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Le Français, homo aculturalis?

jeudi 7 juillet 2011
Par Benjamin PELLETIER

Malevitch - Carré blanc sur fond blanc

Le site Cadrexport relaie mensuellement sur son site des articles de ce blog. L’année dernière, nous avons réalisé une première interview sur les défis auxquels se confrontent les Français en situation d’expatriation.

Dans le nouvel entretien ci-dessous, j’ai voulu revenir sur un article que j’ai récemment mis en ligne: L’illusion aculturelle, en utilisant la problématique de l’expatriation et du retour d’expatriation comme grille de lecture de certaines défaillances françaises en matière d’interculturalité. Je remercie au passage Diane Pinelli de Cadrexport pour ses questionnements et nos échanges autour de ces sujets importants.

* * *

Cadrexport : Comment concevoir l’enjeu d’une formation en management interculturel ?

Benjamin Pelletier : Lors d’une formation en management interculturel dans le cadre de l’accompagnement à l’expatriation, on peut – et il faut le faire ! – donner de nombreux conseils pour une bonne intégration dans le pays d’affectation. Mais cela restera un simple vernis, un apport de culture générale, une sorte de bonus culturel, si vous voulez, tant qu’on ne se sera pas penché sur nos propres modes de fonctionnement. Et plus précisément, sur certains freins et obstacles propres à la matrice culturelle française sur lesquels, dès le départ, il faut être sensibilisé. Un travail de fond est nécessaire pour permettre cette sensibilisation. Finalement, à quoi bon connaître les autres si l’on ne se connaît pas soi-même ? C’est ce travail réflexif qui nous fait souvent défaut.

Cadrexport : C’est ce que vous disent les expatriés qui rentrent en France, par exemple ?

Benjamin Pelletier
: Oui, ceux qui ont perçu et découvert la complexité du monde à cette occasion, ils ont fait un pas de côté, en dehors de leur zone de confort culturel, une zone où l’on est assez myope sur le monde extérieur. Ils se rendent compte à quel point il y a un gros travail à faire en France même. Ce sont ceux qui justement ont souvent du mal à leur retour à se réadapter à notre pays. On pourrait voir là un paradoxe : comment se fait-il que ceux qui se sont les mieux adaptés ailleurs ne pourraient pas faire preuve de capacités identiques pour se réadapter ici ? Serait-ce qu’il y a en France des rigidités culturelles telles que même les Français partis à l’étranger – qui ont donc expérimenté et parfois acquis en partie de nouvelles normes culturelles – expérimentent à leur retour une désagréable étrangeté, un peu à la manière des immigrés, qui les empêche de retrouver complètement leur place aussi bien dans la société française que dans leur entreprise.

Cadrexport : Pourquoi ont-ils du mal à se réadapter à votre avis ?

Benjamin Pelletier : Ils sont gênés par des freins dont ils n’avaient pas conscience au départ. Une proportion importante d’entre eux quitte leur entreprise suite à leur retour : une étude* de 2008 a montré que 27% des expatriés quittaient leur entreprise dans l’année de leur retour, 25% entre la première et la deuxième année et 23% après deux ans. Leur témoignage ainsi que celui des étrangers travaillant en France est précieux. Il y a urgence à les écouter, non pour recueillir des plaintes, mais pour comprendre. Comprendre qu’il faut absolument développer une approche décomplexée des facteurs culturels. Les cadres et dirigeants sont de plus en plus nombreux à en être conscients. De plus en plus nombreux mais encore fortement minoritaires. Lors de discussions avec certains d’entre eux travaillant par exemple pour une compagnie aérienne ou un laboratoire pharmaceutique, je m’interroge souvent sur le fait qu’ils soient à la fois extrêmement minoritaires, voire isolés, et en même temps extrêmement conscients de l’urgence de ne plus s’en tenir aux seules compétences techniques ni à une approche uniquement scientifique et procédurière.

C’est là que la voix des expatriés de retour de mission et des étrangers en mission en France est précieuse : elle nous apprend combien nous sommes défaillants en termes de facteur humain et de facteur culturel. Rappelons qu’en France, le savoir est lié au pouvoir. En partageant des informations, on a peur de déléguer une part de son pouvoir. D’où une réticence à partager, à faire circuler horizontalement l’information. D’où également des rétentions volontaires d’information pour préserver son pouvoir personnel et pour nuire aux collègues perçus comme des rivaux. Jouer sa carte personnelle au détriment de son équipe, de son département ou de son entreprise est malheureusement assez courant. Une attitude qui sape la coopération entre Français mais aussi entre Français et étrangers. En Corée du Sud, un employé qui aurait une telle attitude serait viré sur le champ.

Voici le lien à suivre pour lire la suite…

* * *

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