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Sortie en poche de « Toujours plus à l’est », exploration littéraire de la Corée du Sud

jeudi 1 mars 2018
Par Benjamin PELLETIER

Toujours plus à l’est ressort aujourd’hui en format poche. Vous trouverez ici une carte de Corée ainsi que des documents et illustrations pour découvrir les thématiques de ce récit.

Mais vous pouvez aussi préserver l’effet de surprise et consulter uniquement ci-dessous le début du livre et quelques extraits de critiques.

MàJ du 5 mars – IMPORTANT: rencontre annulée au Salon du Livre de Paris le samedi 17 mars de 15h à 16h

* * *

« Pelletier est passionnant à lire, sa langue rapide est très expressive ; pas un  instant d’ennui mais des sourires, des notations fines. En définitive on peut affirmer que son livre transpire d’amitié et d’une sorte d’allégresse de vivre bien éloignée de la crispation acide qui animait les débuts, à l’arrivée à Séoul. Un pays à découvrir déjà tout décodé au travers des mots de Benjamin Pelletier. » Arts Spectacles, mars 2018 (voir ici pour d’autres critiques sur le livre)

« C’est aussi à un voyage intérieur que s’adonne Benjamin Pelletier devenu alors citoyen du monde au contact des beautés de la nature. Peu importe la langue utilisée, c’est l’imprégnation du lieu, le ressenti qui comptent. A l’image de ses rencontres, le style est délicat, plein d’un humour bienveillant. Il est en empathie avec ce monde qu’il découvre avec émerveillement. Il poursuit ainsi avec subtilité la voie tracée par Nicolas Bouvier dans L’usage du monde. » AsiExpo, 19 mars 2018

Le début du livre

    On atterrit. Je sors du ventre de l’appareil avec des ankyloses de nourrisson. Surpris par une gifle d’air glacial de l’hiver extrême-oriental, puis tout de suite après par la chaleur excessive de l’aéroport d’Incheon, je me laisse passivement entraîner par le flux des Coréens. Le contrôle se fait sans échanger de paroles, seuls résonnent les coups de tampon et crissent les chaussures sur le sol éclatant où se reflète la treille de tubes métalliques de l’aérogare. Dans l’espace vide au-dessus des têtes, des haut-parleurs jacassent abstraitement, tandis qu’au départ des tapis roulants et des escaliers mécaniques une voix de synthèse répète en boucle d’inutiles consignes de prudence. Il semble y avoir plus de vie dans ces poteaux de métal que dans les corps fourbus des passagers. A la sortie de la douane, une jeune Coréenne, une étudiante probablement, retrouve ses parents qu’elle n’a pas vus depuis au moins six mois, peut-être plus d’une année. Le père avance un chariot, la mère fait un petit geste de la main, la jeune fille s’incline respectueusement devant eux, et les trois se dirigent en silence vers le parking. Et la scène recommence avec d’autres passagers et ceux qui les attendent. Nulle embrassade ni effusion bruyante, mais une retenue cérémoniale, une économie de moyens et les signes discrets de la joie, un léger sourire, un œil qui brille, une chaleur distante. A quoi bon exprimer les évidences ?

    Je reprends le logement d’un Français. L’appartement d’une pièce est au troisième étage d’un immeuble situé dans le vieux quartier de Malli-dong. Comme c’est la règle en Corée, le chauffage est au sol et, comme c’est de moins en moins le cas en Corée, le lit consiste en une natte et une couette posées à même le sol et qu’on replie le matin pour gagner de la place. Tristan, appelons-le ainsi, me montre d’un air navré comment procéder. Ouais, ça tue le dos ce truc. Pourtant, je trouve ce système très agréable. Certes, il faut bien une dizaine de nuits d’ankylose avant de l’apprécier, mais le corps retrouve le contact ancestral avec le sol. La dureté du support est compensée par la douce chaleur du chauffage qui circule des pieds à la tête. On se rêve en poularde qui se prélasse sur un chauffe-plats. On ne dort pas, on mijote. Au réveil, le corps est aussi lourd qu’au fond d’une baignoire tout juste vidée. On sait qu’on ne tombera pas, alors on se lève en roulant sur le côté. Tristan me fait l’effet d’un gardien de phare qui attend la relève avec impatience pour s’enfuir au plus vite. Il me tourne autour, il guette, il a dans le coin de l’œil une avidité de vampire. Il se lance enfin, plantant ses crocs dans mon innocence, prêt à inoculer le venin de son ressentiment. Méfie-toi, méfie-toi, Séoul, ville infernale, les Coréens, fais gaffe, tu verras, les types qui rotent au restaurant, les vieilles qui pètent, les gamins qui se moquent de ton nez, les rues qui ne portent pas de nom, les trucs qui pourrissent sur les toits, les culs-de-jatte du métro, les insupportables sonneries de portables, des écrans géants partout, une consommation effrénée, un monde américanisé, y pensent qu’au fric, et puis les vieux qui te doublent quant tu fais la queue, les ivrognes de vingt-deux heures, les putes de vingt-trois heures, les GI’s de minuit, les effarouchées du jour, les bridées débridées de la nuit, pas de milieu, amours toujours factices, fais gaffe, leur méfiance envers les étrangers, timidité tu parles, de l’hypocrisie surtout, et les vents de sable de Mongolie, la pluie jaune qui souille le linge, la mousson qui charrie des poubelles, les typhons qui fichent tout par terre, les fils électriques qui vont te tomber sur la tête, les moustiques qui te harcèlent, l’air saturé de dioxyde de carbone, la foule impossible à éviter, les haut-parleurs qui vomissent de la dance music, le regard imbécile des groupies, la campagne désertée, les collines rases, la grisaille sans fin, un peuple soumis, infantile, gavé de confucianisme, travail, famille, patrie, tu vois le genre, ça vit que pour bosser, pas de sécu, pas de vacances, pas de retraite, une armée en civil, nuque rasée des hommes, look vieille fille des femmes, maquillages gras, peaux d’une blancheur de cadavre, la nourriture trop épicée, de l’ail partout, un alcool dégueulasse, des tentacules de poulpe qui gigotent dans ton assiette, et le Nord et sa bombe atomique, Pyongyang à deux cents bornes, ça va péter un de ces quatre. Voilà, c’est ça, la Corée. Qu’est-ce que tu viens foutre ici ?

La suite par ici

Extraits de critiques

« Sur un pays dont l’étrangeté ne cesse d’être interrogée, la démarche de Benjamin Pelletier est singulière, et révélatrice. Cet itinéraire d’allers-retours constants entre son personnage de Candide en Corée et les étapes de sa propre révélation à lui-même constitue un portrait de la Corée du Sud que ne dénigreront pas les amoureux de ce pays complexe, éprouvant, poétique et désarmant. » Revue Keulmadang

« Lire Benjamin Pelletier, c’est se glisser dans l’écriture d’un voyageur peu ordinaire. Parti un an enseigner le français à Séoul, il livre ses réflexions sur le pays au fil de vagabondages méditatifs qui restituent l’essence de choses simples. Étonnamment, son ignorance du coréen lui donne une autre forme d’acuité, lui permettant de voir au-delà des mots, de percevoir et de sentir. Il s’attache aux petites gens, décryptant les messages cachés et les codes subtils de la vie quotidienne, puis, peu à peu, glisse à des réflexions plus enlevées. » Le Monde diplomatique

« Observateur tendre et amusé, Benjamin Pelletier, 41 ans, est spécialisé dans la formation interculturelle et l’écriture. Nul hasard alors que son récit d’immersion soit une fenêtre merveilleuse ouverte sur la culture coréenne. Des petites grands-mères reines des toits des immeubles avec leurs légumes séchés, aux employés de bureau, scarabées fourbus le soir venu, l’auteur dévoile un peuple qui vénère ses ancêtres, l’harmonie et les racines de ginseng. L’écriture magnifique et les saynètes croquignolettes emportent le lecteur. » Pèlerin

« Benjamin Pelletier remet les pendules à l’heure et ausculte la société coréenne en observateur sensible et empathique, illustrant la singularité du pays. Le « long-nez » donne des leçons de français à des comités de direction de multinationales (scène burlesque), s’abandonne à la contemplation des pierres-paysages dans lesquelles se lit l’harmonie entre l’homme et la nature, voit le sable jaune de Gobi envahir la ville, écrit une ode à la céramique céladon et se balade le long de la frontière, observant avec ces lunettes panoramiques à pièces un paysan nord-coréen poussant son bœuf et son soc. Dans son récit, les anecdotes donnent toujours corps à une réflexion subtile, à la manière d’un Nicolas Bouvier. » Le Figaro Littéraire

« Ce beau récit à la fois grave et enjoué est un chant d’amour à un pays meurtri, que les envahisseurs ont toujours pris comme « un simple paillasson posé devant la Chine ». Avec une tasse de thé jaune à base de feuilles fermentées, pas besoin de madeleine de Proust! » Le Canard Enchaîné

« Poétique pour peindre les paysages ou les hibiscus, l’écriture est précise et évocatrice, qu’il s’agisse d’histoire ou de cuisine. Anecdotes drolatiques et échos d’enfance parsèment agréablement le récit dépaysant de quatre saisons coréennes. Aussi précieux pour qui prépare un séjour touristique que pour qui préfère voyager en chambre avec un bon livre, ce journal intime et de vagabondage mêle avec bonheur information documentaire originale et introspection sensible. » Notes Bibliographiques

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