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« Les Français, c’est les autres » : une séquence aux effets pervers

dimanche 7 février 2016
Par Benjamin PELLETIER
Sequence du repas

La séquence du repas à la 42e minute

Espoir déçu

Mercredi 3 février, France 2 a diffusé à 23h35 un documentaire intitulé « Les Français, c’est les autres ». Il s’agissait de donner la parole à des jeunes de banlieue, souvent issus de l’immigration, pour s’exprimer sur leur sentiment d’appartenance à la France. Le sujet m’intéressait vivement pour deux raisons :

  • Parce qu’il promettait une parole libre et non censurée de ces jeunes, quitte à diffuser des propos parfois durs sur leur rejet de l’identité française, mais aussi sur eux-mêmes, sur les musulmans, les noirs et les juifs. On a trop tendance à parler à leur place via des experts ou soi-disant représentants, on n’écoute pas assez les voix singulières, et c’était là une opportunité de mieux comprendre leurs perceptions et leur vécu.
  • Parce qu’il m’est arrivé une fois d’être entouré de jeunes plutôt hargneux dans le quartier de Bastille et que j’avais été surpris de les entendre me dire Sale Français ! comme si c’était là une insulte, une sorte d’inversion de Sale Arabe ! qu’on avait déjà dû leur dire – comme si, également, il y avait une différence radicale entre nous. J’avoue que jamais je n’avais envisagé le fait d’être français comme une insulte. Que pouvait-il y avoir là derrière ?

A ce titre, le documentaire a tenu ses promesses. Les paroles ont été libérées, même lorsqu’il s’agit des insultes que ces jeunes utilisent entre eux. Le sentiment d’exclusion lié à un territoire ghettoïsé, la diminution de la mixité sociale depuis une vingtaine d’années associée à des difficultés économiques, un chômage massif et une perception de soi uniquement négative constituent certains des facteurs influant sur un sentiment de non-appartenance à la communauté nationale.

Mais…

Et c’est un mais massif. A la 42e minute, une séquence de 5 minutes de très mauvaise télé réalité a détruit tout le bénéfice de la mise à jour des perceptions de ces jeunes, et de l’évolution de ces dernières vers plus de nuance, voire même vers un début de sentiment d’être français. Les deux documentaristes décident d’organiser un repas « à la française » avec huit de ces jeunes. Le repas sera animé par une coach en savoir-vivre, Marie de Tilly, également comtesse (ce que ne dit pas le documentaire) et intervenante régulière sur France 2 (souvent aux côtés de Stéphane Bern, ou lors de reportages sur le sujet comme ici).

Le documentaire est encore visible pendant deux jours en suivant ce lien. Comme il disparaîtra sous peu du radar, je me suis décidé à passer un certain temps à retranscrire intégralement toute la séquence tout en prenant quelques captures d’écran, afin qu’elle ne tombe pas dans les oubliettes de l’audiovisuel et qu’elle serve d’étude de cas sur les effets pervers d’une telle mise en scène. A la suite de la transcription, j’ajouterai quelques commentaires sur ses effets pervers.

En lisant cette transcription, essayez de repérer et de compter les expressions négatives de la part de la coach et celles qui, au contraire, créent un lien positif entre elle et les jeunes.

* * *

Voix off, Mohamed Ulad, coréalisateur du documentaire

Beaucoup de nos jeunes élèves nous ont dit que l’une des raisons qui les empêchent de se sentir français venait de leurs habitudes culinaires.

Aussi, nous avons voulu les titiller en leur faisant vivre une expérience décalée avec une « vraie Française », comme ils disent, coach en savoir-vivre, qui leur apprendra les bonnes manières à table. Se sentiront-ils un peu plus français à l’issue de cette expérience?

La coach, Marie de Tilly

Alors, comment on s’assoit? C’est quand même à l’homme de tenir le fauteuil de la femme, pour l’aider à s’asseoir. Si, ici, on considère que je suis chez moi, et je vous invite à dîner: qui va s’asseoir le premier ou la première?

Les jeunes (en choeur)

Les invités.

La coach

Eh bien non, ce sera moi, la première, qui vais m’asseoir. A partir de ce moment-là, les femmes s’assoient, les hommes en dernier. Autour de cette table, moi qui suis la plus âgée, je suis la seule, la seule!, à avoir le droit de mettre un coude comme ça, sur la table.

Une jeune fille

Pourquoi les femmes, elles ont le droit, et pas les hommes?

La coach

Les femmes – les femmes mariées – ont le droit de faire ça discrètement, élégamment [cf. photo ci-dessous], c’est-à-dire qu’on n’est pas là, avachi, hein? On a le dos droit, on fait discrètement. C’est pour montrer les bagues, donc le niveau social. La femme, depuis toujours, est terriblement importante. C’est la plus importante. Donc, c’est elle qui entre la première dans une pièce, c’est elle qui s’assoit la première.

Les mains a table

« Les femmes – les femmes mariées – ont le droit de faire ça »

Une autre jeune fille

Mais, ce qu’on apprend là, c’est plus beaucoup pratiqué au jour d’aujourd’hui…

La coach (d’un ton catégorique)

Toujours pratiqué.

La jeune fille précédente (perplexe)

Ha?…

La coach

Ha, non, non, non, moi je vous apprends du 2015, hein? C’est pas quelque chose qui est… heu… inventé.

Alors, je vais vous expliquer comment on tient une fourchette. Après, je passerai autour de vous pour vous aider. Alors, une fourchette, ça se tient comme ça [cf. photo ci-dessous]. On pique. Donc, l’index est là, on pique et on porte à la bouche.

"Alors, une fourchette, ça se tient comme ça"

« Alors, une fourchette, ça se tient comme ça »

Troisième jeune fille

Ah, comme ça?

La coach

Et c’est pas vous qui vous baissez, d’accord? Vous prenez, vous piquez, paf! comme ça, et vous portez à la bouche. [Elle s’adresse à une adolescente] Non, non, non, non, comme ça! Regardez, je prends la fourchette, regardez, je prends la fourchette, je la prends, hop! Vous la prenez bien en main, hop! Et je mets l’index. Donc, vous pouvez la prendre à droite comme à gauche: le problème, c’est de bien tenir la fourchette.

[Elle corrige un jeune] Ne mettez pas… plus comme ça! Mais ça va, j’en rajoute un petit peu pour que vous puissiez… voilà! Montez à la bouche… Parfait, parfait! Voilà, ça, c’est très bien, c’est… Lâchez le couteau, lâchez votre couteau, lâchez votre couteau.

Une jeune fille (soucieuse)

Vous mangez pas?

La coach

Alors, bonne question de la part de Tiffani. J’en profite pour vous faire un petit cours en même temps. « Vous mangez pas », est-ce que vous trouvez que c’est exce…excessivement élégant de poser cette question?

La même jeune fille

Comment ça? C’est la manière dont je l’ai posée? Ou c’est la question qui vous gêne?

La coach

C’est… ça ne se dit pas. Si vous avez envie de savoir pourquoi, vous ne dites pas ça, vous dites « Mais… heu… vous ne dînez pas? Vous ne déjeunez pas? » Par exemple, « je vais… heu… déjeuner avec Arafat » [un des jeunes autour de la table], « je vais dîner avec Ilias ». Pourquoi? Parce que c’est une faute de français. Attention, Tiffani, vous êtes pas la seule. Tout le monde la fait. J’en profite pour vous donner un petit cours là-dessus. C’est que c’est une vraie faute de français, parce que c’est un verbe transitif. D’ailleurs, les seuls qui ont le droit de « manger », c’est qui à votre avis?

La même jeune fille

C’est vous?

La coach

Non! [rires de tout le monde] Ce sont les animaux…

La même jeune fille

Ah, désolée… Ah, d’accord.

Voix off

Les élèves ont été très attentifs et respectueux dans cet univers qui leur est totalement étranger. Qu’ont-ils retenu de cette expérience?

Un jeune homme

Quand nous avons appris comment on mange, tout ça, je pense on dirait des robots, on mange comme des robots, on bouge pas trop, voilà. C’est un peu difficile pour moi.

Une jeune fille

Franchement, j’ai bien aimé, mais c’est vrai que c’était un repas coincé. Mais j’ai l’impression, c’est un peu… Enfin, c’est… on doit toujours bien se tenir. On peut pas être complètement à l’aise. On n’est pas nous, on est quelqu’un d’autre, on est entré dans la peau de quelqu’un d’autre, pas nous.

Autre jeune fille

Y a beaucoup de choses à… à retenir, comme quand on doit pas donner le dos à son voisin de gauche, on doit parler avec les deux voisins en même temps, c’est… Avant, ils faisaient tout ça, ils avaient du courage.

* * *

Effets pervers et implicites

1) Mon sentiment immédiat. Ce que je vais dire n’a rien d’un jugement porté sur ces jeunes, mais c’est l’effet de la séquence. La première chose à laquelle j’ai pensé en la regardant, c’est à ces vidéos qui montrent une tribu d’Amazonie découvrant des images du monde moderne. Ainsi, je me suis dit : on est en train de nous montrer les sauvageons chez les civilisés. C’est ma première perception, et elle se ravive chaque fois que je revois cette séquence.

2) La séquence nous montre un jeune en train de se servir une part de quiche, qu’il manque de faire tomber à côté de l’assiette (photo ci-dessous). C’est une scène qui n’apporte rien, elle ne correspond pas aux explications de la coach, et je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’elle fait là, sinon pour montrer que ce jeune est si maladroit qu’il ne sait même pas se servir une part de quiche (c’est un détail à valeur monumentale, cf. sur ce blog Guerre des mondes, guerre des représentations).

Part de quiche

3) L’effet pervers majeur de la séquence : essentialiser la différence entre ces jeunes et les « vrais Français ». Cela commence par la question du statut social. La façon de tenir les mains à table pour une femme a pour objectif de montrer ses bagues, « donc le niveau social ». Assurément, ces jeunes ne se sentent pas appartenir au même monde, pourtant identifié comme le monde des Français en début de la séquence.

4) Ensuite, le phénomène de différenciation radicale se poursuit avec les « bonnes » manières : langage corporel, façon de tenir la fourchette, correction de la langue (le verbe « manger » ne se dit que pour des animaux). Autrement dit, ces jeunes qui ne possèdent pas ces codes ne peuvent que ressentir encore plus fortement le sentiment de ne pas être comme les Français. Une jeune fille s’en inquiète : ces codes ne sont-ils pas dépassés ? C’est « du 2015 », précise la coach, qui oublie d’indiquer aussi qu’elle est comtesse et qu’elle donne ici les codes de la haute société française, que ces jeunes ne peuvent que prendre pour les codes de tout Français. Rassurez-vous, avais-je envie de leur dire, il y a plus de spontanéité chez moi que chez la comtesse.

5) Enfin, l’essentialisation de la différence s’accentue avec toutes les expressions négatives utilisées par la coach (j’en ai compté 13 dans une séquence de quelques minutes). Comment dans ce cas est-il possible que ces jeunes ne voient pas autre chose que la différence culturelle ? Tout formateur en management interculturel le sait : quand les participants aux formations se focalisent sur les différences culturelles et ne voient pas qu’en réalité leurs partenaires étrangers sont plus semblables que différents, les équipes biculturelles qui doivent travailler ensemble courent à l’échec.

6) Au tout début de la séquence, Mohamed Ulad s’interroge : « Se sentiront-ils un peu plus français à l’issue de cette expérience ? » Est-ce bêtise ou naïveté que d’imaginer qu’avec une séquence pareille ces jeunes vont se sentir plus français ? Alors que d’autres séquences du documentaire montraient une évolution de certains jeunes, la production de liens – certes ténus mais indéniables – renforcés avec la communauté nationale, cette séquence idiote du repas détruit tout d’un coup.

7) D’ailleurs, quand, à la fin du repas, les jeunes sont interrogés sur ce qu’ils ont ressenti, une jeune fille a une réaction aussi spontanée qu’intelligente : « On n’est pas nous, on est quelqu’un d’autre, on est entré dans la peau de quelqu’un d’autre, pas nous. » Et effectivement, si les jeunes au début du documentaire expriment combien ils ont le sentiment que « les Français, c’est les autres », cette séquence introduit un discours miroir aux terribles effets pervers : « Vous n’êtes pas comme les Français. »

8) Alors que je pensais en finir avec ce dernier point, j’ai eu la curiosité de regarder comment le documentaire était présenté sur le site de France 2. Ce court texte est très instructif. Il commence ainsi :

A la question « Qui est français ? », la quasi-totalité des élèves d’une classe de terminale lève la main. Mais pour répondre à cette autre question, «Qui se sent français ?», aucun bras ou presque ne se détache. «Les Français, c’est les autres» donne la parole à de jeunes lycéens dont la quasi-totalité est issue de l’immigration, principalement d’origine maghrébine et africaine. Ils semblent rejeter résolument leur appartenance à la France et revendiquer un nouveau communautarisme.

Et il se poursuit de cette façon :

Dans le même temps, ces jeunes s’agrippent à la culture et aux traditions de leur pays d’origine, celui de leurs parents. Cette crispation identitaire, à laquelle s’ajoute un sentiment de n’être nulle part à sa place, génère l’apparition de préjugés envers eux-mêmes et envers les autres.

Ces jeunes « s’agrippent » à la culture et aux traditions de leurs parents ? Je vous laisse apprécier toutes les connotations péjoratives de ce verbe. Le problème est que la séquence en question risque de renforcer ce jugement de valeur. En regardant cette séquence du repas, j’ai malheureusement espéré que peu de jeunes de banlieue voient ce documentaire.

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8 commentaires sur “« Les Français, c’est les autres » : une séquence aux effets pervers”

  1. HAMEDI laurence

    Merci Benjamin pour ces analyses très justes de la séquence « dîner » que j’ai vue le soir de la diffusion et qui m’avait choquée pour le décalage culturel et social qu’elle impliquait.
    Alors que j’avais apprécié les questionnements des deux journalistes et leurs efforts à faire réfléchir ces lycéens sincères et libérés dans leur parole, j’ai été choquée par cette mise en scène gratuite, inutile et très dévalorisante d’une bourgeoise décalée, et pour cause je la découvre Comtesse qui n’a rien communiqué aux ados à part des règles du « prétendu » savoir en revanche elle les a éclaboussés de son superbe mépris de classe dirigeante et démodée ….. Voltaire et Diderot en leur temps dénonçaient déjà l’intolérance et l’exclusion
    que renvoyaient les nobles en qualifiant de sauvage les habitants de contrées lointaines qui n’avaient pas les manières coincées de cette caste heureusement en voie de disparition depuis 1789 !
    C’est d’ailleurs la seule séquence du film où les lycéens ont été gênés et mal à l’aise, contraints de retenir leur parole spontanée qui fut si riche pour me faire mesurer leur éloignement.
    Au delà du périphérique et juste à côté de nous, il y a des jeunes parqués et « ghettoisés » à qui il faut ouvrir nos maisons et les inviter à notre table si nous voulons concrétiser la mixité et combattre les préjugés. Dommage que ce documentaire ait raté cet objectif avec cette s’entende déplorable !

    #28968
  2. Michel

    Totalement d’accord avec vous, Benjamin, cette séquence avec la comtesse anéantit toute la finesse et la sensibilité du travail des documentaristes. Sans compter qu’aucun formateur ne se retrouve dans la « pédagogie » de cette soi-disant coach. Former des ados aux normes à maîtriser dans des circonstances C1, C2… dans des milieux M1, M2… est sans doute indispensable, mais ils sont bien capables de faire eux-même 80% du travail et d’apprendre à placer leur propre curseur personnel (je respecte une norme mais je suis encore moi-même, ou bien je joue au X, mais ce rôle me plaît et je ne suis pas schizo en le jouant). Exemple : simuler un entretien d’embauche avec un chef d’équipe McDo vs. avec un directeur d’agence bancaire.
    Bien à vous. Continuez !

    #28969
  3. ym

    bonjour,

    après avoir visionné le reportage je ne comprends pas ce qui était recherché ni l’objectif visé. il m’a semblé que les journalistes avaient des a priori et préjugés qu’ils essayaient de plaquer sur les lycéens tout en leur faisant le procès du rejet dont ils ne sont que les destinataires. ça mettait plus en lumière leur contradictions à eux, les injonctions paradoxales des institutions et de la république qu’autre chose.

    effectivement la séquence sur le repas est très problèmatique. la coach est incroyablement suffisante, agressive (la fouchette) et antipathique (ce sont les animaux qui mangent) en plus d’être totalement décalée. ce n’est pas une française représentative de quoi que ce soit à part d’une certaine classe sociale qui « s’aggrippe », elle, à son mode de vie et cultive soigneusement l’entre soi. on aurait mis n’importe quels gamins du même âge blancs et issus de classe moyenne ou inférieur ils auraient été probablement moins polis et aussi mal à l’aise.

    la gastronomie française s’apprécie parce qu’elle propose un contenu incroyablement riche en goût et diversité (une quiche, non mais franchement ?!) pas par les codes sociaux désuets qui régissent le moment du repas et lui ôtent ici toute convivialité. il existe toutes sortes de restaurants en région parisienne qui justement répondent à la demande de clientèle qui veut apprécier la cuisine française mais adaptée à ses interdits religieux, il suffisait de les emmener dîner dans un de ces établissements pour apprécier une blanquette de veau, un canard à l’orange ou une choucroute dans un cadre raffiné et chaleureux.

    ainsi que le développe notamment pierre tévanian, le privilège blanc c’est, entre autre, de ne pas s’interroger ni d’être questionné en permanence sur son identité. les français racisés se sentent français à l’étranger parce que c’est en dehors du territoire qu’ils sont reconnus comme tels et se sentent tels. parce qu’être français, ce n’est ni être d’une couleur de peau ou d’une religion particulière c’est partager la culture française sous sa forme populaire ou élitiste.

    à la réunion personne ne dirait que le fait de renoncer aux cultes ou mémoires tamouls, gujarati, chinois, comoriens ou mahorais, malgache, créole permettrait d’être ou se sentir pleinement français. si il y a un laboratoire de la mixité sociale, ethnique et religieuse paisible d’où les élus et journalistes pourraient tirer des leçons de savoir vivre ensemble et tolérance c’est ici.

    cordialement

    ym

    #28970
  4. Musolino

    Bonjour! Comme d’habitude je trouve votre blog très intéressant.
    J’ai vite abandonné la lecture de la transcription du « dialogue » de la coach avec les jeunes car l’affirmation concernant les coudes sur la table afin de faire étalage des bijoux m’a paru désolant et encore plus quand elle a expliqué que les femmes s’assoient les premières car elles sont très très importantes. Or, ceci est faux, archifaux! Certes, les bonnes manières voudraient que la femme soit face à la salle et non pas dos à la salle dans un restaurant par exemple, mais pour qu’elle soit vue et admirée, un peu comme un trophé de l’homme, ce n’est peut-être pas raciste du coup, mais ça me paraît sexiste, tandis que l’affirmation que mettre les coudes à table pour distinguer le statut des convives (en 2015) est classiste. Comment des personnes qui vivent dans tour d’ivoire élitiste et anachronique peuvent interagir avec des jeunes et penser leur donner des leçons de vie??
    Heureuse que l’émission ait été transmise si tard et de ne pas être restée la regarder.

    #28971
  5. Zenat

    Tout est dit, dans l’article comme dans les commentaires, j’aurais voulu que la presse et les médias en général soulignent aussi tout ce qui ne va pas dans cette séquence, mais bon…heureusement que vous êtes là.
    Finalement c’est pas plus mal qu’il soit passé inaperçu ce documentaire, mais il ne faut pas laisser passer cet étalage de bêtise d’un autre âge.
    Cette femme n’a rien à faire à notre époque et rien à apprendre à qui que ce soit.
    Depuis quand être français de détermine à la posture qu’on a à table?
    Alors là l’histoire des bagues, c’est carrément comique. A Buckingham Palace peut-être, mais en France, on a ce qui s’appelle la Révolution il me semble.
    « Classisme » et sexisme navrants, et (je l’espère du moins) complètement déconnectés de la réalité de 2016, que l’on vive en banlieue ou dans le 16 ème.
    Si on avait mis des jeunes « non banlieusards » (allez savoir quel est le critère d’ailleurs, ça n’a aucun sens, et le choix de cette séquence est particulièrement douteux, dérangeant même) ou « français de souche » ou ce je ne sais quoi de dangereux sur quoi ce documentaire (ou du moins cette séquence) semble surfer, quelle aurait été leur réaction? Ils auraient tout su de ces manières d’un autre âge, sur le bout des doigts? C’est ça l’idée?
    Franchement on croirait une mauvaise adaptation d’un ouvrage de la comtesse de Ségur, où un « bon petit diable » serait un jeune maghrébin des cités.
    Si être français revient à se tenir comme ça chaque soir à table au dîner, alors je ne l’ai jamais été O_o
    Sinon un kebab, faut le manger comment, en « bon » français?
    Faut-il bannir les baguettes dans les restaurants asiatiques?
    Si on réduit les débats à cela, pas étonnant qu’on soit mal barrés, tous sans exception. Et après on s’étonne de la difficulté à contrer la com’ des djihadistes avec tant de niaiserie.
    Ca y est j’ai trouvé, cette séquence a quelque chose de « Ménardien », vous savez ce maire qui veut limiter les restos kebab, qui interdit d’étendre le linge aux fenêtres et je ne sais quoi d’autre, sous prétexte de protéger la culture française…

    #28973
  6. candice

    Je partage tout à fait votre analyse. J’ai également été surprise de cette séquence qui me semble inappropriée et dans laquelle en tant que française je ne me retrouve pas non plus…u32

    #28974
  7. isabelle

    Cet épisode du dîner était tellement idiot que j’ai éteint !
    Quand l’intégrisme formaliste prend le pas sur l’intention…
    Politesse… Vaste sujet. La revue Autrement avait consacré un excellent numéro à ce propos.

    La politesse consistant à mieux « vivre ensemble », et , de la part de ceux maîtrisant ses codes (ou prétendus tels), à ne jamais mettre quiconque dans l’embarras. ..
    Dans ce cas précis, la politesse n’était pas du côté de celui qui la professait.
    Rien de ce qui a été dit n’était faux, et pourtant manquait le principal, l’esprit !

    #28982
  8. Benjamin PELLETIER

    Merci à tous pour ces retours de lecture qui montrent que je n’étais pas seul à avoir ressenti un malaise en visionnant cette séquence… Comme je ne lisais aucune réaction dans la presse dans les jours qui ont suivi la diffusion du reportage, je m’étais demandé si je n’avais pas exagéré ma réaction…

    #28983

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