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Intelligence culturelle et opérations militaires (2) – Une autre approche du renseignement

samedi 20 août 2011
Par Benjamin PELLETIER

Arbitrage d'un litige entre deux fermiers à Nawa - crédit photo Rajiv Chandrasekaran

La première partie de cet article était consacrée à l’analyse de scènes du film documentaire Armadillo qui suit des soldats danois en Afghanistan durant les six mois de leur mission. Il s’agissait d’une démonstration par l’absurde de la nécessité d’intégrer l’intelligence culturelle aux opérations militaires.

A présent, ce second volet explore cette notion d’intelligence culturelle, toujours à partir de la situation de contre-insurrection expérimentée par les troupes de la coalition en Afghanistan. Elle amène à repenser la notion même de renseignement qui ne peut plus se réduire à la seule dimension militaire. Cet article peut être lu indépendamment du premier.

Avertissement – Les analyses présentées ici concernent les réflexions en cours au sein de l’armée et du monde du renseignement américains. Il ne s’agit pas de les extrapoler à la situation française. La rareté des informations et études de cas en accès libre sur l’internet français ne permet pas une étude comparée.

Plan de l’article:

  • Cas 1 : la construction de puits
  • Cas 2 : la pacification de Nawa
  • Contre-insurrection et information
  • Le paradoxe du renseignement
  • La nouvelle approche du renseignement
  • Récapitualitf
  • Sources

Cas 1 : la construction de puits

En janvier 2010, le général de division Michael T. Flynn, chef du renseignement militaire en Afghanistan, a publié un rapport exceptionnel sur les réformes à mettre en œuvre pour faire face à la complexité des opérations miliaires en Afghanistan (les sources mentionnées sont indiquées en fin d’article). Ce document est exceptionnel par la franchise des analyses et la lucidité sur les défauts et failles de la culture américaine du renseignement. Au centre des réflexions de Michael Flynn figure l’intelligence culturelle (cf. définition dans la première partie de cet article). Il en donne notamment deux exemples afin d’appuyer ses analyses : la construction de puits et la pacification du district de Nawa.

Tout comme la construction d’écoles, la construction de puits est pour un acteur étranger un lieu commun de l’assistance humanitaire et supposément l’un des moyens les plus sûrs de persuader la population locale de ses bonnes dispositions à son égard. Voilà qui semble indéniable, tout du moins aux yeux de ceux qui considèrent ces projets d’assistance en faisant abstraction de tout contexte local.

Ainsi, les Américains ont appris à leurs dépens combien une bonne intention pouvait avoir l’effet inverse à celui qui était recherché. Ils ont construit un puits dans un village qui en était dépourvu. Peu après, il était détruit. Par les Talibans ? Non : par les femmes du village en question. Pourquoi donc les femmes qui doivent parcourir une longue distance à pied pour se procurer de l’eau ont détruit ce qui allait considérablement leur faciliter l’existence ?

Parce que le parcours de cette longue distance était justement leur seul espace de socialisation en dehors des hommes. La construction du puits signifiait l’aliénation autour de l’espace du village sous la surveillance des hommes et la destruction du lien social féminin patiemment tissé au fil des générations de femmes allant chercher de l’eau.

Par ailleurs, les troupes suédoises opérant dans le nord de l’Afghanistan ont remarqué que les nouveaux puits pouvaient créer de vives tensions entre des tribus voisines. En effet, le creusement d’un puits peut réduire les réserves d’un autre puits en s’alimentant dans la même nappe phréatique. Comme le note Michael Flynn, « c’est un problème bien connu des ingénieurs en hydraulique mais pas nécessairement de chaque organisme exécutif ou du commandement militaire opérant en Afghanistan ». Au lieu de creuser de nouveaux puits, les Suédois réparent maintenant les anciens.

Michael Flynn tire un premier enseignement de ce problème des puits : « Sans la faculté de saisir cette anecdote, aussi prosaïque soit-elle, d’autres acteurs sont condamnés à la répéter. » Autrement dit, l’intelligence culturelle commence par le sens du local, c’est une attention extrême à la complexité des situations les plus banales. Les considérations sur la haute stratégie et les grandes envolées géopolitiques ne sont ici d’aucune utilité.

Enseignement 1 : le renseignement permettant de comprendre les raisons de la destruction d’un puits nouvellement construit ou bien de l’animosité grandissante entre deux tribus est aussi essentiel que le renseignement militaire – et il n’est pas forcément plus facile à obtenir.

Cas 2 : la pacification de Nawa

Nawa est un district de 80 000 habitants situé dans le province de Helmand au sud-ouest de l’Afghanistan. En 2009, les soldats américains et britanniques ne pouvaient pas parcourir 1 km sans subir des attaques des Talibans. Les fermiers locaux refusaient de les rencontrer par crainte de représailles. Somme toute, une situation identique à celle vécue par les soldats danois dans le film Armadillo.

Le 2 juillet 2009, 800 soldats américains ont investi la région et installé deux douzaines de bases dans les villages et la campagne. Cinq mois plus tard, les incidents dus aux engins explosifs improvisés ont baissé de 90%. Les fermiers signalent désormais la présence d’insurgés. Le dialogue entre les villageois et les autorités officielles est rétabli. Le centre du district est passé d’une ville fantôme à un marché animé.

Michael Flynn note que ces évolutions « n’auraient pas été possibles sans des techniques de contre-insurrection centrées sur la population ». Il s’agit de se focaliser sur les habitants et leurs perceptions des insurgés et des forces de la coalition, de comprendre les litiges entre les villages et les tribus, d’identifier les personnalités locales influentes, d’analyser les griefs de la population à l’égard des Talibans et de les retourner à son avantage.

C’est ainsi que les Américains ont trouvé et exploité un levier d’adhésion : ils ont compris que les anciens voyaient d’un mauvais œil l’influence des jeunes chefs talibans qui menaçaient la structure traditionnelle du pouvoir local. Le gouverneur de Nawa a persuadé les anciens de reconstituer un conseil traditionnel rassemblant des représentants des différentes localités du district. Le conseil est désormais la première instance consultée par le gouvernement afghan à Nawa.

Malgré tout, le succès de Nawa reste une exception. A 24 km de Nawa se trouve le district de Marja. La structure démographique et l’étendue des deux districts sont comparables et pourtant la situation à Marja y est bien différente: les Talibans y règnent en maîtres. Le Washington Post a publié en 2010 un passionnant reportage sur les cas de Nawa et de Marja. Voici une carte des deux districts :

 

L’article du Washington Post permet de compléter les analyses de Michael Flynn. Il nous apprend ainsi que Marja est un district qui a été créé à partir de rien dans les années 50… par les Américains. Il s’agissait très probablement du programme d’assistance humanitaire Point IV que j’ai déjà évoqué dans ce blog dans La faillite de Roberts : un cas d’école. Ainsi, les Américains ont transformé un bout de désert en terres cultivables en construisant des canaux d’irrigation.

Voilà qui a attiré quantité de travailleurs pauvres issus de différentes tribus, mais pas les personnalités influentes ni les chefs de tribus. Soixante plus tard, il est devenu très facile pour les Talibans d’asseoir leur autorité à Marja et très compliqué pour les Américains d’identifier les personnes clés capables d’influencer la population.

Autre élément à prendre en compte qui, aussi prosaïque soit-il, a son importance : les récoltes de pavot. Quand les Américains ont investi Nawa le 2 juillet 2009, les paysans avaient fini de récolter le pavot. Mais quand ils sont arrivés à Marja, c’était deux mois avant les récoltes. Voilà qui a incité les Talibans à se défendre plus ardemment car le pavot est l’une de leurs ressources et cette présence américaines produit une impression négative sur les paysans lassés de voir leurs champs piétinés par les patrouilles (l’un des reproches récurrents à l’égard des soldats de la coalition, cf. l’article précédent sur Armadillo).

Enfin, il faut signaler que Michael Flynn, qui développe longuement le cas du succès de la pacification de Nawa, a eu lui-même des difficultés pour en prendre connaissance. Rappelons qu’il était alors le chef du renseignement militaire en Afghanistan. Et cependant, l’information sur ce précieux retour d’expérience était inexistante au sein même de ses services :

« Nous avons pris connaissance du succès du bataillon à Nawa non pas grâce aux canaux de renseignement mais à partir de reportages dans les médias américains. Dans nos recherches sur les détails de cette histoire, nous avons été incapables de trouver des informations significatives dans les rapports officiels et dans les synthèses destinées au quartier général. En dernier recours, l’un d’entre nous a dû s’envoler pour Nawa afin d’obtenir en personne un récit complet. En tant que rapport d’enquête, c’est acceptable. En tant que système de renseignement cohérent et efficace, c’est un échec. »

Enseignement 2 : Dans le cadre d’une approche par l’intelligence culturelle, l’enjeu est de comprendre l’environnement aussi bien que l’on comprend l’ennemi.

Enseignement 3 : Pour prendre connaissance des facteurs culturels, il ne faut pas se contenter des sources officielles d’information même lorsqu’elles émanent des services de renseignement.

Contre-insurrection et information

Les deux premiers enseignements tirés des cas présentés montrent combien il est crucial en situation de contre-insurrection de porter toute l’attention aux réalités locales les plus fines, et parfois les plus banales. Le troisième enseignement insiste sur le fait que l’information de la base doit pouvoir remonter au commandement.

C’est là que réside une différence majeure entre un conflit conventionnel et un conflit non-conventionnel en ce qui concerne le flux d’information. Dans le premier cas qui met en présence deux armées, les unités au sol dépendent des informations du commandement « pour les aider à naviguer dans le brouillard de la guerre », pour reprendre l’expression de Michael Flynn. Satellites, avions espions et autres moyens d’interception sont alors mis en action pour obtenir des informations sur la localisation et l’activité de l’ennemi.

En revanche, dans le cas d’un conflit non-conventionnel, notamment en situation de contre-insurrection, le commandement dépend fortement du renseignement fourni par les troupes au sol : le flux d’information est renversé. C’est le soldat qui est le mieux informé sur l’ennemi et son environnement, à tel point que Michael Flynn affirme que « se déplacer à travers les niveaux de la hiérarchie est généralement un voyage vers des degrés d’ignorance de plus en plus grands. » Voici comment l’on pourrait schématiser cette inversion des flux d’information :

Par conséquent, si l’on s’en tient à une approche conventionnelle des conflits non-conventionnels, la frustration en matière de renseignement ne fera que s’accroître jusqu’à produire un dangereux déséquilibre entre les réalités vécues par les unités au sol et les visions du commandement.

Enseignement 4 : Pour valoriser la connaissance de l’environnement des unités au sol, il est à la fois nécessaire que celles-ci soient formées à l’intelligence culturelle et que leurs retours d’expérience et analyses parviennent au commandement au sein d’une chaîne d’information adaptée.

Le paradoxe du renseignement

Avec l’inversion du flux d’information, nous touchons là à un point extrêmement sensible du renseignement militaire. Dans le contexte d’un conflit conventionnel, l’information circule du haut vers le bas en suivant le circuit de filtres de confidentialité propres à chaque niveau de la hiérarchie : chacun ne sait que ce qu’il doit savoir et, en théorie, l’échelon le plus élevé est celui qui en sait le plus.

Si l’on inverse le flux, on inverse également les valeurs du renseignement militaire. Si la confidentialité est la pierre de touche d’un service de renseignement, qu’advient-il de celle-ci dans un système ouvert où l’information remonte de la base ? L’exigence de confidentialité ne devient-elle pas conflictuelle avec l’efficacité ?

Ces questions s’éclaircissent lorsqu’on met une réflexion de Michael Flynn en regard des analyses d’un anthropologue, Rob Johnston, à qui la CIA a demandé de faire une étude ethnographique des services de renseignement américains. Michal Flynn note que la culture du monde du renseignement est étrangement peu consciente de la manière dont ses analyses influencent le commandement, et surtout il ajoute cette précision très importante :

« C’est également une culture qui insiste sur le secret mais qui est malheureusement moins concernée par la réalisation de la mission. »

Cette remarque entre en effet en résonance avec l’une des conclusions de Rob Johnston qui a montré que l’efficacité de l’analyse diminue au fur et à mesure que la confidentialité augmente :

  • Soit un système absolument hermétique où une seule personne aurait accès à l’information : ce serait la perfection en matière de confidentialité mais une catastrophe en matière d’analyse dans la mesure où l’information ne serait pas enrichie par d’autres sources, points de vue, réflexions, spécialités, etc.
  • Soit un système absolument ouvert où tout le monde aurait accès à l’information : ce serait la condition idéale pour créer un maximum de sens en permettant le transversalité et le croisement des analyses mais ce serait une catastrophe en matière de confidentialité, et donc de sécurité de l’information.

Ce paradoxe, Rob Johnston le matérialise à l’aide du graphique ci-dessous (traduction et légères adaptations de mon fait) :

D’après Rob Johnston, in Analytic Culture in the US Intelligence Community, an ethnographic study, Center for the Study of Intelligence, CIA, 2005

L’anthropologue en tire une conclusion identique à celle de Michael Flynn : « Ma perception est qu’au sein du monde du renseignement l’organisation met plus l’accent sur la confidentialité que sur l’efficacité. » Tout le problème tient à la capacité des services de renseignement à définir clairement un point de croisement X entre les deux courbes.

Enseignement 5 : Avec les situations de contre-insurrection où il est impératif d’inverser le flux d’information, il est crucial de définir avec précision le point X sur le curseur. En conservant l’obsession de la courbe ascendante de la confidentialité, les services de renseignement ne peuvent qu’échouer dans leur mission d’appui aux troupes au sol.

La nouvelle approche du renseignement

Les analyses précédentes montrent combien il est urgent d’avoir une conception moins restrictive de la notion de renseignement que celle du renseignement militaire focalisé sur l’ennemi. L’ouverture nécessaire du renseignement consiste à inclure l’intelligence culturelle dans l’information à vocation stratégique.

Outre le général de division Michael Flynn et l’anthropologue Rob Johnston, d’autres analystes appellent à de profonds changements pour la culture du renseignement. La CIA a ainsi rendu public en juin 2011 un rapport intitulé Cultural Topography: A New Research Tool for Intelligence Analysis. L’idée d’intégrer une topographie culturelle dans le champ de l’analyse rejoint exactement les conclusions de Michael Flynn dont je traduis et reprends ci-dessous certains passages essentiels:

  • Il est urgent de développer l’intelligence culturelle :

« Les problèmes les plus urgents concernent les comportements, la culture et le facteur humain. Le mode d’opération standard du monde du renseignement humain est étonnamment passif en ce qui concerne la collecte de l’information qui n’est pas liée à l’ennemi et sa diffusion auprès des décideurs ou des analystes plus loin dans la chaîne. »

  • L’intelligence culturelle s’inscrit dans une revalorisation des sources ouvertes :

« L’idée, héritée de la Guerre Froide, que l’information de source ouverte est d’un rang inférieur est un cliché dangereux et dépassé. »

  • L’intelligence culturelle prime sur le renseignement sur l’ennemi :

« Les efforts dirigés contre les insurgés sont en fait une tâche secondaire quand on les compare à la collecte et à l’exploitation d’informations sur les contextes locaux des opérations et sur la façon de distinguer les Talibans du reste de la population afghane. »

  • L’intelligence culturelle exige un nouveau type d’analystes :

« Les analystes doivent assimiler l’information avec la minutie des historiens, l’organiser avec le talent des bibliothécaires et la diffuser avec le zèle des journalistes. »

  • L’intelligence culturelle n’existe que dans l’ouverture et la transversalité :

« Ils doivent considérer l’information à partir de sources ouvertes et centrée sur la population comme la sève de leur travail analytique. Ils doivent ouvrir leur porte à tous ceux qui souhaitent échanger de l’information, aux Afghans et aux ONG tout aussi bien qu’à l’armée américaine et à ses alliés. »

Pour résumer : d’une part, il faut revaloriser les sources ouvertes (l’information blanche) pour les intégrer aux sources fermées (information « noire ») ; d’autre part, il ne faut pas se focaliser uniquement sur le renseignement sur l’ennemi (information « rouge ») mais s’intéresser aussi et avant tout à l’information sur l’environnement, la population, les mœurs, les coutumes, l’histoire, la langue, etc. (information « verte »). Autrement dit, il faut passer de ce système :

… à celui-ci :

Récapitulatif

  • Enseignement 1 : le renseignement permettant de comprendre les raisons de la destruction d’un puits nouvellement construit ou bien de l’animosité grandissante entre deux tribus est aussi essentiel que le renseignement militaire – et il n’est pas forcément plus facile à obtenir.
  • Enseignement 2 : Dans le cadre d’une approche par l’intelligence culturelle, l’enjeu est de comprendre l’environnement aussi bien que l’on comprend l’ennemi.
  • Enseignement 3 : Pour prendre connaissance des facteurs culturels, il ne faut pas se contenter des sources officielles d’information même lorsqu’elles émanent des services de renseignement.
  • Enseignement 4 : Pour valoriser la connaissance de l’environnement des unités au sol, il est à la fois nécessaire que celles-ci soient formées à l’intelligence culturelle et que leurs retours d’expérience et analyses parviennent au commandement au sein d’une chaîne d’information adaptée.
  • Enseignement 5 : Avec les situations de contre-insurrection où il est impératif d’inverser le flux d’information, il est crucial de définir avec précision le point X sur le curseur. En conservant l’obsession de la courbe ascendante de la confidentialité, les services de renseignement ne peuvent qu’échouer dans leur mission d’appui aux troupes au sol.
  • Enseignement final : L’intelligence culturelle prime sur le renseignement sur l’ennemi, elle exige un nouveau type d’analystes en contact avec la réalité du terrain et qui ont une approche transversale, interdisciplinaire et ouverte.

Première partie: Intelligence culturelle et opérations militaires – Armadillo, le contre-exemple

Sources

Two Afghan towns. One success story. Washington Post, 25/06/2010

Fixing Intel: A Blueprint for Making Intelligence Relevant in Afghanistan (pdf), Major General Michael T. Flynn, USA, Captain Matt Pottinger, USMC Paul D. Batchelor, DIA, janvier 2010, Center for a New American Security

Analytic Culture in the US Intelligence Community, an ethnographic study (pdf), Dr. Rob Johnston, Center for the Study of Intelligence, CIA, mars 2005

Cultural Topography: A New Research Tool for Intelligence Analysis (pdf), Jeannie L. Johnson and Matthew T. Berrett, CIA, Studies in Intelligence Vol. 55, No. 2, juin 2011 – Document signalé par Tarik Mousselmal sur son blog sur l’intelligence économique : CIA: Le mapping culturel, enfin pris en compte aux USA? (Merci vivement à Tarik d’avoir ouvert des pistes pour la rédaction de cet article en deux volets)

Afghan Culture (pdf), Newsletter 10-64, septembre 2010, Center for Army Lessons Learned, United States Army Combined Arms Center

Rumors in Iraq: A Guide to Winning Hearts and Minds (pdf), Capt Stephanie Kelley, Strategic Insights, Volume IV, Issue 2, février 2005, Center for Contemporary Conflict

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7 commentaires sur “Intelligence culturelle et opérations militaires (2) – Une autre approche du renseignement”

  1. le floch

    Une autre approche et une autre lecture possible: un ordinateur n’a jamais peur des données qu’il « traite ». Au plan stratégique la peur (physique) est absente de l’analyse, au plan tactique elle est omniprésente.
    C’est aussi la différence qui fonde les erreurs d’analyse en temps de « guerre »: cela décline de manière identique pour les pilotes d’avions (Colgan Air, AF 447 etc ) et l’effondrement des bourses aujourd’hui. La sécurité devrait être garantie par le respect de règles stratégiques établies avec une pertinence maximale (OACI pour l’aviation , Bale I,II et III) pour la finance ) et pourtant tout s’écroule alors que les règles sont « appliquées »…..

    #860
  2. Benjamin PELLETIER

    @ le floch – Il y a certainement une déréalisation grandissante de la guerre. D’une part, la peur du soldat, et même ses hésitations, s’amenuisent avec une « gestion » du conflit via des écrans et des ordinateurs et un éloignement physique d’avec le champ de bataille ; d’autre part, si le facteur humain venait encore perturber cette gestion à distance, on assiste également à une autonomisation croissante des systèmes, et à une évacuation définitive du facteur humain: c’est le cas – votre analogie est très intéressante – avec les ordinateurs boursiers qui sont programmés à faire des transactions en dehors de toute intervention humaine…

    #862
  3. domsnap

    Il semble néanmoins les facteurs culturels et sociaux par l’armée US ou ses services de renseignement sont pris en compte, notamment depuis les guerres afghanes et irakiennes et la mise en œuvre du programme « Human Team System », sur la base du constat suivant :

    « Si l’écrasante supériorité militaire et technologique américaine suffit en effet à gagner une guerre contre l’armée d’un Etat, une bonne connaissance du « terrain humain » est nécessaire pour contrôler une population dans le contexte d’une guerre non-conventionnelle. Or, l’armée américaine s’est révélée bien mal préparée sur ce terrain. C’est ainsi que s’est imposée l’idée de recourir au « renseignement ethnographique » (ethnographic intelligence), singulière alliance du renseignement militaire et de l’ethnographie de terrain. »

    « L’un des objectifs est la création d’une base de données identifiant les différentes tribus et les chefs locaux, mais aussi les principaux problèmes économiques, sociaux et politiques des populations. »

    source : http://www.laviedesidees.fr/Anthropologues-embarques.html#nh10
    site officiel : http://hts.army.mil/Default.aspx

    L’article précise que l’engagement des anthropologues (sans même mentionner la période coloniale) ne date pas non plus d’hier : première, seconde guerre mondiale, guerre froide, autant de période où ils ont été sollicités ou ont offerts leurs services à l’effort militaire ou pour des missions de renseignements. Mais cette position est très controversée au sein de la communauté scientifique et n’est pas sans poser des question déontologiques et disciplinaires (voire politiques) : un anthropologue est il au service de la vérité ou de l’Etat ? Ce n’est pas qu’une question de principe : de même que pour journalistes ou humanitaires, si les chercheurs en sciences sociales flirtent avec l’espionnage, c’est leur travail de (et sur le) terrain qui risque d’être compromis a priori ; ou, inversement, c’est la recherche universitaire qui risque d’être détournée et instrumentalisée à des fins géopolitiques.

    #869
  4. Benjamin PELLETIER

    @domsnap – Merci de rappeler ces importants éléments. Pour info, j’ai déjà consacré un article sur ce sujet, en mettant notamment en ligne le programme des formations culturelles de l’armée US et en évoquant également le programme Humain Terrain System : L’interculturel dans la formation militaire: le cas de l’armée américaine.

    Comme vous le notez, l’intégration des anthropologues aux opérations militaires a une longue histoire, cf le cas de Ruth Benedict et de l’occupation du Japon après la 2e Guerre mondiale dans l’article Quand Obama s’incline…

    Par ailleurs, je profite de votre commentaire pour signaler que Rob Johston livre une information surprenante dans son étude ethnographique des services de renseignement US: les chercheurs en sciences sociales qui travaillent actuellement pour l’armée US sont au nombre de… 700!

    #870
  5. domsnap

    @Benjamin – Merci pour les renvois à vos articles. En me baladant sur votre site j’ai entre autres lus vos analyses très approfondies sur le dispositif public canadien (plutôt exemplaire) et français (désespérant) en matière de promotion de l’interculturalité notamment dans les affaires internationales. Dorénavant, avant de m’aventurer à commenter, je regarderai avec plus d’attentions les « quelques suggestions de lectures » !

    #871
  6. Jean Luc Martin

    Bonjour,
    La prise en compte des spécificités socioculturelles d’une population par l’armée française ne date pas d’hier… Depuis plus de soixante ans, sous des appellations différentes, il existe un organisme de l’armée de terre chargé d’assurer la préparation intellectuelle, administrative et psychologique des militaires (et souvent de leurs conjoints) avant une expatriation ou une mission extérieure. Cet organisme implanté à Rueil-Malmaison et dont j’ai été un temps Directeur des études, s’appelle aujourd’hui l’Ecole de spécialisation au service outre-mer / étranger.

    Son action s’inscrit dans une longue tradition de travaux réalisés à l’époque coloniale puis lors de la décolonisation auprès des populations d’Afrique francophone (AFN, AEF, AOF), de Madagascar, d’Asie du sud-est (Viet-nam, Cambodge, Laos)… sans oublier bien entendu de l’actuel Outre-mer français. Son enseignement repose globalement sur trois verbes : connaître (les modes de vie et d’organisation des populations dans un cadre physique et humain donné, comprendre (les mentalités et les processus psychologiques), agir (c’est à dire se comporter… mais aussi combattre, chercher le renseignement, rétablir ou maintenir la paix, etc.).

    Il est simplement regrettable que pour des raisons d’ordre matériel (notamment budgétaires) la formation qui y est aujourd’hui dispensée aux jeunes cadres ait été sérieusement « dégraissée » et que l’on ne consacre que quelques heures sur des sujets où nos anciens passaient plusieurs mois, pour appréhender notamment l’importance du fait religieux ou l’apprentissage d’une langue…

    C’est d’ailleurs grâce à la lecture de certaines conférences prononcées dans les années 50 par des spécialistes civils et militaires de l’Afrique ou de l’Asie (comme « Psychologie du peuple vietnamien », « Politesse et savoir vivre en milieu musulman », « La vie d’un commandant de cercle », etc.) que j’ai « découvert » le management interculturel… et accessoirement mis en perspective ce que j’avais appris sur le terrain, notamment en coopération en Afrique sub-saharienne.

    Aujourd’hui encore, dans nombre de ces travaux (qui dorment aujourd’hui dans des archives poussiéreuses à Aix ou à Fréjus) il existe un noyau dur de données de fond qui une fois débarrassées de ce qui est devenu obsolète se révèle être une clé de compréhension essentielle pour nombre de situations. Je peux affirmer qu’à titre personnel ces travaux m’ont été extrêmement utiles tant dans l’enseignement que je dispense auprès d’étudiants en commerce international que dans ma vie quotidienne, résidant une grande partie de l’année en Asie du sud-est…

    Si certains lecteurs sont intéressés et veulent en savoir plus, je reste à leur disposition pour échanger sur ce thème (jean-luc.martin@live.fr).

    #872
  7. Benjamin PELLETIER

    @Jean-Luc Martin
    Merci vivement pour ce témoignage et ce retour d’expérience. Implicitement, j’attendais ce genre de commentaire pour nous apporter un éclairage complémentaire. En effet, les informations sur les pratiques françaises en matière d’intelligence culturelle sont rares en accès libre.

    Il est malheureux que ces travaux « dorment aujourd’hui dans des archives poussiéreuses »: il y aurait bien à apprendre et à formaliser de ces expériences passées afin de produire ce que les Canadiens nomment d’une belle expression: la « rétroaction précieuse »

    Comme vous le soulignez, il est déplorable que les formations aient été victimes de restrictions budgétaires quand on considère l’actualité de plus en plus brûlante des problématiques liées aux interactions culturelles.

    #878

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