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L’Italie, pays aux 6000 langues

jeudi 1 octobre 2009
Par Benjamin PELLETIER

L’Europe se définit parfois comme étant l’aire géographique comprenant le maximum de diversités culturelles sur le minimum d’espace. Cela peut se vérifier par les paysages, la gastronomie, le folklore, mais aussi par les langues. A l’intérieur des frontières d’un pays européen, on trouve encore une réelle diversité linguistique. La différence avec d’autres pays tels que l’Inde ou la Chine est que cette diversité s’exprime sur un territoire très restreint.

L’Italie est un excellent exemple de cette complexité où les relations entre le local et le global sont déjà conflictuelles dans la structure même du pays.

Voici un extrait d’un article récemment publié dans Courrier International:
« Le quotidien romain La Repubblica a dénombré pas moins de 6 000 dialectes, idiomes ou patois dans l’ensemble de la péninsule. Du nord au sud, ces parlers sont bien vivants. On constate en effet que 69,9 % de la population parle un dialecte en Vénétie et 74,4 % en Calabre, pour ne citer que ces deux régions. L’italien prévaut dans 45,5 % des foyers, 32,5 % mélangent dialecte local et italien, 16 % utilisent de préférence un dialecte, 5,1 % enfin parlent une autre langue.« 

Cette vitalité linguistique est exceptionnelle pour un pays d’Europe de l’Ouest. L’unité de l’Etat italien ne s’est réalisée que de 1861 à 1870 avec le couronnement de Victor-Emmanuel II comme roi d’Italie, mais le processus s’est poursuivi jusqu’en 1918 avec l’intégration de la Vénétie. L’Etat italien a donc une histoire très récente, d’où le sentiment ambigu des Italiens pris entre la méfiance vis-à-vis de l’Etat et le nationalisme lié à la culture ou au sport. Or, pour revenir sur le terrain linguistique, il faut savoir qu’en 1950, 18% de la population seulement parle italien…

Voilà pourquoi la coopération entre Français et Italiens ne va pas de soi. La diversité régionale française est beaucoup moins forte que la diversité italienne. Le conflit entre le local et le global n’y est pas aussi marqué. Nos « cousins italiens » sont bien plus différents entre eux que les Français. Ces derniers sont ainsi souvent désorientés dans leur collaboration avec les Italiens: alors qu’ils se pensaient proches d’eux, les Français se découvrent très différents des Italiens.

Et, justement parce qu’ils avaient un a priori de proximité ou de familiarité, les Français se trouvent pris avec les Italiens dans des conflits interculturels parfois plus intenses que lorsqu’ils ont à travailler avec des ressortissants d’un pays qu’ils savent ou imaginent fondamentalement différent (voir à ce sujet The paradox of the toothpase tube). Et du fait de cette proximité fantasmée, ils ont plus de difficultés à en parler avec leurs collègues italiens, ce qui ne fait qu’exacerber les tensions…

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