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2010: une nouvelle année chinoise en Afrique

mardi 26 janvier 2010
Par Benjamin PELLETIER

Mao en 1959

Mao en 1959

J’ai déjà évoqué la présence chinoise en Afrique pour souligner une stratégie de coopération sur le long terme (Les Chinois au Congo, gestion du long terme et pragmatisme),  pour mettre en évidence la multiplicité des acteurs étrangers en Guinée (La Guinée au cœur d’enjeux stratégiques majeurs) ou pour souligner les éléments de rhétorique liés à la manipulation de l’histoire (L’illusion de la simultanéité).

Tout indique que cette présence ne fera que s’accentuer. Faisons donc un rapide inventaire des actions chinoises en ce début d’année. Nous prendrons ainsi conscience de l’ampleur de cette présence en la mesurant sur un laps de temps de quelques semaines.

Le road show chinois

Du 6 au 12 janvier, le ministre chinois des Affaires étrangères Yang Jiechi s’est déplacé dans cinq pays africains: le Kenya, le Nigéria, la Sierra Leone, l’Algérie et le Maroc. Le 15 janvier, une délégation du Parti communiste chinois a entamé une visite de douze jours en République démocratique du Congo, au Mali, au Sénégal, au Bénin, en République centrafricaine et à Djibouti.

Du 11 au 17 janvier, le Ministre chinois du commerce Chen Demin, accompagné d’une délégation gouvernementale du commerce et de l’économie, a visité l’Ethiopie, le Mozambique et la Tanzanie. Il avait déjà effectué une tournée en Afrique en janvier 2009 au plus fort de la crise.

Lors de la conférence de presse donnée à l’occasion de cette visite, Chen Demin a repris l’argumentaire désormais classique des autorités chinoises pour balayer les accusations de néocolonialisme en mettant en avant la coopération gagnant-gagnant avec l’Afrique, le respect des règles du marché et la non-ingérence dans les affaires internes des pays. Les entreprises chinoises seraient ainsi en rupture avec les entreprises occidentales :

« Dans le passé, l’exploitation de ressources naturelles en Afrique était essentiellement et en grande partie soumise au contrôle monopoliste d’entreprises multinationales occidentales. »

En outre, le ministre cite longuement l’exemple de la coopération sino-éthiopienne afin de démontrer que la Chine peut investir dans un pays qui possède peu de ressources naturelles. Ainsi, il peut utiliser cet exemple à son profit :

« Lors d’un entretien avec le Ministre éthiopien des Finances, il m’a dit tout particulièrement que les diffamations calomnieuses contre les entreprises chinoises en les accusant de vouloir accaparer des ressources naturelles sont complètement fausses et ne tiennent pas debout. »

Et, pendant ce temps-là, le 22 janvier, le vice-premier ministre chinois recevait en Chine la ministre libérienne des Affaires étrangères Olubanke King Akerele (cliquez sur l’image pour l’agrandir). « Nous devons travailler de concert afin d’exploiter toutes les possibilités de notre coopération », a-t-il ainsi déclaré. En outre, il n’a pas manqué de souligner que le Liberia soutenait la Chine sur les questions du Tibet et de Taïwan, accordant ainsi au Liberia un statut auquel ses relations avec d’autres nations, européennes notamment, ne l’avaient pas habitué…

Aides humanitaire et financière

Le 7 janvier, l’ambassadeur de Chine au Cameroun et le ministre camerounais de l’économie et du plan ont signé un accord sur un prêt préférentiel d’un montant de 49 millions de dollars destiné à la construction d’une centrale hydraulique de Mekin dans le sud du Cameroun.

Le 8 janvier, la Chine accorde au Sénégal un prêt sans intérêt de 4,4 millions de dollars. Ce prêt est remboursable dans un délai de dix ans courant du 1er décembre 2024 au 30 novembre 2034. Il servira à accompagner le programme de coopération entre le Sénégal et la Chine qui s’élève à 215 millions de dollars. A noter  la dimension culturelle de l’un des volets de ce programme avec la construction du Grand Théâtre National et du Musée des civilisations noires.

Le 18 janvier, la Chine annonce avoir fait don à l’Ouganda de plus de 244 000 doses de médicaments contre le paludisme, et ce pour une valeur de 400 000 dollars. Dans la dépêche chinoise, il est précisé que cette maladie fait 320 morts par jour dans ce pays et que l’aide chinoise permettra de pallier au financement irrégulier des agences donatrices (lesquelles ? ce n’est pas précisé).

Ainsi, entre les 6 et 27 janvier, soit en l’espace d’exactement trois semaines, ce ne sont pas moins de dix-sept pays africains qui auront été l’objet de toute l’attention de la Chine, soit par des visites de délégations chinoises du plus haut niveau, soit par des signatures d’accords et de prêts entre les autorités africaines et les ambassadeurs chinois des pays concernés, soit par une réception officielle en Chine.

Si l’on reporte ces dix-sept pays sur une carte, nous visualisons tout de suite l’ampleur et l’intensité de ces relations entre la Chine et l’Afrique sur ce court laps de temps:

Pays cajolés par la Chine en janvier 2010

Une vigilance de tous les instants

Il a fallu d’une simple déclaration de Michael Sata, leader du parti d’opposition en Zambie, battu lors de la dernière élection présidentielle d’octobre 2008, pour susciter une réaction au plus haut niveau du gouvernement chinois. Coutumier du fait, il dénonce depuis plusieurs années de façon véhémente la présence chinoise en Zambie.

Peu avant l’élection de 2008, il avait modéré ses propos et assuré les Chinois qu’ils restaient les bienvenus en Zambie alors qu’il se déclarait peu de temps avant prêt à les expulser de Zambie. Or, dans les premiers jours de janvier 2010, il reprend de nouveau son discours anti-chinois, accusant la Chine de compromettre la sécurité de la Zambie et de ne pas respecter la culture locale.

La réaction des autorités chinoises a été quasi-immédiate. Le 21 janvier, l’agence Xinhua publie une dépêche intitulée Les entreprises chinoises invitées à respecter les cultures locales en Afrique. Il s’agit d’un communiqué du porte-parole du Ministre chinois des Affaires étrangères. On peut notamment y lire ceci :

« La Chine a demandé à ses entreprises de respecter les droits légitimes des employés locaux et les cultures locales en Afrique. Le gouvernement chinois a toujours demandé à ses entreprises d’observer les lois et règlements locaux, de respecter les us et coutumes, de vivre en bons termes avec les nationaux, de remplir leurs responsabilités sociales et de garantir les droits légitimes des employés locaux. »

On le voit avec ces quelques éléments mis en évidence sur une période de trois semaines, l’Afrique est plus que jamais le centre de l’attention de la Chine – et ce au moment même où la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne s’apprêtent à fêter en 2010 les cinquante ans de leur indépendance. Or, il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas d’une période d’une exceptionnelle activité de la Chine en Afrique, comme une sorte de tournée de vœux de début d’année. Le reste de l’année est en effet tout aussi intense en termes d’échanges entre la Chine et les pays africains…

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