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L’innovation en France et ses freins culturels – 2e partie

vendredi 22 juillet 2011
Par Benjamin PELLETIER

[Flashback GRI: je profite de l’été pour donner une nouvelle actualité au 2e volet article publié en mai 2010 – il peut être lu indépendamment du 1er]

Voici le deuxième volet d’un article consacré aux problèmes structurels et culturels qui affectent l’innovation en France. Suite à la mise en ligne de la première partie, j’ai reçu des témoignages édifiants en droite ligne avec la « fiction » intitulée Comment démotiver un inventeur salarié ? Il est donc essentiel que d’autres analystes reprennent ce problème pour alerter sur l’urgence de réformer ce système de rémunération des inventeurs salariés. Toute stagnation en la matière équivaut à un recul.

* * *

« La technologie est un capital, la R&D est un service, tandis que l’innovation est une culture. » Citation d’un directeur scientifique de Total reprise dans le rapport parlementaire Pour une nouvelle vision de l’innovation.

Allemagne-France : le gagnant-gagnant et le perdant-perdant

Si vous n’avez pas lu la première partie de cet article, sachez que les témoignages d’inventeurs salariés collectés sur le blog de Jean-Paul Martin (vivement recommandé) mentionnent à plusieurs reprises l’exemple de l’Allemagne comme pays où l’innovation est encouragée, reconnue et décemment rémunérée. Certains chercheurs et inventeurs  salariés français se sont d’ailleurs expatriés en Allemagne, lassés du manque de reconnaissance de la part de leurs employeurs et démotivés par les primes dérisoires qui venaient récompenser leurs découvertes… quand elles étaient versées.

Un article récent du Monde s’alarmait du manque de compétitivité de l’industrie française sans pour autant évoquer la vraie source du problème. Certes les délocalisations ont nui à la vigueur de l’industrie sur le territoire national, mais elles n’expliquent pas tout. Si l’on prend les choses à la racine, il faut bien mettre en évidence combien la compétitivité dépend du dynamisme en matière d’innovation. Et sur ce point, la question de la reconnaissance financière de l’inventeur salarié reste centrale.

Ainsi, le blog de l’Association des Inventeurs Salariés propose un comparatif sans appel entre l’Allemagne et la France à travers les exemples de Siemens et d’Alstom :

  • 1 860 brevets déposés par Siemens en 2006 contre 193 par Alstom  (dont 138 par son unité suisse, et seulement 31 par ses unités françaises)

Certes, les deux groupes ne sont pas de taille comparable (475 000 employés chez Siemens, 76 500 chez Alstom) mais le ratio n’est toujours pas en faveur du français. L’explication est ailleurs, notamment dans la politique incitative en matière de rémunération des salariés inventeurs :

  • Siemens récompense les inventeurs par une prime proportionnelle au chiffre d’affaires généré tandis qu’Alstom accorde 500 euros brut par inventeur (soit 300 après charges et impôts) ou 840 euros par groupe de co-inventeurs (puis 1000 ou 1680 euros après les extensions).

S’il ne s’agissait que d’un coup de barre en matière de rémunération, il ne serait pas compliqué de rétablir l’équilibre afin de récompenser les découvertes à leur juste mesure. Quand l’exécutif veut, il peut. On l’a vu récemment avec les mesures en faveur de la baisse de la TVA pour les restaurateurs, quand bien même une telle mesure serait très coûteuse pour la collectivité. Or, s’agissant d’une mesure qui serait coûteuse pour les entreprises, quand bien même elle serait à terme bénéfique pour ces dernières, nous devons constater qu’il n’y a pas de volonté politique.

C’est donc que le problème est plus profond, il est culturel.

Les différentes conceptions de l’innovation en France et en Allemagne

L’OCDE a publié en 2008 un rapport intitulé Science, technologie et industrie : Perspectives de l’OCDE. Vous pouvez consulter les résultats de cette étude en suivant ce lien où figurent les profils des pays analysés. En synthétisant les données de la France et de l’Allemagne sur un même graphique (cliquez pour l’agrandir), nous obtenons le panorama suivant :

Profils - France Allemagne

  • Brevets triadiques : brevets déposés simultanément en Europe, aux Etats-Unis et au Japon
  • DIRD : Dépense Intérieure de R&D sur le territoire national et quelle que soit l’origine des fonds
  • DIRDE : Dépense Intérieure de R&D des Entreprises sur le territoire national
  • RHST : Ressources Humaines en Science et Technologie

Concentrons-nous sur deux paramètres de ce graphique riche d’enseignements:

1) S’il n’y a pas de grandes différences en nombre de chercheurs pour mille emplois et en nombre d’articles scientifiques par million d’habitants, il faut noter que l’Allemagne dépose deux fois plus de brevets triadiques que la France.

La projection de l’Allemagne à l’extérieur de ses frontières est bien plus importante que celle de la France. Depuis quelques années, les performances allemandes en matière de commerce extérieur sont largement – et jalousement – commentées en France. On souligne d’ailleurs combien l’Allemagne a augmenté sa compétitivité en pressurant les salaires des travailleurs allemands, on remarque également avec justesse que l’Allemagne a su préserver une industrie forte.

Mais en se focalisant sur les moyens de production de l’industrie allemande, on oublie de signaler combien cette présence à l’étranger se prépare en amont. Le premier versant de cette préparation concerne la protection des innovations par le dépôt de brevets, le second versant a été récemment mis en lumière par Nicolas Tenzer à travers un rapport disponible ici (pdf) à la Documentation française et qui a donné lieu à un livre : Quand la France disparaît du monde. Il s’agit de la capacité des Allemands à répondre aux appels d’offre en matière d’expertise internationale. Par contraste, les Français apparaissent déstructurés, empiriques, méprisants, déconnectés des enjeux fondamentaux liés à la valorisation du savoir à l’échelle internationale. Je signale au passage que sur ce blog j’ai déjà traité à plusieurs reprises des difficultés de coopération entre Français et Allemands, voir par exemple France-Allemagne: des murets culturels et L’A380, décollage de l’entente franco-allemande?

2) Le deuxième point, signalé par une flèche sur le graphique, permet de mettre en lumière une spécificité bien française dans la conception de l’innovation. Comme on peut le voir, la part des services dans la R&D est largement supérieure en Allemagne par rapport à la France.

D’une part, si la part des services dans la R&D est si faible en France, c’est que la recherche est encore perçue comme un sacerdoce par contraste avec l’univers immoral et impur de la sphère pratique. Par exemple, les entreprises françaises auraient beaucoup à apprendre de la façon décomplexée qu’ont les scandinaves de coupler chercheurs et designers (60% des entreprises françaises n’ont jamais recours au design, contre 35% au Royaume-Uni et 25 % en Norvège1) ou les Américains de coupler chercheurs et marketers.

D’où une plus grande difficulté à passer de l’invention à l’innovation. Comme le note l’étude de l’OCDE : « Si le nombre de brevets déposés par les universités [françaises] a augmenté, la commercialisation des résultats de la recherche laisse encore à désirer. » Sur son excellent blog qui analyse les mutations actuelles du monde de l’entreprise, Cecil Dijoux rappelle combien le fait de déléguer entièrement la responsabilité de l’innovation aux départements R&D est « improductif et assez spécifique à la France ».

D’autre part, notre conception de l’innovation en France est marquée par une obsession pour l’invention technologique au détriment des inventions dans les domaines des services, de la finance, du marketing, des méthodes et des modèles. Rappelons que la part des entreprises réalisant de l’innovation non technologique s’élève en France à 23% seulement, contre 47% en Allemagne, 60 % au Japon et 51% dans l’OCDE2.

Le rapport parlementaire de 2008 consacré à l’innovation propose un intéressant tableau établissant un parallèle entre les conceptions française et britannique de l’innovation :

C’est que nous avons encore une conception de l’innovation qui s’apparente à une sorte d’image d’Epinal du type « concours Lépine ». D’abord, elle réduit l’innovation à l’invention. Or, une invention ne donne pas forcément lieu à une innovation, c’est-à-dire à la rencontre entre une découverte et un marché, donc à son adoption par des clients, des usagers ou des employés. En outre, il ne faut pas oublier qu’une invention peut engendrer diverses innovations. La recherche et la valorisation de cette diversité doivent être pleinement intégrées dans la stratégie d’innovation.

Enfin, avec cette sacralisation du génie inventeur détaché du marché et du commerce, on se focalise sur la recherche de l’idée unique (la « création ») et révolutionnaire (la « rupture ») alors que la plupart des inventions, et par suite des innovations, ne sont pas des technologies de rupture mais des services novateurs pour des produits déjà existants. Reprenons donc à notre compte la définition de l’innovation citée par Cecil Dijoux sur son blog : « L’innovation est le processus qui traduit la connaissance en croissance économique et en bien-être. »

Les freins culturels français en matière d’innovation

En décembre dernier, Libération a consacré un article au cas d’un chercheur inventeur mis au placard par son employeur, France Télécom. Lors d’un déménagement de l’entreprise, il est « abandonné » dans les anciens locaux, sans bureau, sans ordinateur, sans téléphone. Plus de collègue, plus d’outil de travail. Dépression de l’ingénieur qui est désormais suivi par un psychiatre pour stress postraumatique.

A 40 ans, il a 26 brevets à son actif. Il a reçu en 2002 le prix de l’innovation de France Télécom avec une vingtaine de collaborateurs, il a également été nominé en 2003 et 2004. Or, le mécanisme infernal se met en route à partir de 2005. On lui supprime des parts variables de sa rémunération. On lui verse de façon aléatoire des primes associées à ses brevets. On supprime en 2005 ses budgets, ses programmes de recherche sont annulés sans explication et l’ingénieur est progressivement isolé.

Quelle faute lourde a donc commis ce chercheur pourtant si prometteur pour l’avenir de son entreprise ? La réponse est donnée par un syndicaliste :

« Ce ne sont pas les sommes qu’il réclamait, suite à ses brevets, mais ses idées qui dérangeaient. Chez France Télécom, le corps des polytechniciens n’aime pas être bousculé. » Or, les travaux d’Eric, sur la voie des applications développées aujourd’hui sur l’iPhone, « invitaient à la prise de risque. Mais l’opérateur n’a pas suivi. »

A travers ce récit qui n’est malheureusement pas si exceptionnel que cela, nous retrouvons trois des grands maux qui affectent l’innovation en France :

  • la résistance au changement de la part d’élites dirigeantes qui tirent leur prestige de grandes écoles faites dans leur jeunesse, d’où de grandes difficultés à se projeter dans la complexité contemporaine et de fortes réticences à valoriser la nouveauté par rapport à l’acquis,
  • un esprit de corps de la part de ces élites qui empêche le nécessaire brassage et mixage des compétences et des cultures pour promouvoir l’innovation; or, horizontalement, les rivalités des groupes d’appartenance brident l’interdisciplinarité et, verticalement, des plafonds de verre cloisonnent les hiérarchies (pour prolonger, voyez sur ce site Grandes écoles, petites élites?),
  • le malaise par rapport à la prise de risque, et dans la mesure où l’idéal recherché consiste à lancer un nouveau produit avec un risque zéro, on reste trop souvent figé dans le bien connu et le déjà fait (voyez l’article que j’ai consacré à l’échec de la Logan en Inde où, pour n’avoir pas voulu adapter au contexte culturel local un modèle économique qui fonctionnait ailleurs, Renault est passé à côté du marché indien).

Une étude sur l’innovation en Europe menée conjointement par Logica et l’INSEAD confirme ces freins culturels français. Voici les résultats qui nous intéressent ici :

– La tolérance pour l’échec est en France plus faible qu’ailleurs : seules 20% des entreprises françaises tirent les leçons de leurs échecs, contre 50 % au Royaume-Uni et 40 % aux Pays-Bas. Il s’agit là d’un facteur central dans la mesure où la généalogie d’une innovation est parsemée d’échecs instructifs.

– Le facteur « ambition » est en France le plus bas d’Europe (1.60, contre plus de 1.80 partout ailleurs, et 2.40 aux Pays-Bas).

– Les équipes pluridisciplinaires et multiculturelles restent relativement rares dans les entreprises françaises, y compris parmi les plus mondialisées. La priorité à l’innovation, quand elle existe, n’y est pas incarnée dans une ambition commune.

– Face à un choix de 8 options possibles, 31% des entreprises interrogées ont identifié la « complémentarité de cultures » comme le facteur-clé du succès des projets collaboratifs innovants. Cependant, seulement 27% d’entre elles utilisent ce critère de complémentarité culturelle pour recruter ou promouvoir leur personnel.

– Les politiques RH ne favorisent pas le recrutement ou la promotion de personnels innovants. Sur ce pilier, la France est particulièrement en retard sur ses concurrents européens, avec un score de 1.67 (contre plus de 1.80 pour tous les autres, et même 2.17 aux Pays-Bas).

– Une innovation mal mesurée et des processus internes immatures empêchent les organisations d’optimiser leurs initiatives innovantes. Seuls 16% des répondants disent disposer d’indicateurs pertinents pour évaluer le succès de leurs projets d’innovation. A nouveau, la France ferme la marche sur cet aspect.

Qu’en est-il ailleurs ?…

Dans le cadre de cet article déjà très long, ce n’est pas le lieu de dresser un panorama complet des politiques d’autres pays en matière de rémunération des inventeurs salariés. Suite à la publication du premier volet de cet article, un avocat spécialisé en propriété intellectuelle, Me Jean-Michel Portail, me signale qu’aux Etats-Unis la plupart des contrats de travail prévoient en cas d’invention le transfert de tous les droits à l’employeur. En Grande-Bretagne, un salarié peut espérer obtenir une compensation financière en adressant une requête au Bureau de la propriété intellectuelle ou à un juge mais sa requête est la plupart du temps rejetée. On peut cependant supposer que dans ces deux pays les employeurs savent reconnaître les talents et récompenser le mérite, notamment via des bonus bien plus conséquents qu’en France.

Enfin, faisons en guise de conclusion un rapide focus sur deux pays qui viennent de mettre en place des mesures incitatives qui renvoient la France à son féodalisme en la matière.

  • Corée du Sud : la révolution de 2002

Suite à une jurisprudence liée au conflit en 2002 entre un chercheur salarié avec son employeur, l’entreprise pharmaceutique Donga, il a été reconnu que l’inventeur devait recevoir une juste rémunération calculée en pourcentage sur les bénéfices engendrés par sa découverte. Dans le cas cité, l’employé a pu obtenir 10% des bénéfices…

Cette décision a marqué un tournant qui, cette même année 2002, a permis à un inventeur de Samsung de gagner son procès contre son employeur qui lui avait versé 200 dollars pour une invention qui en avait rapporté 26 millions. Suite à cette décision, l’employé a reçu un montant non divulgué mais qui s’élèverait à plusieurs millions de dollars…

  • Chine : une avancée récente

Une note de février 2010 de l’ambassade de France en Chine (ici, en pdf) fait état des nouvelles dispositions chinoises en matière de rémunération des inventeurs. En voici l’extrait principal :

« En l’absence de dispositions spécifiques, c’est le régime des articles 77 et 78 du nouveau règlement qui s’applique. Il prévoit une prime pour l’inventeur d’un minimum de 3000 RMB à la délivrance du brevet (1000 RMB pour un modèle d’utilité ou un dessin et modèle), et une rémunération annuelle supérieure ou égale à 2 % des revenus générés par l’exploitation du brevet ou du modèle d’utilité (0,2 % pour un dessin et modèle), ou un pourcentage d’au moins 10 % des royalties en cas de concession de licence. »

Dans ce rapide panorama, la place de la France est dramatiquement singulière, culturellement incapable de proposer « à l’américaine » un système de primes forfaitaires motivant et incitateur ou de mettre en place « à la chinoise » une rémunération au pourcentage liée aux bénéfices générés par l’exploitation de l’invention.

Serait-ce cela l’exception culturelle française ?

* * *

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10 commentaires sur “L’innovation en France et ses freins culturels – 2e partie”

  1. olaf

    Très intéressant votre article, puisque je constate que ma collaboration avec mes collègues allemands est très décontractée par rapport à ce que j’ai connu en France. De même avec mes collègues américains aux USA avec qui j’ai des projets et qui sont aussi toujours très enthousiastes devant la présentation d’une bonne idée.

    Il y a ici un bâtiment entier consacré à la RD, labo, atelier…
    Comme les bureaux où je suis en sont un peu éloignés, ils ont installé une sorte de petit labo dans nos bureaux qu’ils ont appelé « creative room » où l’on peut faire des manips ou même pratiquer des jeux.

    Disons que l’ambiance est plus ludique et la hiérarchie peu pesante.

    Sur un de mes projets mené avec un collaborateur allemand, nous avions évalué une faisabilité technique et marché délicate.
    Eh bien le directeur de l’unité n’a pas hésité à nous dire de continuer, malgré nos réserves, et à prendre le risque de perdre des coûts RD conséquents si les tests prototypes marchés et techniques échouent.

    Je dois dire que ça m’a soufflé, mais finalement c’est moteur comme attitude, même si il y a échec, ça permet de trouver des idées pour d’autres produits, j’ai constaté ça déjà.

    Concernant les cabinets de recrutement français, je confirme que leur approche par des tests standards appliqués de façon indifférenciée aux cadres en général sont inadaptés pour le domaine de la RD, d’ailleurs je doute qu’ils connaissent quelque chose à la RD.
    Il me semble que ceux qui ont le profil RD sont souvent des gens un peu originaux qui passent difficilement ce genre de tamis.

    Sinon, je vous recommande les études de P Artus( Natixis ), relatives aux comparaisons d’indicateurs économiques dans différents pays montrant le problème français en matière d’innovation, et de son positionnement marché-RD qui pourtant correspondent aux analyses et méthodes du Boston Consulting Group qui m’ont pourtant été très bien enseignées en France par un consultant, lors d’une formation en école de commerce.

    Y aurait il un Sonderweg français ?

    #231
  2. Benjamin PELLETIER

    Merci Olaf pour ce précieux retour d’expérience avec les Allemands. Merci également de me souffler indirectement une idée d’article en mentionnant le problème des tests standards des cabinets de recrutement. Il serait en effet intéressant de faire une étude sur les différences culturelles liées aux méthodes de recrutement… Au plaisir.

    #232
  3. olaf

    Pour complément, les allemands m’ont recruté directement sans passer par un cabinet de recrutement et sans ni même passer aucun test psychotechniques. Ce que je n’ai jamais vu en France.

    L’essentiel des entretiens, avec des ingénieurs et directeurs techniques a concerné l’approche technique, donc directement le cœur de métier. Le service du personnel ne se chargeant que des formalités administratives et aucunement consulté pour l’évaluation.

    Il y a eu 2 entretiens, frais de déplacements entièrement remboursés.
    Tout a été bouclé en 1 mois.

    En France le premier déplacement chez le recruteur est à notre charge, sans compter les congés à poser quand c’est loin. En moyenne c’est 3 déplacements pour 3 entretiens, voire 4, qui s’étalent sur plusieurs mois, 2,3 voire 4. Ce qui relève d’une lenteur et d’une inaptitude à la décision assez remarquable.

    #235
  4. Benjamin PELLETIER

    Voilà un complément qui mérite d’être creusé sur les différentes pratiques en matière de recrutement. Il serait intéressant de voir s’il y a là quelques spécificités culturelles… ce qui semble être le cas…

    #237
  5. olaf

    J’ai d’une certaine façon une approche similaire à la votre du fait que j’ai suivi une formation en intelligence économique, « business competitive » pour les anglo saxons, entre autres, qui m’a ouvert pas mal d’autres champs d’interrogations.

    La philosophie est la matière qui m’a permis largement d’obtenir le bac, 17/20 : sujet « la communication », je suis allé vers la technique dure par la suite, mais moins dure, tous comptes faits, que la politique tribale à laquelle il n’est pas aisé de se former, puisque ça demande d’accepter un certain état des lieux, sans grande certitude de pouvoir le changer. Certains ont fait des approches sociologiques comme Crozier, mais tant que l’on ne se heurte pas aux murs, ça reste théorique avec des diagrammes imaginaires.

    #236
  6. […] L’innovation en France et ses freins culturels – 2e partie | Gestion des Risques Interculturels […]

    #247
  7. BSG

    bonjour,

    Je recommande « chaudement » le blog de Benjamin Pelletier, sur l’innovation en France.
    http://gestion-des-risques-interculturels.com/pays/europe/france/linnovation-

    Ces deux articles sont une excellente synthèse de ce que nous « produisons » en matière de frein culturel à tout ce qui est « nouveau ».

    Au fond, je me dit que nous sommes « encore » dans ce « profond » rejet de « l’argent ».
    Sale, corrompu, forcément pris dans la poche « des travailleurs » et qui donc doit être caché et entraine par conséquent jalousie, supputations,médisance….

    Pas très joli comme tableau, n’est ce pas?

    Mon expérience de chef d’entreprise me confronte tous les jours à cette réalité du rejet de l’innovation par principe, et oui me dit on si çà marchait « vot truc » çà se saurait…
    Ne bougeons pas, ne pas faire de vague, ne pas se distinguer de la masse semble « piloter » l’état d’esprit de beaucoup de « petits chefs » qui attendent sagement la retraite, et qui par ailleurs écrasent leurs fournisseurs pour justifier de leur « efficacité…. Ceux là sont les premiers à jeter la pierre à ceux qui « osent » sortir des sentiers battus!

    Nous avons bien du chemin à faire, seule une véritable volonté des directions d’entreprise pourra « infléchir » la tendance, mais aujourd’hui ce sont les « pouvoir publics » et leur cohorte d’entreprises « affiliées », ainsi que de grandes entreprise ( mais discrètement…) qui « osent » l’innovation, parce qu’elle « doivent » montrer l’exemple, mais on est encore loin d’un retournement d’état d’esprit, qui considèrerai que d’avoir essayé c’est formidable, quel gâchis!

    #321
  8. Benjamin PELLETIER

    Merci pour ce retour de lecture et témoignage, BSG. J’ajouterai à votre remarque finale que le dynamisme du secteur public en matière d’innovation s’explique certainement par une meilleure reconnaissance financière de l’invention que dans le secteur privé.
    Or, ces maigres acquis sont en passe d’être remis en cause par un projet de loi du sénateur Yung – un projet de loi soutenu par le PS… comme le rappellent plusieurs notes sur ce sujet le blog de l’avocat Jean-Paul Martin…

    #322
  9. Phot's

    Bonjour,

    Merci Benjamin de réactiver ce post, que j’avais manqué. J’en profite pour commenter…

    Je travaille dans la R&D d’un grand groupe. Je constate que le fait de devoir partager la (maigre et forfaitaire) rémunération entre les différents inventeurs induit un effet pervers : les personnes qui détectent une invention tendent à ne pas partager les informations mais à « traire » leurs collègues en leur fournissant des bribes d’informations dont les réponses sont susceptibles de faire progresser leur demande de dépôt de brevet. Des silos / chapelles se créent alors, étanches au partage, au travail collaboratif. L’individualisme est d’ailleurs prôné comme valeur par les DRH, en tant qu’esprit entrepreneurial (faculté à faire avancer et fédérer autour de ses projets) et donc revendiquable comme résultat lors de l’entretien de fin d’année…
    Bref, le brevet exacerbe l’individualisme et la défiance envers la hiérarchie qui cherche à s’approprier la valorisation des brevets et/ou est trop frileuse envers les risques d’échec (« le succès a de nombreux pères, l’échec est orphelin »).

    De plus, par rapport aux « petits » fournisseurs ou universitaires, qui n’ont pas breveté, j’ai constaté que parfois des brevets étaient pris suite à la visite de leurs laboratoires… La sécurisation de la marge de manoeuvre de l’entreprise, revendiquée par cette prise de brevet, ne me semble pas incompatible avec l’association des parties prenantes, dans une démarche transparente – et valorisable publiquement dans une communication qui ferait état des bonnes affaires faites en commun.

    Enfin, mon entreprise communique sur le nombre de brevets annuels, en tant qu’indicateur de l’innovation, ou bien sur le nombre de brevets et le temps de recherche passé pour aboutir à la mise sur le marché d’un produit. Mais je n’ai jamais entendu de communication (storytelling) sur le succès d’une équipe d’inventeurs… Ça manque, à mon avis.

    #826
  10. Benjamin PELLETIER

    Précieux retour d’expérience, Phot’s. Merci vivement de l’avoir partagé ici. Il entre en résonance avec de nombreux mails envoyés en privé par des chercheurs et salariés inventeurs qui ne comprennent pas le manque de valorisation de leurs travaux – et pas seulement financière, comme vous le signalez en fin de commentaire. C’est tout de même incroyable que la R&D ainsi que ses aboutissements soient aussi sujets à des luttes intestines, à des enjeux de pouvoir, à des tensions au sein de l’entreprise alors que ce devrait être tout le contraire…

    #827

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