Ok, je vois. Je vous l’envoie par mail.

    #2544
  28. Franchement, il faut résister contre cette pression mondiale qu’impose l’anglais. L’anglais est une matière, rien de plus, mais si quelqu’un y voit son avenir, il n’a qu’à s’y donner à fond… Mais imposer cette langue à tous… Scolarité, chansons, films etc… Elle est sans cesse vendue mondialement ! Pourtant c’est pas très beau, pour moi, anglais=
    langue germanique, 72% de français torturé amené par les conquêtes, prétention sans raison.
    Et puis comme si les EUA et les RU étaient notre avenir…

    #6341
  29. Patrick

    Très juste cette article. Ayant vécu 6 ans en France proche de la Suisse et en étant des non-francophones (belges néerlandophones) nous avons retiré nos 3 enfants de l’école en France après 6 ans. Encore juste à temps on espère pour les sauver (on est sérieux). Nous avons été prêt à dépenser beaucoup pour les donner un autre input éducatif et une autre approche pédagogique, positif, stimulant et orienté vers l’épanouissement. 2 ans plus tard on est très satisfait de notre choix. On a la chance qu’on avait les moyens de faire ce choix. Et franchement pour citer la réaction ci-dessus, beaucoup de Français n’ont vraiment rien compris de la réalité du monde. Je ne suis malheureusement pas très positif pour ce pays qui a pourtant des atouts. Mais l’éducation est à la base de tout. Et elle n’évolue pas bien, votre ministre d’éducation a maintenant même décidé de supprimer les classes les bilangues et les sections européennes, parce que ce serait soi-disant des sections élitestes. Quelle stupidité. Triste pour la jeunesse française qui découvrera plus tard qu’elle n’y arrivera pas avec sa connaissance parfaite (ou pas) d’une seule langue.

    #28924

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